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Patrice Chereau

Né le 2 novembre 1944 à Lésigny

Réalisateur

Parcours

Patrice Chéreau naît le 2 novembre 1944 dans le Maine & Loire dans une famille de deux enfants. Ses parents, peintres tous les deux, les initient à l'art très tôt en les emmenant courir les expositions. Dès son enfance qu'il passe à Paris, Patrice Chéreau a tous les moyens pour développer une sensibilité artistique dont il fera largement preuve dans l'ensemble de son travail.

Enfant, il se déguise en prêtre, ce qui fait penser ses parents qu'il se destine à une vocation religieuse. Que nenni, c'est le côté théâtral qui l'intéresse : dès le lycée, il intègre la troupe de son école. Très vite, il s'investit dans la mise en scène et conçoit à la fois décors et costumes. En 1966, à l'âge de 22 ans, on lui propose la direction du théâtre de Sartrouville, lieu dans lequel, influencé par l'époque, il fait essentiellement du théâtre " politique " en prenant des positions radicales. En 1969, après la faillite de son théâtre, il part en Italie puis à Marseille, où il se met en scène dans le rôle de Richard II.

Déjà, dans toutes ses mises en scène, qu'elles soient classiques ou non, il montre beaucoup de lui-même en touchant à quelque chose d'essentiel et d'intime. Il appréhende la création théâtrale sur le mode cathartique : le rythme de travail qu'il s'impose (" ne jamais s'arrêter de travailler ") lui permet de sortir de ses retranchements et de sa solitude et finalement, de vaincre ses démons intérieurs.

En 1974, il se lance dans le cinéma avec La Chair de l'orchidée, l'histoire d'une jeune femme que l'on veut faire passer pour folle afin de la spolier de son héritage. Charlotte Rampling, qui interprète le rôle principal, est conquise par le réalisateur et par ses " personnages qui vivent à l'extrême de leur vie émotionnelle ". En 1976, Pierre Boulez lui propose de mettre en scène la Tétralogie de Wagner à Bayreuth. L'univers du compositeur, à la fois violent et intense, étant proche du sien, Patrice Chéreau accepte. Les quelques 16 heures de spectacle provoquent une importante polémique : on lui reproche (avant d'encenser cette création quelques temps plus tard) d'avoir travaillé l'aspect théâtral au détriment de la musique.

En 1978, c'est la sortie de son second film, Judith Therpauve, l'histoire d'une femme (incarnée par Simone Signoret) qui doit sauver un journal de province en difficulté financière.

Un an auparavant, il débute, en collaboration avec Hervé Guibert, l'écriture du scénario de son troisième film, L'Homme blessé, écriture qui durera six ans. Avec cette histoire de passion qu'éprouve un jeune homme de 18 ans pour une sorte de prince déchu plus âgé, Patrice Chéreau signe un film très personnel en donnant à Jean Hugues Anglade un rôle qu'il juge être profondément lui. Le film, parlant de l'homosexualité non réalisée et ayant pour cadre l'univers sordide et violent d'une gare, est présenté à Cannes en 1983 où il fait scandale.

La même année, il prend la direction du théâtre des Amandiers à Nanterre, direction qu'il assurera pendant huit ans. Il fait de ce théâtre un espace multiculturel avec une école de comédiens qui verra passer moult comédiens tels que Valéria Bruni-Tedeschi, Vincent Perez, Agnès Jaoui… C'est dans le cadre des Amandiers qu'il découvre l'auteur Bernard-Marie Koltès qu'il met en scène de nombreuses fois (Combat de nègre et de chiens, Quai Ouest, Dans la solitude des Champs de coton avec Pascal Greggory et Retour au désert). En 1987, avec les élèves de son école de comédiens, il réalise Hôtel de France ayant pour sujet une réunion de famille plutôt chaotique.

En 1994, il rencontre un véritable succès public avec son quatrième film, La Reine Margot, dans lequel il semble parvenir à une réelle maturité cinématographique (" je crois que La Reine Margot est un film qui me ressemble, qui est entièrement à moi "). A l'origine du film, Danièle Thompson (réalisatrice de La Bûche ) et lui ont travaillé quatre ans sur l'écriture du scénario à partir du roman d'Alexandre Dumas.

