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Jacques Nolot

Né le 31 août 1943 à Marniac (32, France)

Comédien, réalisateur, scénariste

Biographie

Jacques Nolot arrive à Paris à 17 ans sans diplômes pour vendre des légumes. Deux ans plus tard, il s'inscrit dans un cours d'art dramatique qui lui permet de faire de nombreuses rencontres dont celle déterminante d'André Techiné. Avant d'apparaître dans Hôtel des Ameriques en 1981, Jacques Nolot fait une petite apparition dans Molière et Charlots contre Dracula. Sa collaboration avec Techiné se poursuit dans les années qui suivent. En 1983, le cinéaste adapte une de ses pièces pour tourner un moyen-métrage, La Matiouette, pour lequel il lui offre le rôle principal. Jacques Nolot fait ainsi des apparitions dans Rendez-vous (1984), Le Lieu du crime (1985), Les Innocents (1987), Les Roseaux sauvages (1993) et Ma saison préférée (1994). En 1991, André Techiné s'inspire d'un récit autobiographique de son ami pour écrire le scénario de J'embrasse pas.

La carrière de Jacques Nolot est ainsi marquée de rencontres. Il collabore deux fois avec Patrice Leconte, Danièle Dubroux, Claire Denis et Paul Vecchiali, signant même le scénario du Café des jules mis en scène en 1988 par ce dernier. L'acteur est le plus souvent relégué dans des rôles secondaires dont il se fait une spécialité. On le retrouve chez différentes générations de cinéastes comme Jean Becker, Jacques Demy, Noémie Lvovsky, Luc Moullet ou François Ozon (il est le mari de Charlotte Rampling dans Sous le sable).

En 1986, l'insistance de son entourage et notamment d'Agnès Godard le pousse à passer à la mise en scène. Il tourne le court métrage Manège. Il faut alors attendre onze ans pour le voir passer au long avec L' Arrière-pays, récit autobiographique autour de son retour au village natal au moment de la mort de sa mère. En 2002, il poursuit l'aventure avec La Chatte à deux têtes, une histoire d'amour entre une caissière de cinéma porno et un vieil homme âgé de 50 ans.

(allocine.fr)

Filmographie

Réalisateur
La Chatte à deux têtes (2002) avec Vittoria Scognamiglio, Jacques Nolot
L'Arrière-pays (1997) avec Jacques Nolot, Henri Gardey
Manège (1986) avec Jacques Nolot, Frédéric Pierrot

Acteur

Peindre ou faire l'amour (2005) avec Sabine Azéma, Daniel Auteuil, Amira Casar
La Chatte à deux têtes (2002) avec Vittoria Scognamiglio, Jacques Nolot
Café de la plage (2001) de Benoît Graffin avec Ouassini Embarek, Jacques Nolot
Les Amants du Nil (2001) de Eric Heumann avec Emma de Caunes, Eric Caravaca
Sous le sable (2000) de François Ozon avec Charlotte Rampling, Bruno Cremer
A mort la mort! (1998) de Romain Goupil
Mauvais Genre (1997) de Laurent Bénégui avec Jacques Gamblin, Elina Löwensohn
L'Arriere-pays (1997) de Jacques Nolot avec Jacques Nolot, Henri Gardey
Artemisia (1997) de Agnes Merlet avec Michel Serrault, Valentina Cervi
Les Grands Ducs (1996) de Patrice Leconte avec Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle
Nénette et Boni (1996) de Claire Denis avec Alice Houri, Grégoire Colin
Le Journal du séducteur (1995) de Danièle Dubroux avec Chiara Mastroianni, Melvil Poupaud
Les Roseaux sauvages (1994) de André Techiné avec Elodie Bouchez, Gael Morel
Oublie-moi (1994) de Noémie Lvovsky avec Valeria Bruni-Tedeschi, Emmanuel Salinger
J'ai pas sommeil (1993) de Claire Denis avec Katerina Golubeva, Béatrice Dalle
Ma saison préférée (1993) de André Techiné avec Catherine Deneuve, Daniel Auteuil
Border Line (1991) de Danièle Dubroux avec Danièle Dubroux, Manuela Gourary
On peut toujours rêver (1991) de Pierre Richard
Après après-demain (1990) de Gérard Frot-Coutaz
Hiver 54, l'abbé Pierre (1989) de Denis Amar avec Lambert Wilson, Claudia Cardinale
Pentimento (1989) de Tonie Marshall avec Patricia Dinev, Antoine de Caunes
Trois places pour le 26 (1988) de Jacques Demy avec Yves Montand, Catriona Mac Coll
Savannah (La Ballade) (1988) de Marco Pico avec Jacques Higelin, Daniel Martin
Le Café des jules (1988) de Paul Vecchiali avec Jacques Nolot, Brigitte Roüan
Les Innocents (1987) de André Techiné avec Simon de La Brosse, Tanya Lopert
La Comédie du travail (1987) de Luc Moullet avec Roland Blanche, Sabine Haudepin
Vent de panique (1987) de Bernard Stora avec Bernard Giraudeau, Caroline Cellier
Résidence surveillée (1987) de Frederic Compain avec Maria Schneider, Jacques Bonnaffé
Manege (1986) de Jacques Nolot avec Jacques Nolot, Frédéric Pierrot
Douce France (1986) de Francois Chardeaux avec Andréa Ferréol, Patrick Bouchitey
Zone rouge (1985) de Robert Enrico avec Richard Anconina, Sabine Azéma
Rosa la Rose (fille publique) (1985) de Paul Vecchiali avec Marianne Basler, Jean Sorel
Le Lieu du crime (1985) de André Techiné avec Catherine Deneuve, Danielle Darrieux
Train d'enfer (1985) de Roger Hanin avec Roger Hanin, Gerard Klein
Un jour ou l'autre (1985) de Olivier Nolin avec Nicole Calfan, Catherine Hubeau
Les Spécialistes (1984) de Patrice Leconte avec Gérard Lanvin, Bernard Giraudeau
L'Addition (1984) de Denis Amar avec Richard Berry, Richard Bohringer
Rendez-vous (1984) de André Techiné avec Juliette Binoche, Lambert Wilson

