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François Ozon

Né le 15 Novembre 1967 à Paris

Réalisateur

http://www.francois-ozon.com/

Parcours

François Ozon est né à Paris en 1967. Diplomé en études cinématographiques (maitrise de cinéma à Paris I), il entre en 1990 à la FEMIS au département réalisation. Depuis, il a tourné de nombreux films en super-8, vidéo, 16mm et 35mm. Beaucoup de ses courts métrages ont été sélectionnés dans des festivals internationaux. Action Vérité marque le début de sa collaboration avec la société "Fidélité Production". En 1996, Une robe d'été reçoit le prix "Léopard de Demain" au festival du film de Locarno. Quant à son premier long métrage Sitcom, il fût présenté en sélection officielle de la Semaine Internationale de la Critique, au festival de Cannes 1998.

Sa filmographie :

5x2, avec Stephane Freiss. Sorti en 2004.

Swimming pool, thriller psychologique, avec Charlotte Rampling, Ludivine Sagnier. Sorti en 2003.

8 femmes (sorti en 2002) avec Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Emanuelle Béart, ...

Un polar avec un casting qui réunit les plus grandes comédiennes de l'hexagone. Un des événements ciné de l'année et un succès annoncé.

Sous le sable (sorti en 2001/ 95mn) avec Charlotte Rampling et Bruno Cremer.

Chaque été, Jean et Marie partent en vacances dans les Landes. Mais cette année, alors que Marie dort sur la plage, Jean disparaît. S'est-il noyé ? S'est-il enfui ? Marie se retrouve face à l'énigme de la disparition de l'homme de sa vie.

Gouttes d'eau sur pierres brûlantes (sorti en 2000 / 90min) avec Malik Zidi et ...

Allemagne. Années 70. Léopold, cinquante ans, séduit Franz, un jeune garçon de 19 ans. Franz tombe amoureux et s'installe chez Léopold. Mais un jour survient une petite chose sans importance sur laquelle ils ne peuvent pas être d'accord, une divergence. À partir de là, il n'y a plus de "nous commun", mais seulement des divergences.

Les Amants Criminels (sorti en 1999 / 90min ) avec Natacha Régnier, Jérémie Renier, Miki Manojlovic, Salim Kechiouche, Yasmine Belmadi

En France, dans une ville de province, deux adolescents, Luc et Alice, décident de commettre un meurtre et assassinent un camarade de classe, Saïd. Aussitôt fait, ils s'enfuient dans une forêt enterrer le cadavre...

Sitcom (sorti en 1998, 80 mn) avec Evelyne Dandry, François Marthouret, Marina et Adrien De Van, Stéphane Rideau, Lucia Sanchez, Jules-Emmanuel Eyoum Deido

Une famille bourgeoise classique va être bouleversée par l'apparition d'un rat domestique, ramené par le père. Les enfants et les parents vont alors se découvrir véritablementt...dans le chaos.

Courts-métrages : X2000 (1998, 6 mn). Regarde la mer (sorti en 1997, 52 mn).Scènes de lit (1997, 26 mn). Une robe d'été (1996, 15 mn). Jospin s'éclaire (1995, 52 mn). La petite mort (1995, 26 mn). Action vérité (1994, 4 mn). Une rose entre nous (1994, 27 mn). Victor (1993,14 mn). Thomas reconstitué (1992, 10 mn). Une goutte de sang (1991, 10min). Peau contre peau (1991, 8mn). Le trou madame (1991, 10mn). Deux plus un (1991, 9mn).

Son point de vue sur sa filmographie (2004)

Ici, le cinéaste de 37 ans commente sa filmographie

Le Nouvel Observateur. - Paradoxe: dans "Photo de famille", un de vos premiers courts-métrages (1988), le héros massacre sa famille - avec son consentement, pour ainsi dire, puisque c'est votre propre famille qui incarne les victimes.
François Ozon. - Je tournais le week-end en caméra super-huit chez mes parents à Paris. Ils m'ont toujours dit: "Tant que tu fais ça dans les films et pas dans la vie, ça va. Dans les livres, dans la peinture, on a le droit de tout faire." Moi, je ne leur donnais pas le choix. Je leur disais: je fais un film cet après-midi, et c'était tourné en deux heures. Une de mes sœurs a refusé de se faire étrangler dans le film.