Quatre ans plus tard, ils collaborent de nouveau pour Ceux qui m'aiment prendront le train. Ces deux films, très proches, sont une forme aboutie d'un thème cher au réalisateur : le fonctionnement d'une petite société avec ses rancœurs et ses luttes intestines. Ce sont véritablement des films d'une violence époustouflante, des films organiques dont on entend presque les battements de cœur et qui sont d'une vitalité inouïe. Patrice Chéreau y montre un véritable chaos parfaitement orchestré par une mise en scène extraordinaire.

En 2001, avec Intimité, le cinéaste revient littéralement à un film plus intimiste en abandonnant la peinture de ces cours aux nombreux personnages pour se concentrer sur les liens qui unissent un homme et une femme. Mais l'intensité des relations entre les êtres est toujours présente. C'est certainement parce que Patrice Chéreau " aime rentrer dans les visages et dans les regards " qu'il arrive toujours si bien à capter l'essence humaine et à disséquer ses personnages en quête d'absolu.

Principales récompenses : 2001 Ours d'or à Berlin pour Intimité / 1999 César du meilleur réalisateur pour Ceux qui m'aiment prendront le train /1994 Prix du jury à Cannes pour La reine Margot / 1984 César du meileur scénario original pour L'homme blessé.

(http://www.ecrannoir.fr/real/france/chereau.htm)

Rajoutons que Chéreau a deux projets : une proposition d'Al Pacino, un scénario où il aurait le rôle principal, consacré à Napoléon à Sainte-Hélène ; l'autre est un film sur les derniers jours des dignitaires de Vichy à Sigmaringen, que j'écris avec Pierre Trividic. Les deux devraient être produits par Charles Gassot, comme Ceux qui m'aiment... et Intimité. On ignore dans quel ordre ils se feront.

Homosexualité

Extrait d'un article de Yannick Le Lec (Combat) sur les critiques ciné qui sont parues lors du film "ceux qui m'aimeront prendront le train"

(http://www.vih.org/combat/No25/25_2001_09_D6_Chereau.html)

Confrontée au film de Patrice Chéreau Ceux qui m'aiment prendront le train, la critique a largement ignoré les enjeux sociaux du sexe.

Avant tout, pointons les réalités essentielles du Chéreau homme et citoyen : un cinéaste ouvertement gay, de cette espèce toute particulière que l'on qualifie volontiers d'"intellectuel de gauche", fils d'un artiste-peintre et d'une mère dessinatrice, élevé dans des valeurs catholiques jamais reniées (cf. sa "dévotion" déconcertante envers l'idée de sacrifice déployée dans Breaking the waves de Lars von Trier !).

Il ne s'agit pas, bien sûr, de verser dans une conception de l'auteur comme un repère idéal d'où émanerait l'œuvre... mais qui pourrait prétendre que la "critique" abordant Chéreau ignore, un tant soit peu, l'essentiel des fondements idéologiques ou d'orientation sexuelle qui ont façonné son cheminement personnel ?

Un artiste-peintre homosexuel, doublé d'un tyranneau familial, est mort et cette journée d'enterrement, à Limoges, nous laisse découvrir "ses amis, ses amants, les ami(e)s de ses amants", les relations qui les unissent ou les déchirent ou encore leur(s) rapport(s) au défunt. Voilà, à grands traits, la trame "officielle" et communément admise de Ceux qui m'aiment..., le tout interprété, il convient de le souligner, par une troupe d'actrices et d'acteurs fort inspirés (Trintignant, Bruni, Berling, Perez...) et jusqu'aux seconds-rôles, remarquables eux aussi.

Dans ce cadre, la famille "classique" est soumise à la critique d'un cinéaste gay et constitue le point central autour duquel s'engouffre, aux dires du Monde, ce "typhon de sentiments" ; cette famille qui "sent la haine et la mort" et en laquelle Jules Renard ne décelait que "la mise en commun des sentiments les plus bas", "contradiction majeure entre tout ce que l'on hait et tout ce qui nous fonde" (J.-J. Bernard pour Première).

Et si Didier Péron, de Libération, devine le Thomas Bernard d'Extinction qui se cacherait (à peine) derrière Chéreau ("Le ressassement sur soi, les bilans tirés à la faveur du - pas si cher - disparu et dont l'aréopage familial... s'empresse d'évoquer les travers les moins avouables"), les articles du Figaro méritent, eux aussi, que l'on s'y attarde.

