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Jean-Paul Cluzel

Né le 29 janvier 1947

Président de Radio France 

Sa nomination à la Présidence de Radio France

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a nommé le 12 mai 2004 Jean-Paul Cluzel, actuel PDG de Radio France Internationale (RFI), à la présidence de Radio France pour cinq ans. Il remplace Jean-Marie Cavada, qui a démissionné il y a deux semaines pour se présenter aux élections européennes sur une liste UDF.

Le choix de Cluzel est tout sauf une surprise. D'abord parce que ce haut fonctionnaire, âgé de 57 ans, a une longue expérience de la radio: il était à la tête de RFI depuis décembre 1995. Mais aussi parce qu'il a su cultiver des amitiés politiques aussi bien à droite qu'à gauche. Ami d'Alain Juppé (il est le parrain de sa fille), il a été nommé en 1992 directeur de l'Opéra de Paris par Jack Lang, sous la présidence de François Mitterrand. Puis, nommé à RFI par le gouvernement Juppé, son mandat a été renouvelé deux fois sous le gouvernement Jospin.

A la tête de Radio France, Jean-Paul Cluzel va devoir gérer plusieurs dossiers chauds. Sur le plan social, la maison est encore sous le coup de la longue grève de janvier-février. Les journalistes réclamaient l'alignement de leurs salaires sur ceux de France Télévisions. Ils n'ont pas obtenu satisfaction. Mais la justice vient de relancer l'affaire en estimant que Radio France devait respecter un accord de 1994 prévoyant des négociations annuelles sur les disparités salariales entre la radio et la télévision publiques. Autres sujets sensibles, et coûteux: le déménagement d'une partie de Radio France afin de mettre aux normes la tour centrale de la Maison ronde, et la numérisation des stations. Enfin, le nouveau président va devoir mettre en place une stratégie dans un contexte de baisse des audiences de la radio.

Son parcours

Né le 29 janvier 1947, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et de la faculté de droit et de sciences économiques, détenteur d'un Master of Arts de l'Université de Chicago, M. Cluzel a entamé sa carrière dans la haute fonction publique à sa sortie de l'ENA (promotion "Charles de Gaulle"). 

Il entre à l'inspection des Finances en 1972, où il restera jusqu'en 1976, pour la réintégrer en 1981-1982, avant d'être nommé inspecteur général en 1990. Il est conseiller technique du ministre des Affaires étrangères, Jean François-Poncet de 1979 à 1981, puis conseiller pour l'Afrique à la direction du Trésor de 1982 à 1984. 

En 1985, il entre au groupe d'assurances Gan, où il est chargé de la recherche et du développement puis des affaires internationales. De 1992 à 1995, il est directeur général puis directeur de l'Opéra de Paris, où il met en oeuvre un douloureux plan social. 

En décembre 1995, il est nommé PDG de RFI pour trois ans. Il est reconduit par le CSA en décembre 1998 puis en novembre 2001. Il y met en place le format du "tout info".

Jean-Paul Cluzel est membre du conseil supérieur de l'Agence France-Presse depuis 1996. Il est officier de la Légion d'honneur, officier de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres, Officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne et Chevalier de l'ordre de l'Infant Dom Enrique (Portugal).

C'est un proche de Alain Juppé et sa femme. il est le parrain de leur fille.

Ses premières décisions

Le nouveau président-directeur général de Radio France, Jean-Paul Cluzel, a présenté lundi ses projets et la nouvelle organisation de l`ensemble de radios publiques qu`il contrôle, en soulignant qu`il fallait "inventer la radio du XXIe siècle". "Notre vrai problème, c`est inventer la radio du XXIe siècle", a déclaré M. Cluzel, ex-PDG de Radio France internationale (RFI), lors de sa première conférence de presse. Il faut, selon lui, "relever ce défi pour les deux radios les plus importantes de nos chaînes", France Inter et France Info.

