| Parcours
François
Ozon est né à Paris en 1967. Diplomé
en études cinématographiques (maitrise de
cinéma à Paris I), il entre en 1990 à
la FEMIS au département réalisation. Depuis,
il a tourné de nombreux films en super-8, vidéo,
16mm et 35mm. Beaucoup de ses courts métrages ont
été sélectionnés dans des festivals
internationaux. Action Vérité marque le début
de sa collaboration avec la société "Fidélité
Production". En 1996, Une robe d'été reçoit
le prix "Léopard de Demain" au festival du film de
Locarno. Quant à son premier long métrage
Sitcom, il fût présenté en sélection
officielle de la Semaine Internationale de la Critique,
au festival de Cannes 1998.
Sa
filmographie :
5x2, avec
Stephane Freiss. Sorti en 2004.
Swimming
pool, thriller psychologique, avec Charlotte Rampling, Ludivine
Sagnier. Sorti en 2003.
8
femmes (sorti en 2002) avec Catherine Deneuve, Fanny Ardant,
Emanuelle Béart, ...
Un
polar avec un casting qui réunit les plus grandes
comédiennes de l'hexagone. Un des événements
ciné de l'année et un succès annoncé.
Sous
le sable (sorti en 2001/ 95mn) avec Charlotte Rampling et
Bruno Cremer.
Chaque
été, Jean et Marie partent en vacances dans
les Landes. Mais cette année, alors que Marie dort
sur la plage, Jean disparaît. S'est-il noyé
? S'est-il enfui ? Marie se retrouve face à l'énigme
de la disparition de l'homme de sa vie.
Gouttes
d'eau sur pierres brûlantes (sorti en 2000 / 90min)
avec Malik Zidi et ...
Allemagne.
Années 70. Léopold, cinquante ans, séduit
Franz, un jeune garçon de 19 ans. Franz tombe amoureux
et s'installe chez Léopold. Mais un jour survient
une petite chose sans importance sur laquelle ils ne peuvent
pas être d'accord, une divergence. À partir
de là, il n'y a plus de "nous commun", mais seulement
des divergences.
Les
Amants Criminels (sorti en 1999 / 90min ) avec Natacha Régnier,
Jérémie Renier, Miki Manojlovic, Salim Kechiouche,
Yasmine Belmadi
En
France, dans une ville de province, deux adolescents, Luc
et Alice, décident de commettre un meurtre et assassinent
un camarade de classe, Saïd. Aussitôt fait, ils
s'enfuient dans une forêt enterrer le cadavre...
Sitcom
(sorti en 1998, 80 mn) avec Evelyne Dandry, François
Marthouret, Marina et Adrien De Van, Stéphane Rideau,
Lucia Sanchez, Jules-Emmanuel Eyoum Deido
Une
famille bourgeoise classique va être bouleversée
par l'apparition d'un rat domestique, ramené par
le père. Les enfants et les parents vont alors se
découvrir véritablementt...dans le chaos.
Courts-métrages
: X2000 (1998, 6 mn). Regarde la mer (sorti en 1997, 52
mn).Scènes de lit (1997, 26 mn). Une robe d'été
(1996, 15 mn). Jospin s'éclaire (1995, 52 mn). La
petite mort (1995, 26 mn). Action vérité (1994,
4 mn). Une rose entre nous (1994, 27 mn). Victor (1993,14
mn). Thomas reconstitué (1992, 10 mn). Une goutte
de sang (1991, 10min). Peau contre peau (1991, 8mn). Le
trou madame (1991, 10mn). Deux plus un (1991, 9mn).
Son
point de vue sur sa filmographie (2004)
Ici,
le cinéaste de 37 ans commente sa filmographie
Le
Nouvel Observateur. - Paradoxe: dans "Photo de
famille", un de vos premiers courts-métrages (1988),
le héros massacre sa famille - avec son consentement, pour
ainsi dire, puisque c'est votre propre famille qui incarne
les victimes.
François Ozon. - Je tournais le week-end en caméra
super-huit chez mes parents à Paris. Ils m'ont toujours
dit: "Tant que tu fais ça dans les films et pas dans
la vie, ça va. Dans les livres, dans la peinture, on a le
droit de tout faire." Moi, je ne leur donnais pas le
choix. Je leur disais: je fais un film cet après-midi, et
c'était tourné en deux heures. Une de mes sœurs a refusé
de se faire étrangler dans le film.
N.
O. - Dans "Victor" (1993), une farce, vous creusez
le même thème adolescent.
