Qui
est le patron de Pink TV ?
Pascal
Houzelot, qui a été conseiller pendant près de 10 ans
d'Etienne Mougeotte à la présidence de TF1, est
l’initiateur de ce projet.
Producteur
de cinéma, Pascal Houzelot est le patron de Mosca Films à
qui l’on doit, notamment, "Pédale douce" et
"Absolument fabuleux". Il a 43 ans, et est né à
Pau.
Pascal
Houzelot se dit "fier de ses racines gasconnes" et
a longtemps vécu à Bordeaux. On le dit proche d’Alain
Juppé.
Ouvertement
gay, bon connaisseur du monde de la télé et du cinéma, il
réfléchit depuis longtemps sur le lancement d’une chaîne
gay en France. C’est lui qui a imaginé le projet Pink TV.
(actu-tv.com)
Portrait
et Homosexualité
Pascal
Houzelot, 45 ans. Il lance sur le câble la chaîne gay Pink
TV. D'ascendance bordelaise, il tutoie le tout-Paris
politique et mondain.
S'il
n'avait pas été gay, dit-il, il serait devenu un bourgeois
de droite classique. L'un évite-t-il l'autre ? Les
bourgeois deviennent rarement des folles. Et Pascal,
mannequin formaté en Chiraquie, ne semble rien renier de sa
classe. Ni prolo, ni bobo avec son costume noir sur blanc,
dents peroxydées et surcharge pondérale du quadra sous
contrôle. C'est un bourgeois plutôt grand et version
médias, plus Saint Laurent que Jean Paul Gaultier. A
l'image de sa création, Pink TV, la première chaîne gay
française, branchée, trendy, et tous publics si on n'a pas
le décodeur à pornos. «Tout sauf la Cage aux folles»,
dit-il pour couper court au premier soupçon de mauvais
goût.
Il
suffit de partager ses sushis (cinq jours sur sept au
Kinugawa, près de l'Opéra) pour le constater, Pascal
pratique assidûment le name dropping. Pas le poitevinesque
«Raffarin m'a dit», mais l'acrobatique, sans les
patronymes : «Etienne-Claire-Patrick», c'est TF1. «Alain
et Nicolas», l'UMP. «Arnaud, Jean-Marie», la finance.
«Line et Nathalie», show-biz et cinéma. A l'usage de
compatriotes bordelais, il cite aussi Benoît, l'avocat qui
l'aurait mis sur d'autres rails si une ambition
rastignacaise classique ne l'avait jeté à 24 ans dans un
train Drapeau (le TGV n'existait pas ) pour la capitale. La
vie appartient à ceux qui bougent, et qui savent cultiver
un carnet d'adresses. Il a entamé le sien comme on plante
un chêne, sur le cahier de textes de Grand Lebrun, son
collège marianiste de Bordeaux. Puis tout recopié sur
Filofax, avant de scanner sur Palm Pilot.
Une
liste rouge, mais seulement pour France Télécom. Hormis
quelques connivences communautaires, «Pierre Bergé est un
ami», il fréquente à droite. Lettre C, sous-lettre H.
Avant Chazal (chroniqueuse littéraire sur Pink), il y a eu
les deux Jacques, Chaban et Chirac. Pascal a godillé dans
leur sillage jusqu'à la fin des années 80. Il maîtrisait
les codes. Fils de notaire à Lesparre, sous-préfecture du
Médoc, ça apprend l'usage du couteau à poisson et aussi
à s'ennuyer avec élégance. Son enfance ? Douillette,
malgré «l'horreur, grande maison et grand jardin, loin de
tout». En amont du fleuve, Bordeaux clignotait comme une
métropole. La famille s'y installe quand il a 10 ans. Sa
mère devient l'attachée de presse du festival d'automne
Sygma, bébé culturel du maire Jacques Chaban-Delmas, qui
autorisait la jeunesse à se brancher dix jours par an. Le
reste du temps, c'est la routine bordelaise. Etés au
Cap-Ferret, ski l'hiver à la Mongie, hockey sur gazon au
club chic Primrose. Souvenir : «Avec les enfants de Roland
Dumas, mes meilleurs copains, on faisait des descentes dans
les caves de Cheval Blanc.» Samedi soir, «les gosses de
bourgeois» se défoulaient au Cyclope, minuscule boîte
gaie et gay. Un jour, son collège de garçons, «des curés
clean qui ne m'ont jamais harcelé, c'est limite vexant», a
projeté Mort à Venise. Pascal en est sorti bouleversé, et
choqué par les «pédés, tantouzes» qui ont salué le
film de Visconti.