A cet égard, le nouveau PDG a esquissé un certain nombre de "pistes" qui doivent être explorées pour expliquer le "léger effritement de l`audience de la radio" au cours des 12 derniers mois. Il a mentionné notamment "l`audience du matin" qui a décliné pour la plupart des radios, à l`exception de Skyrock et Chéri FM.

"L`élargissement du temps libre" peut également jouer dans ce repli, a-t-il analysé, car il profite davantage à d`autres médias qu`à la radio. Enfin, pour Jean-Paul Cluzel, le premier mode de consommation de la radio reste la chaîne ou la mini-chaîne. C`est un mode de consommation d`écoute fixe au même titre qu`internet ou la télévision et le média radio est donc un concurrent direct de la télévision ou de l`internet, le transistor ne représentant plus que 10 pour cent de l`écoute de la radio.

"Nous allons avoir à coeur d`essayer d`inventer la radio du XXIème siècle qui, dans le respect de nos formats, de nos spécificités, des valeurs du service public, va donner le nouveau souffle que nous devons avoir", a conclu M. Cluzel. Le nouveau PDG a d`autre part présenté la liste des cinq grands "chantiers" qu`il doit immédiatement entreprendre: déménagement de France Inter dans de nouveaux locaux extérieurs à la célèbre maison ronde, travail sur les grilles de programmes des sept chaînes (France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, France Musiques, FIP et Le Mouv`), mise aux normes de sécurité de la Maison de la Radio, reprise du dialogue social qui doit notamment porter sur les problèmes de double collaboration et les droits d`auteur, enfin, préparation du budget 2005.

Le nouveau PDG a souligné qu`il ne souhaitait pas bouleverser les structures existantes, en gardant notamment des directions indépendantes pour chaque antenne. Il a annoncé la nomination de Thierry Beauvert à la tête de France Musiques pour remplacer Pierre Bouteiller et confirmé la nomination de Gilles Schneider, venu de RFI, pour remplacer Jean-Luc Hees à la tête de France Inter. Michel Polacco est confirmé dans sa fonction de directeur de France Info, Michel Meyer dans celle de directeur de France Bleu, Laure Adler comme directrice de France Culture, Dominique Pensec à la tête de FIP et Frederic Schlesinger à la tête de Le Mouv`.

Lui et son homosexualité

Vivre et penser comme... Jean-Paul Cluzel (interview le Figaro, juin 2004)

Mardi 22 juin, à 10 heures, dans son bureau de Radio France au style très ex-RDA. Costume sombre rayé, les mains jointes, l'air recueilli, Jean-Paul Cluzel joue le jeu de la confession.

Comment gérez-vous un scandale ?

Avec calme. A la mort du correspondant de RFI à Abidjan, Jean Hélène, une consoeur a écrit que je l'avais obligé à accepter «un poste où il devait trouver la mort». Quand on a été l'objet d'une accusation aussi grave, on est blindé.

Comment vous définiriez-vous ?

Je suis gay, catholique et libéral.

Gay ?

Je me revendique gay, car j'ai la chance de pouvoir le faire. Beaucoup de jeunes gays ne sont pas encore acceptés par leur famille. C'est tragique. Je souhaite contribuer à ce que les relations entre enfants gays et parents soient normales. L'homosexualité est une manière de vivre sa vie très ancienne, naturelle et heureuse. Elle s'inscrit dans une longue tradition de créativité et de courage, qui va de Platon à Proust.

Catholique ?

Cela signifie que j'accepte mes racines et que je revendique un certain type de rapport aux autres et au monde.

Libéral ?

La société ne doit pas primer sur l'individu. Au plan économique, il ne peut y avoir de développement durable sans s'appuyer sur la réussite individuelle. L'altermondialisme, cher aujourd'hui à certains secteurs de l'opinion, s'inscrit dans une vieille tradition française de refus des réalités mondiales, née au moment du colbertisme.