La journaliste Marie-Noëlle Tranchant y déplore que, chez Chéreau, "il n'y a pas d'ordre naturel, les liens entre les êtres ne sont que des figures du désir..., miroirs inquiétants tendus à la société : un monde uniquement passionnel... qui se compose et se décompose selon les humeurs de chacun" mais encore et surtout que "toutes les interférences sentimentales mettent en jeu le sexe, à l'exclusion du cœur laissé sur la touche".

Quant à l'homosexualité, omniprésente, Stéphane Bouquet parle, quant à lui, d'un "film de pédé" (de "pédé", pas d'homosexuel). D'abord parce que la famille - nous y revenons - "y est regardée toute entière du point de vue de ceux qui en sont en marge et qui lui portent une affection mesurée". Et de poursuivre par des questionnements judicieux quant aux représentations de sexes : les femmes, écrit-il, "n'atteignent jamais la pleine existence". Ou, si, selon ce critique, "Viviane (le transsexuel) n'en est pas vraiment une, les autres sont motivés par le souci de leur progéniture et la seule enfant du film est une peste antipathique". Dont acte.

Mais ce qui est à relever devant une presse si avertie, c'est que personne ne semble s'être aperçu que, justement, la seule "vraie" femme du film... c'est Vincent Pérez, Frédéric devenu Viviane, "qui se rêve en boulangère" et porte un prénom de fée ! Viviane encore, que Claire Vasse, de Positif, se contente de ranger au rayon des "personnages cocasses". A contrario, la même journaliste tombe juste en situant la faiblesse du film "dans des figures féminines et les relations hétérosexuelles", suggérant même que si Chéreau n'avait embarqué que des hommes, "son histoire aurait été incontestablement plus intense".

En même temps, le film "accouche sur le tard" (l'expression est de D. Peron) "de tout un tas de propositions inédites pour une communauté future, utopie de famille déviante, réunion aléatoire d'individus pour société mutante" : il s'agit là de cette proposition du couple homosexuel d'adopter "leur amant - éphèbe - séropo - commun, Bruno". On pourra cependant regretter que ce dernier, "petite gueule d'ange indocile et perdue", se retrouve dans une posture agaçante de "déclencheur du désir" (S. Bouquet), renforçant cette impression fort désagréable d'un traitement assez conventionnel de l'homosexualité...

Ainsi la critique semble-t-elle, avec Ceux qui m'aiment... prendre la mesure plus exacte de la place tenue par les rapports et enjeux sociaux de sexe chez Chéreau. Mais, précisément, ces thèmes-là (ambivalence, homoérotisme...) ne sont-ils pas à l'œuvre, depuis le début, dans l'œuvre du cinéaste ? Contentons-nous, ici, de nous remémorer l'exaltation des corps masculins dans La Reine Margot, en même temps que cette constante misogynie dans la typification des personnages féminins, de la supposée folle C. Rampling à la castratrice E. Feuillère dans La Chair de l'Orchidée, aux combats perdus de Judith Therpauve dans le film du même nom, ou encore le machiavélisme, poussé jusqu'à la caricature, d'une Catherine de Médicis mortifère, mère d'une Marguerite de Valois présentée sous les traits d'une "royale putain"...

Tout cela, sans parler de l'absence de toute dimension sociale (Chéreau n'est pas Fassbinder) ni cette fascination du cinéaste pour ces grandes demeures bourgeoises... où s'agitent le plus souvent un certain milieu quelque peu parisianiste, artistique, branché et/ou décadent... A la décharge de Chéreau, pouvons-nous suggérer qu'une telle posture peut aussi s'expliquer par le fait, précisément, de l'appartenance constante de ce réalisateur gay à la gauche française, cette gauche pour laquelle seuls comptaient, jusqu'il y a peu, les enjeux et représentations socio-économiques... l'art porte-drapeau de la lutte des classes et sûrement pas de celle, ignorée, détournée, contre les dominations et discriminations fondées sur le sexe et/ou l'orientation sexuelle !).

Ceux qui m'aiment... demeure, donc, le film le plus artistique de Chéreau, celui par lequel il lui est permis d'accéder au sérail... la forme excédant le fond, derrière la toute puissante beauté de la mise en scène. "L'élite adorera, peut-être" osait C. Calzado dans ses Fiches du cinéma. Juste présomption. Doit-on confesser que l'auteur de cet article a pu trouver dans le film, malgré tout et notamment à quelques envolées scénaristiques jubilatoires... un certain plaisir ?

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