La Triche (1984) de Yannick Bellon avec Victor Lanoux, Anny Duperey
Viva la vie! (1983) de Claude Lelouch avec Charlotte Rampling, Michel Piccoli
L'Eté meurtrier (1983) de Jean Becker avec Isabelle Adjani, Alain Souchon
La Matiouette (ou l'Arriere pays) (1982) de André Techiné avec Jacques Nolot, Patrick Fierry
Le Bâtard (1982) de Bertrand van Effenterre avec Gerard Klein, Julie Jezequel
Hôtel des Amériques (1981) de André Techiné avec Catherine Deneuve, Patrick Dewaere

Scénariste

La Chatte à deux têtes (2002) de Jacques Nolot avec Vittoria Scognamiglio, Jacques Nolot
L'Arrière-pays (1997) de Jacques Nolot avec Jacques Nolot, Henri Gardey
J'embrasse pas (1991) de André Techiné avec Philippe Noiret, Emmanuelle Béart
Le Cafe des jules (1988) de Paul Vecchiali avec Jacques Nolot, Brigitte Roüan
Manege (1986) de Jacques Nolot avec Jacques Nolot, Frédéric Pierrot
La Matiouette (1982) de André Techiné avec Jacques Nolot, Patrick Fierry

Son dernier Film

Peindre ou faire l'amour

Date de sortie : 24 Août 2005 
Réalisé par Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu.
Avec Sabine Azéma, Daniel Auteuil, Amira Casar.

Mariés depuis longtemps, William et Madeleine vivent en ville au pied des montagnes. Après le départ de leur fille unique, ils n'ont plus à s'occuper que d'eux-mêmes.
Peintre, Madeleine prend un jour pour modèle une vieille maison située sur les collines environnantes. Elle rencontre alors Adam, homme fin, cultivé et aveugle, qui habite à proximité en compagnie de la jeune Eva. Adam lui fait visiter la demeure et lui apprend que celle-ci est à vendre. Enthousiastes, William et Madeleine décident de l'acheter.
Très heureux dans leur nouvelle habitation, William et Madeleine font plus ample connaissance avec leurs jeunes voisins. Le jour où la maison de ceux-ci brûle, ils se proposent de les héberger.