F. Ozon. - J'ai réalisé ce court-métrage à la Femis, où
il y avait des gens brillants, qui avaient fait Normale ou
khâgne. Est-ce qu'ils avaient quelque chose à voir avec le
cinéma? Pas sûr. Je m'étais inspiré d'un fait divers
assez drôle. Un jeune Autrichien avait acheté un revolver
pour se suicider, et au moment de se tuer il s'était rendu
compte qu'il allait faire souffrir horriblement ses parents,
donc il les avait tués d'abord. Mais, après ce double
meurtre, il n'avait plus envie de mourir lui-même. Et il a
fini en hôpital psychiatrique. Ce fait divers aurait pu
être traité par Haneke.
N.
O. - On dirait que Victor tue ses parents pour manger
salement sa soupe devant leurs cadavres.
F. Ozon. - J'ai reçu une éducation catholique, donc, j'ai
le goût du péché.
N.
O. - Dans vos premiers films, le motif de
l'homosexualité est central. "Personne ne reproche à
Sautet de faire des films hétéros", avez-vous dit.
F. Ozon. - On m'a vite catalogué cinéaste gay, alors que
je filmais des personnages qui ne savaient pas trop où ils
en étaient par rapport à leur sexualité, comme
l'adolescent d'"Une robe d'été".
N.
O. - Comment expliquer que vos films les mieux accomplis,
"Sous le sable" et "5x2", soient…
F. Ozon. - Deux films hétéros. [Sourires.] Je me projette
dans tous les personnages, quels qu'ils soient. Peut-être
que c'est plus facile quand la distance est plus grande
entre eux et moi. Mais le thème de l'homosexualité
reviendra au premier plan dans mon cinéma.
N.
O. - Avec "Jospin s'éclaire" (1995), vous vous
êtes essayé au genre documentaire.
F. Ozon. - J'avais un copain dont le père était maire et
travaillait pour Jospin. A la Femis, j'avais vu le film de
Depardon sur Giscard, film interdit à l'époque. Quand
Jospin est arrivé en tête au premier tour de l'élection
présidentielle, on a demandé à le suivre dans sa
campagne. Moati, le cinéaste officiel du Parti socialiste,
était déjà dessus. Jospin a accepté par amitié pour le
père de mon ami. Et surtout, comme nous l'avons compris
plus tard, parce que Moati était fabiusien. Nous, on
débarquait là-dedans. Un panier de crabes. On a filmé le
discours de Jospin, quatre jours après la défaite. Il
disait qu'il savait qu'il ne pouvait pas gagner. Ce qui
était un choc pour les militants. Jospin a préféré notre
film à celui de Moati.
N.
O. - "Regarde la mer" (1996) est un huis clos. Sur
l'île d'Yeu, la mère d'un bébé donne l'hospitalité à
une inquiétante routarde. Vous opposez l'embourgeoisement
de l'une à la liberté de l'autre.
F. Ozon. - Dès qu'on fait un film avec deux femmes, on
songe à "Persona" [de Bergman] et à ses
champs-contrechamps. J'aime la simplicité des grands. Cela
ne m'intéresse pas d'être révolutionnaire. J'aime une
forme neutre, classique, pour faire passer d'autres choses
par en dessous. Claire Denis, Bruno Dumont, Arnaud
Desplechin expérimentent des choses. Après, ça marche,
ça ne marche pas. Moi, j'aime raconter des histoires.
N.
O. - Referiez-vous le gros plan sur l'étron dans la salle
de bains de "Regarde la mer"?
F. Ozon. - Je ne le ferais pas aussi serré. Là, on a la
tête dans la cuvette. Mais ce plan a une fonction. Il
plombe toutes les autres images. Il dit au public que cette
routarde est dangereuse.
N.
O. - Dans "Sitcom" (1998), votre facétieux
premier long-métrage, une famille bourgeoise tue le père
pour jouir sans entraves des joies du SM ou de l'inceste.
F. Ozon. - J'avais vu "Théorème" de Pasolini en
Allemagne, en italien, sous-titré en allemand. J'avais pas
tout compris et du coup j'avais vu l'aspect comique du film.
Abdu, le prof de gym qui couche avec le fils, plombe le
cliché hollywoodien du bon Noir que joue Sidney Poitier
dans "Devine qui vient dîner".
N.
O. - Vous avez comparé les personnages de "Sitcom"
à des Playmobil.
F. Ozon. - J'ai joué très tard, jusqu'à 13-14 ans, avec
des Playmobil. Je n'étais pas normal. J'adorais les maisons
de poupée. J'avais des Big Jim et des Barbie. Les Big Jim
étaient très baraqués, mais plus petits que les Barbie,
ils leur arrivaient à l'épaule. Cela a peut-être
influencé ma vision de l'homme, plus tard. [Sourires.]
N.
O. - Dans "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes"
(1999), vous adaptez une pièce de Fassbinder, un de vos
maîtres.