N. O. - Dans "Victor" (1993), une farce, vous creusez le même thème adolescent.
F. Ozon. - J'ai réalisé ce court-métrage à la Femis, où il y avait des gens brillants, qui avaient fait Normale ou khâgne. Est-ce qu'ils avaient quelque chose à voir avec le cinéma? Pas sûr. Je m'étais inspiré d'un fait divers assez drôle. Un jeune Autrichien avait acheté un revolver pour se suicider, et au moment de se tuer il s'était rendu compte qu'il allait faire souffrir horriblement ses parents, donc il les avait tués d'abord. Mais, après ce double meurtre, il n'avait plus envie de mourir lui-même. Et il a fini en hôpital psychiatrique. Ce fait divers aurait pu être traité par Haneke.

N. O. - On dirait que Victor tue ses parents pour manger salement sa soupe devant leurs cadavres.
F. Ozon. - J'ai reçu une éducation catholique, donc, j'ai le goût du péché.

N. O. - Dans vos premiers films, le motif de l'homosexualité est central. "Personne ne reproche à Sautet de faire des films hétéros", avez-vous dit.
F. Ozon. - On m'a vite catalogué cinéaste gay, alors que je filmais des personnages qui ne savaient pas trop où ils en étaient par rapport à leur sexualité, comme l'adolescent d'"Une robe d'été".

N. O. - Comment expliquer que vos films les mieux accomplis, "Sous le sable" et "5x2", soient…
F. Ozon. - Deux films hétéros. [Sourires.] Je me projette dans tous les personnages, quels qu'ils soient. Peut-être que c'est plus facile quand la distance est plus grande entre eux et moi. Mais le thème de l'homosexualité reviendra au premier plan dans mon cinéma.

N. O. - Avec "Jospin s'éclaire" (1995), vous vous êtes essayé au genre documentaire.
F. Ozon. - J'avais un copain dont le père était maire et travaillait pour Jospin. A la Femis, j'avais vu le film de Depardon sur Giscard, film interdit à l'époque. Quand Jospin est arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle, on a demandé à le suivre dans sa campagne. Moati, le cinéaste officiel du Parti socialiste, était déjà dessus. Jospin a accepté par amitié pour le père de mon ami. Et surtout, comme nous l'avons compris plus tard, parce que Moati était fabiusien. Nous, on débarquait là-dedans. Un panier de crabes. On a filmé le discours de Jospin, quatre jours après la défaite. Il disait qu'il savait qu'il ne pouvait pas gagner. Ce qui était un choc pour les militants. Jospin a préféré notre film à celui de Moati.

N. O. - "Regarde la mer" (1996) est un huis clos. Sur l'île d'Yeu, la mère d'un bébé donne l'hospitalité à une inquiétante routarde. Vous opposez l'embourgeoisement de l'une à la liberté de l'autre.
F. Ozon. - Dès qu'on fait un film avec deux femmes, on songe à "Persona" [de Bergman] et à ses champs-contrechamps. J'aime la simplicité des grands. Cela ne m'intéresse pas d'être révolutionnaire. J'aime une forme neutre, classique, pour faire passer d'autres choses par en dessous. Claire Denis, Bruno Dumont, Arnaud Desplechin expérimentent des choses. Après, ça marche, ça ne marche pas. Moi, j'aime raconter des histoires.

N. O. - Referiez-vous le gros plan sur l'étron dans la salle de bains de "Regarde la mer"?
F. Ozon. - Je ne le ferais pas aussi serré. Là, on a la tête dans la cuvette. Mais ce plan a une fonction. Il plombe toutes les autres images. Il dit au public que cette routarde est dangereuse.

N. O. - Dans "Sitcom" (1998), votre facétieux premier long-métrage, une famille bourgeoise tue le père pour jouir sans entraves des joies du SM ou de l'inceste.
F. Ozon. - J'avais vu "Théorème" de Pasolini en Allemagne, en italien, sous-titré en allemand. J'avais pas tout compris et du coup j'avais vu l'aspect comique du film. Abdu, le prof de gym qui couche avec le fils, plombe le cliché hollywoodien du bon Noir que joue Sidney Poitier dans "Devine qui vient dîner".

N. O. - Vous avez comparé les personnages de "Sitcom" à des Playmobil.
F. Ozon. - J'ai joué très tard, jusqu'à 13-14 ans, avec des Playmobil. Je n'étais pas normal. J'adorais les maisons de poupée. J'avais des Big Jim et des Barbie. Les Big Jim étaient très baraqués, mais plus petits que les Barbie, ils leur arrivaient à l'épaule. Cela a peut-être influencé ma vision de l'homme, plus tard. [Sourires.]

