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Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Réalisateurs français

Parcours

Les deux hommes ont d'abord travaillé sur "Jeanne et le garçon formidable", un film musical sur fond de Sida. L'un a réalisé, l'autre a écrit les chansons et le scénario. Cette rencontre fut professionnelle et personnelle puisqu'ils vivent ensemble depuis. "Drôle de Félix", périple entre Dieppe et Marseille d'un jeune gay, fut leur deuxième film (et deuxième succès). Un film surtout sur la différence : le rôle principal est arabe, gay et séropositif.

En février 2003, sortira Ma vraie vie à Rouen, leur nouveau film. Pour les 16 ans d'Etienne, sa grand-mère lui offre un camescope. Et c'est à travers cet objectif que l'on va découvrir tout ce film singulier où un ado, champion de patinage artistique, va peu à peu se découvrir : ses relations privilégiées avec sa mère, son amitié amoureuse avec son copain Ludo, ses désirs, ses entrainements, ses doutes... et ses ratages. Car Etienne, comme tous les possesseurs de caméra, filme aussi parfois n'importe quoi. : ses pieds, le ciel, ce qu'il voit de son balcon. Parfois aussi, il oublie de filmer, ou ne veut pas le faire, et on a de grands trous dans sa vie.

Cette construction originale donne tout son sel à ce film formidable qui porte un regard tendre et précis sur l'adolescence d'un jeune gay de province, un garçon joué avec beaucoup de talent par le débutant Jimmy Tavares, et qui déclare au début de cette histoire que l'année 2002 sera pour lui "l'année de l'amour"... (illico)

Ma vraie vie à Rouen, leur dernier film

Olivier Ducastel et Jacques Martineau parlent de leur film "Ma vraie vie à Rouen"

Etienne, 17 ans, et sa découverte du désir… "Ma vraie vie à Rouen", le nouveau film d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (les auteurs de "Drôle de Félix") est un épatant portrait d’ado gay. Rencontre avec les cinéastes (i-llico).

Qu’est-ce qui est à l’origine de l’idée de ce film hors norme ? Olivier Ducastel (OD): On voulait faire un film sur ce moment charnière qu’est l’adolescence, ce moment où on se pose toutes les questions existentielles, celle que je me posais à cet âge-là avec mon copain Christophe : "Quand on sera vieux — et ça commençait pour nous à 40 ans ! — est-ce qu’on sera toujours idéalistes ?", etc. Pour moi, c’est aussi le moment où est apparu le désir de cinéma. Jacques Martineau (JM) : J’avais envie de raconter des choses personnelles sur le moment d’avant le coming out, sur ce qui travaille un ado à cette période presque jamais montrée. D’une certaine manière, on voulait faire un film qui se terminerait au moment où "Queer as folk" commence…

Comment avez-vous construit votre personnage d’ado, Etienne ? Qu’est-ce qui l’a nourri ? OD : On ne vient pas du documentaire, on a donc pas cherché à voir spécifiquement des adolescents, on n’en a pas vraiment non plus dans notre entourage. On s’est basés essentiellement sur nos souvenirs, sur ce qui fait la permanence de l’adolescence : le rapport à la famille, à la mort, au désir, etc. De toute manière, il aurait été difficile de trouver des adolescents correspondant au personnage puisqu’il s’agit d’un film sur l’avant coming out, sur le moment où Etienne ne se dit pas encore les choses à lui-même. Or on sait bien que c’est fondamental de donner un nom aux choses. Poser un nom sur son désir est compliqué. Ça c’est un invariant que l’on voulait montrer. JM : On voulait aussi montrer un jeune sportif, c’était très important, pour la question du rapport au corps. Ça permettait des scènes comme celle de la douche dans les vestiaires, le rapport au prof mais aussi à soi.