Interviews sur son travail et son homosexualité

Extrait d'une interview à Vacarme (réalisée par Jean-Philippe Renouard en 2002)

Quand vous arrivez à Paris, c’est pour être comédien ?
J’arrive à Paris à dix-sept ans et pour vivre vends des légumes chez Félix Potin boulevard Malesherbes et au départ... je suis surtout un peu ringard... Mais je possède une certaine vivacité, une acuité qui me rendent malin. Comme beaucoup de jeunes garçons qui arrivent de province et pensent que ça arrive facilement, j’ai envie de devenir vedette. D’abord j’ai rencontré une femme - qui apparaît sous les traits d’Hélène Vincent dans J’embrasse pas - qui était infirmière. Avec elle j’ai découvert la sexualité mais aussi la possession. Elle m’a aidé à me donner une apparence de savoir vivre qui m’a permis de faire « moins campagne ». À 19 ans, je m’inscris dans un mauvais cours d’art dramatique, mais il me faut en passer par là pour comprendre que je ne suis pas comédien dans l’âme. Pourtant, ce cours, ce fut mon lycée car je n’avais pas fait d’études. J’étais mal barré depuis que mes parents m’avaient dit que travailler ne servait à rien ! Après je n’avais plus le choix, c’était le légume ou le théâtre.
Dans ce cours, on étudiait Roussin, Achard... tout ce que j’ai détesté plus tard. Heureusement je suis entré au cours de Tania Balachova. Là, j’ai travaillé selon la méthode Stanislavski et découvert des auteurs comme O’Neill, Tchekov, Strindberg... enfin je me suis senti bien. C’est dans ce cours que j’ai rencontré mon meilleur ami Didier Flamand, puis peu après Roland Barthes par qui j’ai connu André Téchiné. Je téléphonais à Roland en lui demandant : « Pascal tu connais ? Alain tu connais ? » C’est tout juste si je ne lui demandais pas « Shakespeare tu connais ? » Ça le faisait beaucoup rire.

À côté de l’interprétation, vous commencez à écrire, des textes, des pièces qui seront adaptés au cinéma par d’autres - des amis comme Claire Denis ou André Téchiné. Ces textes sont profondément autobiographiques...
D’abord je n’écris pas pour les autres, mais ce que j’écris intéresse parfois les autres... Je ne vois pas l’intérêt d’écrire si je ne suis pas concerné par le sujet, je dirais même rongé par lui. C’est un peu un cliché mais je ne cherche pas de sujet, ce sont les sujets qui s’imposent à moi. J’ai un mal de vivre qui me convient, que je recherche même pour me propulser dans l’écriture. Je me retrouve alors avec une histoire qui me ronge tellement que je suis obligé de dormir avec un cahier. Dans la rue, en voiture, j’ai toujours un papier et un crayon. Je ne construis pas, je me lance. Quelqu’un, l’autre jour, m’a dit : « Il me reste 21 pages à écrire... » Je me demande comment on peut dire ça.
Quand on me dit que j’ai de la chance de pouvoir écrire, je me demande si c’est vraiment une chance. En tous cas, c’est l’élément de mon parcours artistique que je privilégie le plus. Avec le recul, je me demande même si je ne mène pas ma vie en fonction de l’écriture, si je ne me place pas dans des pièges de rencontres ou des provocations de dialogues avec des gens croisés dans la rue... pas avec des intellectuels qui ne me propulsent pas vers l’écriture. Si je devais faire un bilan, je suis plus en accord avec l’écriture qu’avec le jeu d’acteur et la mise en scène...