N. O. - Dans "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" (1999), vous adaptez une pièce de Fassbinder, un de vos maîtres.
F. Ozon . - Fassbinder a résolu mon conflit. A la fac, j'aimais le réalisme de Pialat et, en même temps, j'aimais Bergman, Ophüls, Sirk. Je me sentais tiraillé. Fassbinder ancre ses films dans une réalité sociale, voyez "le Marchand des quatre saisons", ce qui ne l'empêche pas de tourner aussi des films très baroques comme "Querelle".

N. O. - Dans "les Amants criminels" (1998), vous tentez de mélanger ces deux aspects de votre cinéma, mais le résultat n'est pas encore convaincant.
F. Ozon. - Je voulais mélanger le fait divers et le conte de fées. La transition ne se fait pas. Le film est bancal, c'est pour ça qu'il est intéressant à mes yeux.

N. O. - A l'époque, vous aviez déclaré que "l'Appât" de Tavernier, dont le thème est proche des "Amants criminels", était "le film d'un vieux con".
F. Ozon. - A quoi bon refaire en moins bien le naturalisme de Ken Loach? Et puis Tavernier faisait son film du point vue des adultes, moi, du point de vue des criminels.

N. O. - Avec le succès de "Sous le sable" (2000) et de "8 Femmes" (2001), vous devenez un réalisateur à la fois estimé et "bankable".
F. Ozon. - Je cherchais l'actrice pour incarner l'histoire de "Sous le sable". Comme je n'avais pas encore eu beaucoup de succès, et qu'on avait détesté "les Amants criminels", je n'avais pas accès aux actrices qui sont dans "8 fem-mes", par exemple. Vous envoyez le scénario, pas de réponse. Pourtant il fallait une star. J'avais envie de faire un film pour une actrice com-me Hollywood faisait des "véhicules" dans les années 1950 pour Joan Crawford ou Katharine Hepburn. Je sais qu'après avoir vu le film Catherine Deneuve a dit à [l'agent] Dominique Besnehard: "Comment ça se fait que je n'ai pas eu ce scénario?" Elle l'a dit une fois le film fini. Mais je suis sûr que si je lui avais proposé le rôle avant, elle ne l'aurait pas accepté. Je voulais une actrice de 50 ans qui accepte que son corps soit filmé. On devait la voir en maillot de bain sur la plage, sans paréo. Une femme normale, quoi. Charlotte [Rampling], tout le monde m'a dit: elle n'intéresse personne, elle est trop vieille. Des trucs délirants. J'ai retrouvé Charlotte pour "Swimming Pool".

N. O. - "5x2" retrace cinq moments d'un couple, de sa séparation à sa rencontre.
F. Ozon. - Je voulais montrer la solitude au sein d'un couple, un homme et une femme jamais synchrones. Ils ne vivent jamais ensemble les moments importants de la vie d'un couple. A la naissance de l'enfant, aucun plan ne les réunit. Au moment du divorce, elle a tourné la page. Lui, non.

N. O. - On a l'impression de découvrir Stéphane Freiss, tant il est vrai.
F. Ozon. - Le casting a été difficile. Pour les essais, j'ai fait jouer une séquence de "Scènes de la vie conjugale" [de Bergman]. Les acteurs passaient en couples. Valeria [Bruni-Tedeschi], j'ai l'impression qu'on la voit toujours dans le personnage de la névrosée en crise de nerfs qui passe du rire aux larmes. Je voulais qu'elle incarne une femme bien dans sa peau. Les acteurs ont des tics, il faut nettoyer tout ça. Valeria se tient naturellement voûtée, la tête dans les épaules. Elle s'interdit d'être belle. Je lui ai demandé de maigrir. Je lui ai dis: "Tiens-toi droite" ou "Fais attention, comme ça tu as un double menton." Stéphane, je lui disais de ne pas tout analyser. Il me posait des milliards de questions et je lui répondais: "Je ne sais pas, je m'en fous." Il avait beaucoup de mal à accepter que l'homme ne soit pas là pendant l'accouchement. Il se révoltait contre son rôle. Pourquoi il ne vient pas? C'est atroce! Il s'est raconté que son personnage était peut-être un enfant adopté et que la naissance de cet enfant rejouait quelque chose de sa propre histoire. Les acteurs se nourrissent de plein d'histoires qu'ils se racontent. Quand j'ai dit à certains comédiens connus que la femme se tape un autre mec que le sien le soir du mariage, ils m'ont dit: "Non, moi, je peux pas jouer ça. Ma femme, je la tue, si elle fait ça." Des supermachos de 30 ans. J'étais abasourdi. Une actrice m'a dit qu'elle ne pouvait pas tromper son mari le soir du mariage, qu'en tant que femme elle comprenait, mais que son public ne comprendrait pas. A un moment, j'ai eu l'idée de tourner une vraie scène de sexe. J'ai fait des essais avec des acteurs de films porno. Quand ils ont commencé, les techniciens et moi, on était tout excités. Mais au bout d'une heure, bof, j'ai dit: "On arrête, ça ne m'intéresse pas."

