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Sa
nomination à la Présidence de Radio France
Le
Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a nommé le 12 mai
2004 Jean-Paul Cluzel, actuel PDG de Radio France
Internationale (RFI), à la présidence de Radio France pour
cinq ans. Il remplace Jean-Marie Cavada, qui a démissionné
il y a deux semaines pour se présenter aux élections européennes
sur une liste UDF.
Le
choix de Cluzel est tout sauf une surprise. D'abord parce
que ce haut fonctionnaire, âgé de 57 ans, a une longue expérience
de la radio: il était à la tête de RFI depuis décembre
1995. Mais aussi parce qu'il a su cultiver des amitiés
politiques aussi bien à droite qu'à gauche. Ami d'Alain
Juppé (il est le parrain de sa fille), il a été nommé en
1992 directeur de l'Opéra de Paris par Jack Lang, sous la
présidence de François Mitterrand. Puis, nommé à RFI par
le gouvernement Juppé, son mandat a été renouvelé deux
fois sous le gouvernement Jospin.
A
la tête de Radio France, Jean-Paul Cluzel va devoir gérer
plusieurs dossiers chauds. Sur le plan social, la maison est
encore sous le coup de la longue grève de janvier-février.
Les journalistes réclamaient l'alignement de leurs salaires
sur ceux de France Télévisions. Ils n'ont pas obtenu
satisfaction. Mais la justice vient de relancer l'affaire en
estimant que Radio France devait respecter un accord de 1994
prévoyant des négociations annuelles sur les disparités
salariales entre la radio et la télévision publiques.
Autres sujets sensibles, et coûteux: le déménagement
d'une partie de Radio France afin de mettre aux normes la
tour centrale de la Maison ronde, et la numérisation des
stations. Enfin, le nouveau président va devoir mettre en
place une stratégie dans un contexte de baisse des
audiences de la radio.
Son
parcours
Né
le 29 janvier 1947, diplômé de l'Institut d'études
politiques de Paris et de la faculté de droit et de
sciences économiques, détenteur d'un Master of Arts de
l'Université de Chicago, M. Cluzel a entamé sa carrière
dans la haute fonction publique à sa sortie de l'ENA
(promotion "Charles de Gaulle").
Il
entre à l'inspection des Finances en 1972, où il restera
jusqu'en 1976, pour la réintégrer en 1981-1982, avant
d'être nommé inspecteur général en 1990. Il est
conseiller technique du ministre des Affaires étrangères,
Jean François-Poncet de 1979 à 1981, puis conseiller pour
l'Afrique à la direction du Trésor de 1982 à 1984.
En
1985, il entre au groupe d'assurances Gan, où il est
chargé de la recherche et du développement puis des
affaires internationales. De 1992 à 1995, il est directeur
général puis directeur de l'Opéra de Paris, où il met en
oeuvre un douloureux plan social.
En
décembre 1995, il est nommé PDG de RFI pour trois ans. Il
est reconduit par le CSA en décembre 1998 puis en novembre
2001. Il y met en place le format du "tout info".
Jean-Paul
Cluzel est membre du conseil supérieur de l'Agence
France-Presse depuis 1996. Il est officier de la Légion
d'honneur, officier de l'ordre national du Mérite,
Commandeur des Arts et des Lettres, Officier de l'ordre du
Mérite de la République fédérale d'Allemagne et
Chevalier de l'ordre de l'Infant Dom Enrique (Portugal).
C'est
un proche de Alain Juppé et sa femme. il est le parrain de
leur fille.
Ses
premières décisions
Le
nouveau président-directeur général de Radio France,
Jean-Paul Cluzel, a présenté lundi ses projets et la
nouvelle organisation de l`ensemble de radios publiques
qu`il contrôle, en soulignant qu`il fallait "inventer
la radio du XXIe siècle". "Notre vrai problème,
c`est inventer la radio du XXIe siècle", a déclaré
M. Cluzel, ex-PDG de Radio France internationale (RFI), lors
de sa première conférence de presse. Il faut, selon lui,
"relever ce défi pour les deux radios les plus
importantes de nos chaînes", France Inter et France
Info.