F. Ozon . - Fassbinder a résolu mon conflit. A la fac,
j'aimais le réalisme de Pialat et, en même temps, j'aimais
Bergman, Ophüls, Sirk. Je me sentais tiraillé. Fassbinder
ancre ses films dans une réalité sociale, voyez "le
Marchand des quatre saisons", ce qui ne l'empêche pas
de tourner aussi des films très baroques comme
"Querelle".
N.
O. - Dans "les Amants criminels" (1998), vous
tentez de mélanger ces deux aspects de votre cinéma, mais
le résultat n'est pas encore convaincant.
F. Ozon. - Je voulais mélanger le fait divers et le conte
de fées. La transition ne se fait pas. Le film est bancal,
c'est pour ça qu'il est intéressant à mes yeux.
N.
O. - A l'époque, vous aviez déclaré que
"l'Appât" de Tavernier, dont le thème est proche
des "Amants criminels", était "le film d'un
vieux con".
F. Ozon. - A quoi bon refaire en moins bien le naturalisme
de Ken Loach? Et puis Tavernier faisait son film du point
vue des adultes, moi, du point de vue des criminels.
N.
O. - Avec le succès de "Sous le sable" (2000) et
de "8 Femmes" (2001), vous devenez un réalisateur
à la fois estimé et "bankable".
F. Ozon. - Je cherchais l'actrice pour incarner l'histoire
de "Sous le sable". Comme je n'avais pas encore eu
beaucoup de succès, et qu'on avait détesté "les
Amants criminels", je n'avais pas accès aux actrices
qui sont dans "8 fem-mes", par exemple. Vous
envoyez le scénario, pas de réponse. Pourtant il fallait
une star. J'avais envie de faire un film pour une actrice
com-me Hollywood faisait des "véhicules" dans les
années 1950 pour Joan Crawford ou Katharine Hepburn. Je
sais qu'après avoir vu le film Catherine Deneuve a dit à
[l'agent] Dominique Besnehard: "Comment ça se fait que
je n'ai pas eu ce scénario?" Elle l'a dit une fois le
film fini. Mais je suis sûr que si je lui avais proposé le
rôle avant, elle ne l'aurait pas accepté. Je voulais une
actrice de 50 ans qui accepte que son corps soit filmé. On
devait la voir en maillot de bain sur la plage, sans paréo.
Une femme normale, quoi. Charlotte [Rampling], tout le monde
m'a dit: elle n'intéresse personne, elle est trop vieille.
Des trucs délirants. J'ai retrouvé Charlotte pour "Swimming
Pool".
N.
O. - "5x2" retrace cinq moments d'un couple, de sa
séparation à sa rencontre.
F. Ozon. - Je voulais montrer la solitude au sein d'un
couple, un homme et une femme jamais synchrones. Ils ne
vivent jamais ensemble les moments importants de la vie d'un
couple. A la naissance de l'enfant, aucun plan ne les
réunit. Au moment du divorce, elle a tourné la page. Lui,
non.
N.
O. - On a l'impression de découvrir Stéphane Freiss, tant
il est vrai.
F. Ozon. - Le casting a été difficile. Pour les essais,
j'ai fait jouer une séquence de "Scènes de la vie
conjugale" [de Bergman]. Les acteurs passaient en
couples. Valeria [Bruni-Tedeschi], j'ai l'impression qu'on
la voit toujours dans le personnage de la névrosée en
crise de nerfs qui passe du rire aux larmes. Je voulais
qu'elle incarne une femme bien dans sa peau. Les acteurs ont
des tics, il faut nettoyer tout ça. Valeria se tient
naturellement voûtée, la tête dans les épaules. Elle
s'interdit d'être belle. Je lui ai demandé de maigrir. Je
lui ai dis: "Tiens-toi droite" ou "Fais
attention, comme ça tu as un double menton."
Stéphane, je lui disais de ne pas tout analyser. Il me
posait des milliards de questions et je lui répondais:
"Je ne sais pas, je m'en fous." Il avait beaucoup
de mal à accepter que l'homme ne soit pas là pendant
l'accouchement. Il se révoltait contre son rôle. Pourquoi
il ne vient pas? C'est atroce! Il s'est raconté que son
personnage était peut-être un enfant adopté et que la
naissance de cet enfant rejouait quelque chose de sa propre
histoire. Les acteurs se nourrissent de plein d'histoires
qu'ils se racontent. Quand j'ai dit à certains comédiens
connus que la femme se tape un autre mec que le sien le soir
du mariage, ils m'ont dit: "Non, moi, je peux pas jouer
ça. Ma femme, je la tue, si elle fait ça." Des
supermachos de 30 ans. J'étais abasourdi. Une actrice m'a
dit qu'elle ne pouvait pas tromper son mari le soir du
mariage, qu'en tant que femme elle comprenait, mais que son
public ne comprendrait pas. A un moment, j'ai eu l'idée de
tourner une vraie scène de sexe. J'ai fait des essais avec
des acteurs de films porno. Quand ils ont commencé, les
techniciens et moi, on était tout excités. Mais au bout
d'une heure, bof, j'ai dit: "On arrête, ça ne
m'intéresse pas."