N. O. - Il est rare d'avoir un metteur en scène derrière la caméra, dit de vous Charlotte Rampling.
F. Ozon. - Maintenant, les réalisateurs ont des petits moniteurs vidéo où ils regardent ce qui se passe. Sur les tournages, on voit Chabrol devant sa petite télé. Du coup, c'est un peu pépère. En France, le cadre n'est pas valorisé. On a peur du formalisme. Il y a une influence un peu dévastatrice de Cassavetes, la caméra à l'épaule un peu bordélique. Mais Cassavetes, c'est très travaillé.

N. O. - Parmi les références de "5x2", vous citez les films de plage de Rohmer.
F. Ozon. - J'aime son réalisme. C'était mon professeur à la fac. Il nous apprenait le découpage et l'échelle des plans avec un match de tennis entre Borg et Connors. Il nous montrait aussi "Le jour se lève" de Carné dont la Nouvelle Vague disait pis que pendre mais que Rohmer avait l'air d'admirer à ma grande surprise, notamment comme un grand technicien du champ-contrechamp avec le saut dans l'axe. J'aime aussi son côté réalisateur-producteur, très concret. Je veux être en adéquation économique avec ce que je raconte. C'est mon côté radin. "Les Amants du Pont-Neuf", c'est pas mon truc. J'ai fait "8 Femmes" avec 50 millions. On aurait pu avoir 100 millions, avec les actrices, et tout le monde s'en serait mis plein les poches. Rohmer nous disait que pour "les Nuits de la pleine lune", il avait acheté la moquette la moins chère, à Saint-Maclou.

Homosexualité

Depuis son court métrage «Regarde la mer», François Ozon est l’étendard du cinéma gay indépendant en France. Comme quoi les plus belles “success stories” n’ont pas toujours lieu à l’étranger.

Comment t'est venue l’idée d’un rat qui révèle chacun des membres de la famille à lui-même ?

«Sitcom» est une sorte de «Théorème» animalier ou zoophile... Mais c’est vraiment une idée classique : un ange exterminateur ou un étranger pénètre dans un groupe - ici une famille - sème la zizanie, transforme les personnes. C’est Boudu dans le film de Renoir ou le pédé dans «Nettoyage àsec»... Dans mon film, il s’agit d’un rat.

Te considères-tu comme un provocateur ?

Non pas du tout, j’essaie de rester le plus fidèle à moi-même, à mes fantasmes, à mes névroses, à mon inconscient. J’essaie d’exprimer simplement les choses que je ressens. Quand on fait quelque chose de créatif, il faut se libérer de toutes les censures et s’autoriser tous les excès. Ça me semble tout à fait naturel de voir à l’écran des choses que l’on ne voit pas forcément de la même façon dans la réalité.

Être provocateur, c’est aussi montrer la bite de Stéphane Rideau ou surtout tourner une scène dans laquelle un petit garçon pénètre dans une chambre remplie de pédés qui partouzent...

À partir du moment où la bite est belle, pourquoi ne pas la montrer ? Je n’ai pas ce genre tabou. Effectivement, on n’a pas l’habitude de voir des bites à l’écran, alors que tout le monde voit des bites dans la vie de tous les jours ! Et puis cette scène est plutôt tendre... Quant à la scène avec l’enfant, c’est juste un clin d’oeil. En cette période où le puritanisme face à la pédophilie est à son comble, je voulais m’amuser un peu. Là,effectivement, il y a peut-être quelque chose de foncièrement provocateur. C’est politiquement incorrect, mais je l’assume.

Tes personnages sont souvent sexuellement indéfinissables...

Je trouve intéressant qu’un personnage soit flou, du moins au départ. Ça crée de la fiction, le récit peut commencer. Si le personnage est net, il me passionne beaucoup moins. Je m’intéresse davantage aux personnages qui ne savent pas trop où ils en sont. Je cherche, et les spectateurs cherchent en même temps : ils peuvent se poser des questions par rapport à leur propre sexualité. Dans «Sitcom», le personnage du père est assez énigmatique et suffisamment emblématique - ou symbolique - pour que tout le monde puisse y projeter son propre père. C’est pour ça que l’on ne connaît pas vraiment sa sexualité, même si la fille le soupçonne d’avoir des relations homosexuelles. Mais comme elle est entourée par plein de pédés...

(Interview de tetu)

 

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