A
cet égard, le nouveau PDG a esquissé un certain nombre de
"pistes" qui doivent être explorées pour
expliquer le "léger effritement de l`audience de la
radio" au cours des 12 derniers mois. Il a mentionné
notamment "l`audience du matin" qui a décliné
pour la plupart des radios, à l`exception de Skyrock et
Chéri FM.
"L`élargissement
du temps libre" peut également jouer dans ce repli,
a-t-il analysé, car il profite davantage à d`autres
médias qu`à la radio. Enfin, pour Jean-Paul Cluzel, le
premier mode de consommation de la radio reste la chaîne ou
la mini-chaîne. C`est un mode de consommation d`écoute
fixe au même titre qu`internet ou la télévision et le
média radio est donc un concurrent direct de la
télévision ou de l`internet, le transistor ne
représentant plus que 10 pour cent de l`écoute de la
radio.
"Nous
allons avoir à coeur d`essayer d`inventer la radio du
XXIème siècle qui, dans le respect de nos formats, de nos
spécificités, des valeurs du service public, va donner le
nouveau souffle que nous devons avoir", a conclu M.
Cluzel. Le nouveau PDG a d`autre part présenté la liste
des cinq grands "chantiers" qu`il doit
immédiatement entreprendre: déménagement de France Inter
dans de nouveaux locaux extérieurs à la célèbre maison
ronde, travail sur les grilles de programmes des sept
chaînes (France Inter, France Info, France Bleu, France
Culture, France Musiques, FIP et Le Mouv`), mise aux normes
de sécurité de la Maison de la Radio, reprise du dialogue
social qui doit notamment porter sur les problèmes de
double collaboration et les droits d`auteur, enfin,
préparation du budget 2005.
Le
nouveau PDG a souligné qu`il ne souhaitait pas bouleverser
les structures existantes, en gardant notamment des
directions indépendantes pour chaque antenne. Il a annoncé
la nomination de Thierry Beauvert à la tête de France
Musiques pour remplacer Pierre Bouteiller et confirmé la
nomination de Gilles Schneider, venu de RFI, pour remplacer
Jean-Luc Hees à la tête de France Inter. Michel Polacco
est confirmé dans sa fonction de directeur de France Info,
Michel Meyer dans celle de directeur de France Bleu, Laure
Adler comme directrice de France Culture, Dominique Pensec
à la tête de FIP et Frederic Schlesinger à la tête de Le
Mouv`.
Lui
et son homosexualité
Vivre
et penser comme... Jean-Paul Cluzel (interview le Figaro,
juin 2004)
Mardi
22 juin, à 10 heures, dans son bureau de Radio France au
style très ex-RDA. Costume sombre rayé, les mains jointes,
l'air recueilli, Jean-Paul Cluzel joue le jeu de la
confession.
Comment
gérez-vous un scandale ?
Avec
calme. A la mort du correspondant de RFI à Abidjan, Jean
Hélène, une consoeur a écrit que je l'avais obligé à
accepter «un poste où il devait trouver la mort». Quand
on a été l'objet d'une accusation aussi grave, on est
blindé.
Comment
vous définiriez-vous ?
Je
suis gay, catholique et libéral.
Gay
?
Je me revendique gay, car j'ai la chance de pouvoir le
faire. Beaucoup de jeunes gays ne sont pas encore acceptés
par leur famille. C'est tragique. Je souhaite contribuer à
ce que les relations entre enfants gays et parents soient
normales. L'homosexualité est une manière de vivre sa vie
très ancienne, naturelle et heureuse. Elle s'inscrit dans
une longue tradition de créativité et de courage, qui va
de Platon à Proust.
Catholique
?
Cela
signifie que j'accepte mes racines et que je revendique un
certain type de rapport aux autres et au monde.
Libéral
?
La société ne doit pas primer sur l'individu. Au plan
économique, il ne peut y avoir de développement durable
sans s'appuyer sur la réussite individuelle. L'altermondialisme,
cher aujourd'hui à certains secteurs de l'opinion,
s'inscrit dans une vieille tradition française de refus des
réalités mondiales, née au moment du colbertisme.