N.
O. - Il est rare d'avoir un metteur en scène derrière la
caméra, dit de vous Charlotte Rampling.
F. Ozon. - Maintenant, les réalisateurs ont des petits
moniteurs vidéo où ils regardent ce qui se passe. Sur les
tournages, on voit Chabrol devant sa petite télé. Du coup,
c'est un peu pépère. En France, le cadre n'est pas
valorisé. On a peur du formalisme. Il y a une influence un
peu dévastatrice de Cassavetes, la caméra à l'épaule un
peu bordélique. Mais Cassavetes, c'est très travaillé.
N.
O. - Parmi les références de "5x2", vous citez
les films de plage de Rohmer.
F. Ozon. - J'aime son réalisme. C'était mon professeur à
la fac. Il nous apprenait le découpage et l'échelle des
plans avec un match de tennis entre Borg et Connors. Il nous
montrait aussi "Le jour se lève" de Carné dont
la Nouvelle Vague disait pis que pendre mais que Rohmer
avait l'air d'admirer à ma grande surprise, notamment comme
un grand technicien du champ-contrechamp avec le saut dans
l'axe. J'aime aussi son côté réalisateur-producteur,
très concret. Je veux être en adéquation économique avec
ce que je raconte. C'est mon côté radin. "Les Amants
du Pont-Neuf", c'est pas mon truc. J'ai fait "8
Femmes" avec 50 millions. On aurait pu avoir 100
millions, avec les actrices, et tout le monde s'en serait
mis plein les poches. Rohmer nous disait que pour "les
Nuits de la pleine lune", il avait acheté la moquette
la moins chère, à Saint-Maclou.
Homosexualité
Depuis
son court métrage «Regarde la mer», François
Ozon est l’étendard du cinéma gay indépendant
en France. Comme quoi les plus belles “success stories”
n’ont pas toujours lieu à l’étranger.
Comment
t'est venue l’idée d’un rat qui révèle
chacun des membres de la famille à lui-même
?
«Sitcom»
est une sorte de «Théorème» animalier
ou zoophile... Mais c’est vraiment une idée classique
: un ange exterminateur ou un étranger pénètre
dans un groupe - ici une famille - sème la zizanie,
transforme les personnes. C’est Boudu dans le film de Renoir
ou le pédé dans «Nettoyage àsec»...
Dans mon film, il s’agit d’un rat.
Te
considères-tu comme un provocateur ?
Non
pas du tout, j’essaie de rester le plus fidèle à
moi-même, à mes fantasmes, à mes névroses,
à mon inconscient. J’essaie d’exprimer simplement
les choses que je ressens. Quand on fait quelque chose de
créatif, il faut se libérer de toutes les
censures et s’autoriser tous les excès. Ça
me semble tout à fait naturel de voir à l’écran
des choses que l’on ne voit pas forcément de la même
façon dans la réalité.
Être
provocateur, c’est aussi montrer la bite de Stéphane
Rideau ou surtout tourner une scène dans laquelle
un petit garçon pénètre dans une chambre
remplie de pédés qui partouzent...
À
partir du moment où la bite est belle, pourquoi ne
pas la montrer ? Je n’ai pas ce genre tabou. Effectivement,
on n’a pas l’habitude de voir des bites à l’écran,
alors que tout le monde voit des bites dans la vie de tous
les jours ! Et puis cette scène est plutôt
tendre... Quant à la scène avec l’enfant,
c’est juste un clin d’oeil. En cette période où
le puritanisme face à la pédophilie est à
son comble, je voulais m’amuser un peu. Là,effectivement,
il y a peut-être quelque chose de foncièrement
provocateur. C’est politiquement incorrect, mais je l’assume.
Tes
personnages sont souvent sexuellement indéfinissables...
Je
trouve intéressant qu’un personnage soit flou, du
moins au départ. Ça crée de la fiction,
le récit peut commencer. Si le personnage est net,
il me passionne beaucoup moins. Je m’intéresse davantage
aux personnages qui ne savent pas trop où ils en
sont. Je cherche, et les spectateurs cherchent en même
temps : ils peuvent se poser des questions par rapport à
leur propre sexualité. Dans «Sitcom», le
personnage du père est assez énigmatique et
suffisamment emblématique - ou symbolique - pour
que tout le monde puisse y projeter son propre père.
C’est pour ça que l’on ne connaît pas vraiment
sa sexualité, même si la fille le soupçonne
d’avoir des relations homosexuelles. Mais comme elle est
entourée par plein de pédés...
(Interview
de tetu)

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