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Chronologie
Pierre
Bergé arrive en 1948 à Paris et fonde l'année
suivante le journal "La Patrie Mondiale" auquel ont collaboré
les écrivains Albert Camus, Raymond Queneau, André
Breton et Jean-Paul Sartre. Passionné de littérature,
il fait la connaissance de Jean Giono et de Jean Cocteau,dont
il est aujourd'hui l'ayant droit de l'oeuvre. Pierre Bergé
contribue largement dès 1950 à la renommée
du peintre Bernard Buffet dont il suivra la carrière
durant huit ans.
En
1958, il rencontre Yves Saint Laurent, jeune directeur artistique
de la maison Christian Dior. En 1961, Pierre Bergé
s'associe au couturier pour fonder la maison Yves Saint
Laurent, dont il fera une multinationale du luxe. En 1973,
il crée la Chambre syndicale du prêt-à-porter
des couturiers et des créateurs de mode, qu'il préside
pendant 20 ans parallèlement à ses nombreuses
activités - président du DEFI (1991-1994),
de l'Union Française des Arts du Costume (UFAC) depuis
1991, et de l'Institut Français de la Mode depuis
1986... Pierre Bergé,toujours attentif aux créateurs
et aux besoins de la profession, prend en 1991 la présidence
de l'ANDAM, en faisant un outil efficace et unique de soutien
aux jeunes talents.
A
la fois éditeur (il est co-fondateur du Courrier
International), amateur d'art, bibliophile, auteur de deux
livres "Liberté, j'écris ton nom" (Grasset,
1991) et "L'affaire Clovis" (Plon, 1996), fondateur des
"Lundis Musicaux" du Théâtre de l'Athénée
en 1977, producteur des concerts de Philip Glass, de John
Cage et du spectacle d'Ingrid Caven, il est nommé
Président de l'Opéra de Paris en 1988, puis
Président d'Honneur de l'Opéra National de
Paris en 1994. En 1992, Pierre Bergé est promu Officier
de la Légion d'Honneur et nommé Commandeur
des Arts et des Lettres.
Très
branché cyber, Pierre Bergé est à l'initiative
des premiers défilés sur internet. Il est
tellement dedans qu'il rendra son tablier de PDG en l'an
2000 pour se consacrer totalement à Canal Web.
(bio
de Canal+)
Portrait
paru dans Libé (Luc le Vaillant)
Un
chef d'entreprise peut-il être l'ami d'un président
de la République? A droite, c'est une constante,
Chirac et Pinault en témoignant actuellement.Mais
à gauche? L'affection et l'estime réciproques
peuvent-elles surnager là où tourbillonnent
courtisanerie veule et trahisons à venir. Pierre
Bergé s'y est essayé.
L'allié
d'Yves Saint Laurent, le gestionnaire de leur maison de
couture, fut l'un des derniers amis d'un Mitterrand finissant.
Qu'est-ce qui a réuni deux hommes si dissemblables
? N'y voir qu'un échange de services serait réducteur.
Bien sûr, Bergé fut l'un des rares patrons
à soutenir la gauche. Il a financé la Tontonmania
délirante, a cotisé pour SOS Racisme et pour
le journal Globe, comme il a aussi pris la direction de
l'Opéra Bastille ou joliment vendu son entreprise
à une filiale d'Elf. Mais le natif de l'île
d'Oléron, fils d'un fonctionnaire des impôts
et d'une institutrice, n'avait pas attendu le descendant
de vinaigriers de Jarnac pour s'offrir un palais à
Marrakech ou pour accrocher des Picasso et des Magritte
dans son salon. Bergé: «On n'achetait pas l'amitié
de Mitterrand, il savait trop bien fermer ses portes à
double tour.» Avare de récits et de confidences
quand l'astrologue, le chauffeur et, bien-sûr, le
chien n'en finissent pas de dépecer la dépouille
de leurs souvenirs présidentiels, Bergé a
lui aussi l'intimisme minimal. Oui, ils sont tous deux charentais,
apprécient les ciels changeants et les eaux mélangées,
aiment les huîtres et les églises romanes,
et «ces écrivains régionaux de second
rayon» que sont Chardonne ou Loti. Oui, ils sont tous
les deux nés sous le signe du Scorpion. Et, alors?
Tentative
d'explications: Bergé a l'enthousiasme gratifiant.
Un historien: «Il est toujours passionné. Quand
il croit à quelqu'un, il va jusqu'au bout. C'est
sa vraie force.» Il a magnifié ses amants, le
peintre Buffet, le styliste Saint Laurent, leur servant
les dividendes de leur talent. Et il a captivé ceux
qu'il admirait, les écrivains Giono ou Cocteau, et
sans doute Mitterrand, devenant l'un des gardiens de la
mémoire des uns et des autres. Bergé n'est
pas de ces coucous dévastateurs qui salopent les
nids où on les accueille en dernier de couvée.
Il a la lucidité des lieutenants de l'ombre qui savent
que les princes des nuées ont besoin de leur soutien
intelligent pour ne pas virer artistes maudits.