Le
lieu commun qui vous agace
Que
la mondialisation rimerait avec plus de pauvreté. C'est
faux, pour la plupart des pays du monde, et d'abord le
nôtre. Ceux qui dénoncent la mondialisation sont les
mêmes qui se ruent sur les téléviseurs à bas prix
fabriqués en Chine.
Quelle
serait, selon vous, la pire guerre que l'on pourrait faire
à l'intelligence ?
Refuser
le succès public.
Les
oeuvres pour lesquelles vous avez le plus d'admiration
C'est bien difficile de choisir. Peut-être les opéras de
Mozart... Ils incarnent à mes yeux la rencontre du sens,
celui de l'intelligence du texte, et la perfection de la
forme, la beauté musicale.
Vos
chefs-d'oeuvre méconnus
Même
difficulté : mais me viennent à l'esprit la Manon de Jules
Massenet ou, en littérature, Bonjour tristesse, de
Françoise Sagan. Ce sont des oeuvres considérées comme
mineures, alors qu'elles touchent à l'essentiel.
La
musique qui vous assomme
Le
rap : le rythme musical en est sommaire et le contenu des
paroles violent.
Le
classique qui vous tombe des mains
J'ose
à peine le dire : Balzac, bien long.
Maître
à penser
Proust. On ne peut pas l'aborder à 20 ans. Je l'ai lu
intégralement dans ma trente-cinquième année. C'est la
meilleure des psychanalyses, et tout y est traité avec
illumination : de l'art aux structures sociales.
La
vertu, chez les autres, que vous supportez le moins
La
vraie vertu est toujours aimable.
A
quoi avez-vous renoncé ?
A
la richesse, mais j'étais sans doute peu doué pour elle.
Comment
dépensez-vous votre argent ?
J'ai
un appartement agréable.
Dress
code
Fondamental.
La plupart des gens ne vous appréhendent que par votre
extérieur. J'aime l'idée d'«être un jour seulement beau,
beau et con à la fois», comme dit la chanson de Brel.
Avez-vous
un coach ?
Mes
collaborateurs sont devenus mes amis et c'est sur eux que je
teste mes idées. Je n'envisage pas une seule seconde
d'employer un professionnel de la communication qui ne
ferait que cela !
Comment
gérez-vous votre temps ?
Travailler
un grand nombre d'heures nécessite une solide organisation.
Il faut être sélectif, ce qui fâche beaucoup de monde ! !
! Et il faut se garder un peu de temps pour «son jardin»
personnel, comme l'a enseigné Montaigne.
Lieux
de repli
Les
chemins de randonnée ; sa voiture sur une jolie route de
campagne ; les églises même si elles sont de moins en
moins calmes à cause des touristes ; mon salon, les
fenêtres ouvertes, par une belle nuit d'été.
Les
voix qui vous charment
Des voix de femmes, graves. Celles de Jeanne Moreau, d'Amalia
Rodrigues, de Piaf mais aussi d'Anne Sinclair.
Quelles
qualités et quels défauts l'exercice du pouvoir
requiert-il ?
La
lucidité, la clarté, la ténacité ; et en contrepoint un
peu de schizophrénie, voire d'hypocrisie (à doses
homéopathiques !).
Qu'est-ce
qui vous ferait renoncer au pouvoir ?
La
santé ou l'échec évident.
Pour
lequel de vos adversaires avez-vous le plus d'admiration ?
Pierre
Bergé, mais je doute qu'il me considère comme un
adversaire de sa taille, et il a raison en cela. C'est un
homme étonnant.
Quelle
est la trahison pour laquelle vous auriez le plus
d'indulgence ?
Vouloir
prendre ma place (rire), car je fais un métier formidable !
Les
mots importants à vos yeux
Amour, homme, femme, beauté.
De
quel penseur avons-nous besoin aujourd'hui ?
Il
doit faire le lien entre le Christ, Platon et Lao Tseu, et
se porter à la rencontre de l'animisme africain, très
injustement ignoré de notre Occident.
Votre
devise
Je
maintiendrai.

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