"Ma vraie vie à Rouen" est donc un film très autobiographique… O

D : Oui, mais une autobiographie à deux ! Ça donne donc un objet hybride très bizarre. J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Rouen mais c’est Jacques qui faisait du patinage… Et tout est mélangé ainsi. Quand mon copain Christophe a vu le film, il a été troublé car il ne s’est pas reconnu dans le personnage de Ludo, le meilleur ami dont Etienne est amoureux, tout en s’y reconnaissant quand même. C’est normal car Ludo est surtout inspiré du meilleur ami de Jacques ! JM : C’est une expérience très partagée par les jeunes homos cette fixation sur le meilleur copain, tout en ne réussissant pas à la formuler. Et c’est impossible à formuler car on ne pense même pas à la question de l’homoérotisme ! Ça provoque donc une souffrance, mais délicieuse. En fait, si Ludo est comme il est (hyper viril, séducteur, baiseur…) c’est parce qu’Etienne veut qu’il soit comme ça car il voudrait être à la place des filles qu’il séduit.

Au premier abord, on a l’impression que "Ma vraie vie…" est l’équivalent d’un journal intime filmé. Et puis on se rend compte que pas du tout parce que la plupart des événements importants de la vie d’Etienne sont absents de l’image… Comment avez-vous choisi ce qui serait montré ou pas ? JM : Je suis parti des ellipses pour écrire le scénario, des situations où Etienne n’avait pas de raison d’avoir une caméra et qui n’avaient donc pas de raison d’apparaître. On ne voulait pas faire un journal intime car cela aurait donné du faux Rémi Lange ("Omelette"), dont on adore le travail. "Ma vraie vie…" est plus proche d’un film de famille au camescope ou en Super 8 où on filme des fragments de vie, souvent des moments anodins. OD : On avait envie de montrer également les niveaux d’expérimentation d’Etienne par rapport à sa caméra : c’était une des motivations du choix d’images qui change avec le temps. Au début, il filme un peu n’importe quoi, plus tard, il choisit mieux. Il y avait aussi la volonté de filmer des choses représentatives de ce qui fait la permanence de l’adolescence : des tombes, des dialogues avec des copains…

Ce qui est très beau et moderne dans le film, c’est la représentation d’une adolescence homo qui n’est pas présentée comme un "problème" même si ce n’est pas facile pour Etienne… JM : L’adolescence est un problème en soi mais Etienne n’est pas un ado à problèmes. La vie de tout adolescent est un enfer : il est dans un délire d’activités qui lui permettent de ne pas regarder les choses en face, il a tellement de cartes en mains qu’il ne sait pas lesquelles choisir. OD : C’est pour cela qu’on voulait installer Etienne dans la durée, celle d’une année scolaire. Notre intention était de montrer la transformation du personnage sur cette période : physiquement, psychologiquement, dans sa confrontation au désir… On ne voulait pas faire un film de crise mais un film d’évolution. Ce n’est pas un film sur un événement comme pourrait l’être un film sur le coming out.

Pensez-vous que les choses aient changé entre votre adolescence et celle des jeunes gays aujourd’hui, et en quoi est-ce sensible dans la façon dont vous avez représenté Etienne ? OD : Pour que les choses changent réellement pour les gays, il faudrait une révolution autre que celle actuelle de la meilleure acceptation. Il faudrait que, plutôt que demander à un gamin "Qu’est-ce que tu feras quand tu seras grand ?" on lui demande "Tu seras gay ou hétéro ?". Le film travaille là-dessus, sur le fait que, parce que ce type de question n’est pas posé, ça retarde forcément les choses pour un ado homo. Même si ça n’empêche rien, ça complexifie.