Mieux,
Bergé a la fidélité habile. Le livre-bilan
qu'il publie sur Mitterrand est plus équilibré
que prévu, avec des prises de distance personnalisées
qui ne sont pas des vacheries post mortem. Bergé
est compréhensif sur Vichy, sévère
sur la IVe République et l'Algérie,louangeur
sur les libertés de 1981, minimaliste sur les renoncements
économiques. Surtout, on y sent un besoin de se réconcilier
avec son camp d'origine, la gauche, que sa mitterrandolâtrie
vindicative lui a parfois fait perdre de vue. Un membre
de SOS-Racisme: «Pierre, il est fin, cultivé,
mordant, intelligent sur plein de trucs, mais sur Mitterrand,
il peut devenir très chiant.» Et se livrer à
des contorsions d'apôtre.
La
plus violente ? La conversion à la guerre du Golfe
de celui qui rentra en politique dans les années
50 par le pacifisme des «citoyens du monde». La
plus agressive? Le feu nourri de ce fabiusien en service
commandé contre Jospin et son «menton mussolinien».
La plus grandiose? L'appel à voter Chirac, en 1995,
pour punir Jospin d'avoir exercé son «droit
d'inventaire». Là, dans la pénombre de
son appartement-musée, il se justifie mollement,
assimilant le président RPR à un rad-soc fluctuant.
Il préfère changer de sujet, promettre qu'il
soutiendra Jospin à l'avenir ou se féliciter
que celui-ci clôture le colloque organisé par
l'institut François-Mitterrand. Assis à distance,
raide et droit dans un parfait costume maison qui laisse
à peine échapper une paire de bretelles vraiment
pas à la Charasse, Bergé s'essaie à
contrôler des emportements qui lui sont coutumiers.
Une «modeuse»: «Il lâche des trucs
énormes, des horreurs. Il a une assurance et une
agressivité incroyables.»
Pointilleux
et irritable, Bergé a fermé les portes-fenêtres
pour ne pas entendre le râteau sur le gravier, a tamisé
les lampes blessantes, a congédié son valet
et aussi Ficelle, son chien. Mais, parfois, comme si l'immobilité
était trop contraire à sa nature, le voilà
qui se saisit la cheville, la hisse sur le canapé.
Va-t-il se transformer en odalisque? Non, il serait plutôt
du genre pile électrique. Une chroniqueuse de mode:
«Il me fait penser à Louis de Funès.
Il n'arrête pas de speeder les gens.» Mais le
chef d'entreprise qui dirigea jusqu'à 3 500 personnes
et qui, selon les observateurs, fit d'YSL «l'une des
plus belles marques mondiales», retrouve vite son emprise
sur soi et détaille ses contradictions qui n'empêchent
pas les convictions. Il a soutenu le Mitterrand le plus
désabusé, le plus résigné, mais
il se plaint à raison de la fin des utopies: «L'idéologie,
c'est le compas qui dirige le marin. Les vents contraires
peuvent vous empêcher d'arriver à bon port,
mais, aujourd'hui, c'est comme si on avait intégré
cette impossibilité de se fixer un but.» Il
se félicite de la modernisation économique
du PS, mais se plaint des licencieurs à la Danone,
pessimiste sur le bizness-citoyen: «Il faut que la
gauche cesse d'espérer que l'entreprise soit là
pour créer des emplois, elle est là pour générer
des bénéfices.» Il fait l'apologie de
l'impôt, vante sa politique sociale, se félicite
du treizième mois transformé en prime égalitaire
chez YSL, mais ne nie pas son autoritarisme démentiel,
son exigence folle, son orgueil démesuré.
Et
malgré l'âge qui vient, le couple Saint Laurent-Bergé
ne se résout pas à passer la main. Après
l'épisode Elf-Sanofi et après avoir aguiché
Arnault, ils viennent de vendre la marque à Pinault
pour des sommes mirifiques. Ils ont même obtenu de
garder le pilotage de la haute couture. Les analystes saluent
le coup de fric: «Bergé est invraisemblable.
Il aura quand même réussi à vendre deux
fois Saint Laurent, à deux fois son prix.» Mais
cela ne calme pas l'aigreur de l'inventeur du tailleur-pantalon
et de son grand intendant, lui aussi très «libérateur
des femmes», «très culture pour tous»,
qui ne supportent pas de se voir poussés dehors par
un duo à leur image mais en plus requin marketing,
celui du couturier Tom Ford et de son gestionnaire Domenico
De Sole. D'où le bras d'honneur des deux papys flambeurs:
snober le dernier défilé de leur ex-maison
et s'afficher chez l'ennemi.
Sinon
quoi? Un agnosticisme revendiqué et une défiance
de ce protestant d'origine envers les trois religions du
Livre, quand FM, le catholique défroqué, a
fini spiritualiste. Une homosexualité heureuse et
anticommunautariste, grâce à une mère
qui vénérait Gide et à une absence
d'éducation religieuse, quand FM le libertin aux
deux familles n'avait sans doute pas beaucoup plus le sens
du péché. Et puis ce besoin de rétrocéder
ses toiles de maître à la collectivité,
via une fondation, ce refus des liens du sang, de l'héritage
bourgeois. L'amitié, elle, étant dispensée
de droit d'inventaire.
Homosexualité
Outre
sa relation avec Yves Saint Laurent, qui permet à
Libé de parler "d'homosexualité heureuse",
son argent et ses relations en font le principal mécène
de la communauté. Il est notamment co-fondateur d’Ensemble
contre le Sida (1994) et en est le président en 1996.
Il est également directeur du magazine Têtu.

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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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