A
15 ans, il se savait gay. Et avait compris que la voie
familiale, droite comme un rang de vignes avec beau mariage
et place au chaud dans l'étude paternelle, n'était pas
pour lui. Il assumait discrètement, tout à sa future
carrière politique. En 1974, shooté, dit-il, aux Mémoires
du Général, il approche Chaban, en tentative
présidentielle avec sa Nouvelle Société. C'est le début
d'une nouvelle et double vie. Collage d'affiches au petit
jour, claque dans les meetings, derrière Nicolas Sarkozy,
lui aussi en tee-shirt «Jeune RPR». Militant le jour,
fêtard la nuit, il s'encravate. Et brûle en un soir ce
qu'il gagne en une semaine : «J'ai toujours aimé le
luxe.» La famille a su, et s'est tue : «On est toujours
restés dans le non-dit.» Pascal s'éclatait loin d'eux, en
week-end à Saint-Sébastien ou à Biarritz, «dans
l'incroyable liberté sexuelle des années avant-sida» A 23
ans, le futur avocat est élu conseiller général sur sa
mine de beau parti. Perspective étroite, pour celui qui dit
aujourd'hui : «Je n'ai pas su être un artiste, j'essaie de
construire ma vie comme une oeuvre d'art.»
Paris
rive droite, un an plus tard. Son billet est sans retour,
comme la recommandation de Chaban qui le confie à Pierre
Charpy, ancien rugbyman, grognard gaulliste en charge de la
Lettre de la nation. Pascal gratte la feuille du RPR à
l'aube, après la fête, et noircit son Filofax. Bientôt,
Charpy passe à Jean-Jacques de Peretti, qui passe à
Chirac, et le voilà à Matignon, prototype du jeune loup de
cabinet, empressé, souriant et discret, à peine chiffonné
par ses nuits blanches au Palace. Il ne milite pas, Aides et
ses spectres émaciés l'effraient. Il vit, et piaffe
déjà. Le pouvoir est en train de virer du politique au
médiatique, les paillettes et l'argent miroitent, ce
train-là ne partira pas sans lui. Un pied dans la porte de
TF1, le temps d'exécuter un portrait de Jean Paul II, fait
d'armes journalistique qu'il revendique, et il est au
sommet, à la droite du père. Il y restera dix ans. Chargé
de mission, sur sa carte de visite, et en fait lobbyiste à
l'américaine. «Il avait des appuis partout, c'était un
excellent relais d'opinion et un bon négociateur, se
souvient une ancienne du groupe. Il ne se passait pas une
réunion sans lui. Avec Etienne [Mougeotte] et Xavier
[Couture], c'était le trio de tête.»
Il
prend le temps de monter une petite boîte de production,
prémices de son futur projet. Un ami: « Il a vraiment
décollé à TF1. C'est un curieux et un vrai généreux. Il
aime mettre les gens en contact. Il n'y a pas une personne
qu'il n'ose appeler.» Pas une fête non plus sans ce roi de
la nuit toujours en noir. «Je n'aime plus les boîtes, mais
les défilés de mode, les soirées, les bars, j'adore.» Il
continue de «claquer» en appartements, fringues, treks
lointains et week-ends en amoureux, portés sur l'opéra
désormais. Il ne s'imagine qu'en célibataire, un peu
désolé de voir «les petits d'aujourd'hui» nidifier en
couple, mais préfère «tant qu'à faire», les voir
mariés plutôt que pacsés, et enfants si affinités. Il
commence à dire «de mon temps». «Ils disent qu'ils ne
couchent pas le premier soir... Nous, c'était la première
minute !» Il continue de voter à droite, «c'est mon
côté libéral», mais ne milite plus. Qu'on ne lui demande
pas de trancher entre Alain, Nicolas ou Jean-Pierre, ce sont
tous des amis.
Son
grand projet, sa future vie en rose, est ailleurs depuis six
ans. C'est Pink TV, sa chaîne consolidée par un bouquet de
capitaux à faire pâlir Jean-Marie Messier quand il en
était. Le Palm a chauffé, TF1, Canal et M6 sont entrés
dans la ronde, malgré le CSA qui renâclait à autoriser
des nuits de catégorie 5, autrement dit pornographiques.
Pascal les a eus à l'usure, sans se fâcher et sans céder,
même s'il a mouillé plus d'une chemise Armani. Son pari
est à la fois risqué et malin, au moment où les gays
semblent sortis du ghetto. Analyse de l'homme d'affaires :
fort pouvoir d'achat, plus branchitude, plus curiosité du
grand public, égalent jackpot. Pascal, qui a aussi une âme
: «J'ai décidé ça à 40 ans. Tout concilier. Mon côté
libéral REP entreprenant et mon besoin d'argent, avec ma
part gay et mon goût pour l'art. 40 ans, c'est l'âge où
un homme se fait, ou pas.» A Bordeaux, il y a quelques
conseillers généraux encore chabanistes qui vont tiquer.
Ce Pascal, c'est le petit Houzelot ?
Pascal
Houzelot en 6 dates :
31
mai 1959
Naissance à Pau.
1983
Maîtrise de droit, conseiller municipal et conseiller général
à Bordeaux.
1984
Paris.
1986
Matignon.
1990
TF1.
25 octobre 2004
Lancement de Pink TV.
(libération)

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