Parcours et homosexualité

extraits d'un article de Swissgay

Après le succès lumineux de «Jeanne et le garçon formidable», les deux réalisateurs reviennent avec un road movie narrant l'errance libre et joyeuse d'un jeune beur homosexuel. Olivier Ducastel et Jacques Martineau ravivent l'image du couple de cinéastes

Voilà deux ans, Jeanne et le garçon formidable illuminait les écrans. Le premier long-métrage de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, couple à la scène comme à la ville, osait le genre très ardu de la comédie musicale pour raconter l'histoire douce-amère d'un jeune couple flamboyant que le sida va séparer. Mis à part sa formidable vitalité, le film révélait un talent d'observation rare. Autant de qualités qui s'appliquent à Drôle de Félix, nouvelle œuvre du duo. Dans ce road movie alerte, les deux réalisateurs suivent la traversée de la France d'un jeune beur homosexuel. Son voyage de Dieppe à Marseille offre une carte postale parfois naïve d'une France en chantier. Interview.

Vous partagez la réalisation de ce nouveau film. Comment travaillez-vous?

O. D.: Dans Jeanne et le garçon formidable, la séparation des rôles correspondait à un partage effectif des tâches. Jacques avait écrit le scénario et les chansons avant que je n'entre dans l'aventure. De mon côté, j'avais déjà réalisé des courts-métrages. En fait, ce film nous a permis de faire notre apprentissage, chacun dans la spécialité de l'autre. Aujourd'hui, notre travail est plus imbriqué. Le fait que nous vivions ensemble fait que durant toute la période de fabrication d'un film, tout au long des journées nous sommes absorbés par l'œuvre en question. Notre force de travail est pour ainsi dire doublée.

Vous formez un couple à l'écran comme dans la vie. Vous considérez-vous comme des cinéastes gays, défenseurs d'une culture homosexuelle?

J. M.: C'est vital pour moi, sans doute parce que j'ai été longtemps militant au sein d'Act Up. Mais nous ne voulons pas faire des films pour un public gay ou underground. Je crois qu'aujourd'hui il y a la possibilité de s'affirmer sans qu'il y ait rejet. Je pense qu'il existe à l'évidence une culture gay. Celà dit, nous ne nous considérons pas comme des porte-parole de la cause gay. On ne nous a pas encore demandé de poser pour des pubs pour le Pacs.

Autre Interview

Il y a un monologue de Félix sur la honte ou l'humiliation que l'on peut ressentir en France quand on est arabe. A partir de quelle expérience l'avez-vous écrit?

J.M. Nous sommes blancs mais homosexuels. Il s'agit d'une expérience minoritaire. Même si je n'ai jamais été directement confronté à la violence, j'en ai beaucoup entendu parlé, au sein d'Act Up ou ailleurs. Les homos frappés, les étrangers brimés et les femmes violées, trois cas où l'on se retrouve dans un rapport de honte, d'images de dégradation. Des identités se construisent là-dessus. On nous reprochera toujours de revendiquer une identité homosexuelle, mais quand on se fait traiter de sale pédé dans la rue, l'identité ce n'est quand même pas nous qui la construisons!

Le film aurait-il pu être plus insolent, plus «queer»?

J.M. Je veux bien qu'on nous reproche de donner une image trop propre de l'homosexualité. Je ne suis pas fermé à la radicalité et Jeanne était sans doute vu comme un film plus radical. C'est compliqué parce que je ne me sens pas dans une recherche de compromis. Peut-être que les cartes sont brouillées aujourd'hui parce que Priscilla, reine du désert fait un tabac mais qu'est-ce que les gens regardent là-dedans? Pédale douce fait plus d'un million d'entrées, est-ce que ça ne vire pas à la foire aux folles? Je suis persuadé qu'il y a une nécessité à travailler sur les archétypes et exhiber une autre image...

O.D. Je n'ai pas l'impression qu'on ait jamais pensé ce film comme quelque chose de radical, on a essayé de fabriquer des images qui correspondent à une réalité qui nous est proche et de les rendre accessibles à un public le plus large possible.

Cette page fait partie d'un site très complet sur les personnalités gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé par la page principale, cliquez ICI pour accèder à celle-ci.