Le lieu commun qui vous agace

Que la mondialisation rimerait avec plus de pauvreté. C'est faux, pour la plupart des pays du monde, et d'abord le nôtre. Ceux qui dénoncent la mondialisation sont les mêmes qui se ruent sur les téléviseurs à bas prix fabriqués en Chine.

Quelle serait, selon vous, la pire guerre que l'on pourrait faire à l'intelligence ?

Refuser le succès public.

Les oeuvres pour lesquelles vous avez le plus d'admiration

C'est bien difficile de choisir. Peut-être les opéras de Mozart... Ils incarnent à mes yeux la rencontre du sens, celui de l'intelligence du texte, et la perfection de la forme, la beauté musicale.

Vos chefs-d'oeuvre méconnus

Même difficulté : mais me viennent à l'esprit la Manon de Jules Massenet ou, en littérature, Bonjour tristesse, de Françoise Sagan. Ce sont des oeuvres considérées comme mineures, alors qu'elles touchent à l'essentiel.

La musique qui vous assomme

Le rap : le rythme musical en est sommaire et le contenu des paroles violent.

Le classique qui vous tombe des mains

J'ose à peine le dire : Balzac, bien long.

Maître à penser

Proust. On ne peut pas l'aborder à 20 ans. Je l'ai lu intégralement dans ma trente-cinquième année. C'est la meilleure des psychanalyses, et tout y est traité avec illumination : de l'art aux structures sociales.

La vertu, chez les autres, que vous supportez le moins

La vraie vertu est toujours aimable.

A quoi avez-vous renoncé ?

A la richesse, mais j'étais sans doute peu doué pour elle.

Comment dépensez-vous votre argent ?

J'ai un appartement agréable.

Dress code

Fondamental. La plupart des gens ne vous appréhendent que par votre extérieur. J'aime l'idée d'«être un jour seulement beau, beau et con à la fois», comme dit la chanson de Brel.

Avez-vous un coach ?

Mes collaborateurs sont devenus mes amis et c'est sur eux que je teste mes idées. Je n'envisage pas une seule seconde d'employer un professionnel de la communication qui ne ferait que cela !

Comment gérez-vous votre temps ?

Travailler un grand nombre d'heures nécessite une solide organisation. Il faut être sélectif, ce qui fâche beaucoup de monde ! ! ! Et il faut se garder un peu de temps pour «son jardin» personnel, comme l'a enseigné Montaigne.

Lieux de repli

Les chemins de randonnée ; sa voiture sur une jolie route de campagne ; les églises même si elles sont de moins en moins calmes à cause des touristes ; mon salon, les fenêtres ouvertes, par une belle nuit d'été.

Les voix qui vous charment

Des voix de femmes, graves. Celles de Jeanne Moreau, d'Amalia Rodrigues, de Piaf mais aussi d'Anne Sinclair.

Quelles qualités et quels défauts l'exercice du pouvoir requiert-il ?

La lucidité, la clarté, la ténacité ; et en contrepoint un peu de schizophrénie, voire d'hypocrisie (à doses homéopathiques !).

Qu'est-ce qui vous ferait renoncer au pouvoir ?

La santé ou l'échec évident.

Pour lequel de vos adversaires avez-vous le plus d'admiration ?

Pierre Bergé, mais je doute qu'il me considère comme un adversaire de sa taille, et il a raison en cela. C'est un homme étonnant.

Quelle est la trahison pour laquelle vous auriez le plus d'indulgence ?

Vouloir prendre ma place (rire), car je fais un métier formidable !

Les mots importants à vos yeux

Amour, homme, femme, beauté.

De quel penseur avons-nous besoin aujourd'hui ?

Il doit faire le lien entre le Christ, Platon et Lao Tseu, et se porter à la rencontre de l'animisme africain, très injustement ignoré de notre Occident.

Votre devise

Je maintiendrai.

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