| Parcours
Originaire
d’une famille modeste, il reçoit une éducation
qu'il qualifiera lui-même de "spectaculairement religieuse".
Il reniera pourtant sa foi en Dieu.
Dès
son adolescence, Pedro Almodovar fréquente assidûment
les salles obscures et rêve de réaliser ses
propres films. C'est pour mettre à exécution
son projet, qu'à 17 ans, sans un sou en poche, il
s'installe à Madrid où il espère intégrer
l'École officielle du film. La décision de
Franco de fermer cette école l'oblige à modifier
quelque peu ses plans. Pour vivre, il multiplie les petits
boulots avant de trouver une place stable à la Compagnie
Nationale du Téléphone où il travaillera
douze ans comme assistant. Cet emploi lui permet d'une part
d'avoir du temps et un peu d'argent pour se consacrer à
sa passion et surtout, d'autre part, d'observer et d'étudier
une classe moyenne qu'il ne connaît pas bien et dont
les inquiétudes et les petits malheurs seront une
source intarissable pour les histoires qu'il veut raconter
dans ses films.
À
côté de son travail, il côtoie une compagnie
de théâtre indépendante, il écrit
de petites histoires et fait même parti d'un groupe
parodique de punk rock appelé "Almodovar et Mc Namara".
En 1974, il réalise son premier court métrage
muet et en enchaîne une dizaine d'autres jusqu'en
1978. Il les présente au public en doublant lui-même
la voix de tous les personnages. Il fréquente alors
les bars, les festivals pour amateurs et les galeries d'art
pour se faire connaître et attirer le public.
1980
marque son passage au long métrage. Il réalise
Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. Ce film cru
coïncide avec la naissance de la démocratie
en Espagne et se caractérise par un profond désir
d'ouvrir le cinéma aux nouvelles libertés
accordées à la société espagnole.
Il est représentatif de ce renouveau artistique madrilène
baptisé Movido dont Pedro Almodovar s'éloigne
un peu pour pouvoir se moquer de sa récupération
par les médias. Il enchaîne dès lors
les films dont : Dans les ténèbres en 1983,
Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
(1984),Femmes au bord de la crise de nerf (1987), Attache-moi
! (1989), Talons aiguilles (1991), En chair et en os (1997),
Tout sur Ma Mère (1998).
Pedro
Almodovar a su donner à ses films un style particulier,
cru et parodique, fondé sur un complexe mélange
des genres et des passions. Il y multiplie les personnages
originaux, attachants et hauts en couleurs, accordant dans
l'ensemble de son œuvre une place particulière aux
femmes. Cette prépondérance accordée
aux personnages féminins se retrouve dans sa forme
la plus achevée dans son magnifique dernier film,Tout
sur ma mère qu'il dédie aux femmes et aux
actrices. Il a obtenu pour ce film le prix de la mise en
scène au festival de Cannes en 1999. Outre le style,
c'est une esthétique particulière que le réalisateur
a su créer dans l'ensemble de son œuvre en accordant
une grande attention aux décors,vêtements et
accessoires dont il est le principal concepteur.
(bio
issue de ActuStar)
Son
film "Tout sur ma mère" est un petit bijou.
Plein d'émotions contenues et un brin d'humour. La
meme chose avec "Parle avec elle" pour lequel
Pedro Almodovar a été couronné de succès à Rome en 2002.
Il a reçu le prix du meilleur film, de la meilleure réalisation
et du meilleur scénario lors de la cérémonie de la 15e édition
du Prix du film européen qui a eu lieu à Rome.
Homosexualité
Il
a toujours été très clair quand à
sa bisexualité. Beaucoup de ses films font la part
belle aux histoires sexuelles non conventionnelles (homo,
bi, trans, ...). Voici une interview donnée à
Tétu :
Si
«Femmes au bord de la crise de nerfs» lui a valu
la gloire internationale, sa filmographie regorge surtout
de marginaux empêtrés dans d’incroyables histoires
de drogue, de sexe et d’amour sanglant. Star ibérique
underground devenue figure majeure du cinéma européen,
il confirme son style, coloré et souvent subtil,
avec son nouveau film. Pedro Almodovar nous appartient.
Comme
Pasolini ou Fassbinder, vous êtes devenu une icône
gay. C’est agréable ?
Je
ne sais pas. Quand je fais un film, j’essaie de ne faire
aucun compromis, ni avec moi-même, ni avec les autres.
Être conscient que l’on est une icône ou un
symbole pour quelqu’un vous donne une responsabilité.
Et quand je travaille, j’ai besoin de me sentir complètement
libre. Ce n’est évidemment pas une question de mépris.
Quand je me regarde dans un miroir, je me vois tel que je
suis, tout petit... Pour vous rassurer, dans les trois histoires
que je suis en train d’écrire pour mes prochains
films, il y a à chaque fois un personnage homosexuel
important.
Dans
«En Chair et en os», Liberto Rabal rappelle vraiment
l’Antonio Banderas de vos premiers films. Un hasard ?
Liberto
est l’héritier du trône qu’Antonio a laissé
vacant depuis «Attache-moi». Antonio, c’est l’homme
de ma vie ! Il était mûr dès la première
fois où il s’est mis devant la caméra. Liberto
ne l’est pas autant, mais il possède effectivement
beaucoup de qualités qui me rappellent Antonio. Je
vais essayer de nouer avec lui des liens professionnels
aussi forts.
«La
Loi du désir» débute par une scène
de masturbation, montre un transsexuel bien dans sa peau,
évoque l’homosexualité. Avez-vous eu des problèmes
avec la censure ?
Pas
en Espagne, mais dans d’autres pays européens. Le
distributeur italien m’a demandé de couper la première
scène. Et j’ai refusé. Mais j’ai appris beaucoup
plus tard qu’elle n’a pas été diffusée
à la télévision. «La Loi du désir»
est sorti dans le monde entier, ce n’était donc pas
possible d’être vigilant à 100%.
Au
fil des films, pourquoi avoir renoncé à la
provocation, au kitsch?
Je
me suis ennuyé de tout ça.
Est-ce
une évolution logique ou la recherche de la respectabilité
?
Cette
question est un cliché ! Je vous donne un exemple
: la première drag-queen que j’ai vue, c’était
ici, à Paris, il y a vingt-sept ans. J’étais
impressionné, amusé, très attiré.
Aujourd’hui, je ronfle d’ennui quand je vois une drag-queen
dans un film. Cela ne veut pas dire que je veuille être
plus respectable, je n’ai pas du tout calculé l’évolution
de ma carrière. Simplement, il y a des choses que
je n’ai plus envie de faire, et je ne sais même pas
pourquoi. Je n’ai d’ailleurs jamais cherché à
être un provocateur. Je tournais les histoires qui
me venaient à l’esprit spontanément. Aujourd’hui,
je fais exactement la même chose, simplement j’ai
vingt ans de plus.

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