Les moments que vous racontez - votre découverte de l’homosexualité, la mort de votre mère - sont des moments très intimes de votre vie... Y a-t-il des faits que vous ne pourriez ni écrire, ni filmer ?
La robe à cerceaux tourné par Claire Denis est un monologue de trente pages écrit en une nuit - mais j’ai peut-être mis trente nuits pour trouver cette nuit-là. La petite fille du monologue, c’est moi bien sûr. Je me suis souvenu de mon grand-père bossu, avec une cape, me portant sur les épaules... Je me prenais pour un moulin à vent ! Cette histoire entre un vieil homme et une petite-fille est probablement née parce que, de manière inconsciente, je comprenais qu’enfant il avait été le seul homme qui m’avait vraiment aimé. Il y a toujours beaucoup de références affectives quand j’écris une histoire. Le café des Jules, histoire de machos qui violent une fille parce qu’elle couche avec des Arabes, s’inspire aussi d’ambiances venues de l’enfance. La Matiouette tourné par Téchiné est une histoire écrite pour le théâtre [1]. C’est parti d’improvisations autour du salon de coiffure que tenait mon père. Ensuite il y a J’embrasse pas qui raconte mon départ du sud-ouest pour Paris à dix-sept ans. L’arrière-pays, c’est le retour dans ce même village au moment de l’agonie et de la mort de ma mère. La chatte à deux têtes n’est pas autant autobiographique que les autres mais me coûte plus cher parce que je parle de sexualité, de fantasmes, de frustrations, de refoulements...
Ces histoires fonctionnent selon des principes d’aller-retour. Un départ, J’embrasse pas, un premier retour, La Matiouette, un deuxième retour L’arrière-pays. Et peut-être que La chatte à deux têtes existe parce qu’en tournant L’arrière-pays, je me demandais ce que pouvait bien faire ce type à Paris, quelle vie il menait.
Pour revenir à la question, à savoir s’il y a des choses intimes que je ne pourrais pas raconter, franchement, non. Rien ne me gêne. Je suis peut-être complètement égocentrique. Le tout est de savoir si on a le droit ou l’intelligence de raconter ce qu’on a envie de raconter sans être complaisant, sans tomber dans la sensiblerie... ce que pensent les autres m’est complètement égal... Si j’y crois, on me suivra...

Quelles relations entretenez-vous avec les films inspirés de vos histoires ? Avez-vous parfois le sentiment d’avoir été trahi ?
Pour J’embrasse pas, André a changé beaucoup de choses et je crois qu’il a eu raison. Je trouve même navrant qu’un metteur en scène ne s’approprie pas un scénario selon ses propres désirs, son fonctionnement, sa propre vision du sujet. Ma version de l’histoire qui s’appelait Le premier pas était un scénario plus « ghettoïsé » si j’ose dire. C’était plus quelqu’un qui se découvrait homosexuel. Le personnage joué par Emmanuelle Béart n’existait pas et c’était le personnage interprété par Manuel Blanc qui se faisait « maquer » par un proxénète. Téchiné a eu besoin pour des raisons de croyance et de public de « déghettoïser » l’histoire. L’ambiguïté de l’hétérosexualité correspond à ses préoccupations... Finalement j’étais très content qu’il le tourne...

Il a parlé de l’homosexualité d’une manière différente que vous ne l’auriez fait ?
Oui parce qu’il est assez pudique, qu’il n’est pas aussi égocentrique, narcissique que moi. Il parle de lui différemment, avec plus de distance... Cela dit, il s’expose beaucoup dans Les roseaux sauvages.

(Vacarme)

Extrait d'une interview à Revue24images.com  (en 1998)

Après J'embrasse pas et La Matiouette, avez-vous bouclé la boucle avec L'arrière pays ? Avez-vous fini de raconter des choses aussi proches de vous ?

Je n'en sais rien... Ça ne sera jamais fini. Ce film a déplacé les choses et je ne sais pas où je vais, je suis embêté. J'ai écrit deux pièces... mais je suis un peu perdu, comme le personnage du film... Je ne sais même pas si je ferai un autre film. Tout le monde me demande cela. J'ai peur, parce que ç'a été les plus beaux jours de ma vie, et je ne sais pas du tout si j'ai envie de recommencer. En même temps je mens un peu, parce que je vis en ce moment une relation affective très forte avec quelqu'un qui est porté sur le masochisme et sur la schizophrénie, et la pathologie de ce garçon me fascine. Mais je suis en train de me demander si je ne vis pas cette relation, qui est très douloureuse, où il y a peu de joie, avec une arrière-pensée. Je suis un peu inquiet. Ce sera peut-être mon prochain sujet, mais je ne sais pas si j'aurai l'intelligence... l'intelligence du propos. C'est un sujet très difficile, un peu sur le ghetto homosexuel, et je ne veux pas en parler comme Pédale douce ou La cage aux folles. Je ne veux surtout pas qu'on puisse se moquer ou alors donner bonne conscience aux hétérosexuels...

Je ne l'ai pas formulé aussi clairement, mais je ne cherche jamais les sujets: ce sont eux qui viennent à moi. C'est une différence qui me distingue des professionnels dont le métier est justement de les chercher. C'est un tel mal d'être qui fait naître un sujet que c'est plutôt quand ce sujet me ronge tellement qu'il finit par s'imposer à moi comme une obligation. Alors, je ne peux pas faire autrement que de le sortir de moi.

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