|
Parcours
L'auteur
de "L'Esprit de vengeance" replonge au cœur de ses souffrances
et, à travers son histoire familiale, met au jour
les origines de son mal : la psychanalyse et le communisme.
Les deux grands "fléaux", selon lui, du XXe siècle.
L'empire
de la morale de Christophe Donner. Grasset.
Inutile
de le bassiner avec le style : c'est la vérité
qui l'intéresse. Il rêve de "devenir le génie
décervelé de l'écriture immédiate."
A ses yeux, la littérature n'a qu'un enjeu : la mise
à plat du réel. Un livre se doit d'être
autobiographique, le journal d'une existence. Ceux qui trafiquent
avec la fiction sont des salauds, des menteurs qui se confessent
"avec des pincettes". L'intimité, seule, guide sa
plume. Il raconte sa vie. Il radiographie son passé.
Il a la réputation de ne vouloir épargner
personne. Il écrit au bord du précipice, comme
on marche au bord d'une falaise. Il plaide pour l'arrogance,
la cruauté, "la sincérité apte à
faire scandale".
Christophe
Donner a rompu avec sa famille, via une œuvre agressive
: L'Esprit de vengeance, où il brocardait une grand-mère
"névrosée de première", une mère
qui avait transformé sa maison en "lieu d'angoisse
pure" et un père de substitution (philosophe régnant
sur le domaine de Châtenay-Malabry hérité
d'Emmanuel Mounier), coupable de "monstruosité sociale"
; Les Maisons, où il affichait son inlassable acharnement
à "régler son compte à -son- père"
; Mon oncle, où il démasquait doutes et failles
du tonton paternel Joël Quiniou, arbitre de football
; Ma vie tropicale, où ils passaient tous au crible,
père, mère, sœur avec leurs "opinions tordues".
Le stalinisme du papa, la dévotion à Lacan
de la maman, reviennent en leitmotiv de récits hantés
par sa quête d'une littérature d'évidence,
de déchirement, et sa haine du romanesque.
Ce
livre-ci, le meilleur avec L'Esprit de vengeance, replonge
au cœur de ces affres, ces souffrances que tout écrivain
tente de calmer en les disant. Donner va plus loin qu'il
n'a jamais été dans l'analyse de son vertige,
s'autopsie sans anesthésie, s'autorise un diagnostic
audacieux sur l'origine de son mal. A partir d'un vertige
privé, L'Empire de la morale accuse deux monstres
ayant, selon lui, cannibalisé le XXe siècle
: la psychanalyse et le communisme.
Flash-back
: Donner, gamin dans une HLM de Bagneux, sent le soir dans
son lit ses doigts s'engourdir, le pouce et l'annulaire
se transformer en pince, le bras s'ankyloser. Quelquefois
la mue prend des proportions gigantesques. Il est paralysé,
incapable de se lever. Il a peur, d'une peur lancinante,
secrète. Il est en proie à une hallucination.
Il se retrouve dans un centre spécialisé,
avec des adolescents fous, épileptiques, amnésiques,
aphasiques, somnolents. Il fait des tests neurologiques
à la Salpêtrière. Les psychanalystes,
médecins, la juge d'enfants traquant les cas de pédophilie,
sont tous impuissants. Il s'affranchira de ses démons
tout seul.
On
connaît dans la littérature un autre cas célèbre
d'écrivain sujet à des hallucinations : Gustave
Flaubert, traumatisé par un père qui le regarde
comme "l'idiot de la famille", détraqué par
un traumatisme psychique, qui transfère dans La Tentation
de Saint-Antoine ses rêves d'autocastration - et dont
les confessions à Louise Colet trahiraient le désarroi
d'une libido en éclats. Christophe Donner, lui, ne
cherche pas à trancher "la concupiscence à
la racine" ni à plaider des impulsions sexuelles
rejetées, mais à saper le mythe de la psychanalyse,
cette science qui donne l'image d'une "chair infestée",
ce "système où les enfants ont toujours tort".
L'Empire
de la morale est à la fois une manière de
laver son linge sale avec sa mère et de pourfendre
une bien-pensance héritée de Freud. Pour lui,
le complexe d'Œdipe, qu'on veut à tout prix lui coller
sur le dos, est une sombre imbécillité ("un
des produits de l'imagination les plus nocifs qui aient
été inventés" écrivait-il déjà
dans Contre l'imagination). Il refuse toute fatalité
de crime originel et de culpabilité, Œdipe est innocent
répudié au prix d'une catharsis sociale, la
théorie de la séduction est un bluff, Freud
un manipulateur. Sur sa lancée, il affirme que "l'inconscient
est une chimère maléfique destinée
à semer la zizanie entre les humains". Condamne cette
théorie qui croit la violence fondatrice du monde.
Christophe
Donner attaque le siècle des servitudes sur un autre
front : celui du communisme, ferment lui aussi de violence
fanatique. Chronique au vitriol du temps où la tribu
chantait en chœur L'Internationale dans la 2 CV des abus
d'un grand-père, expert en gifles et injures, ex-prof
de maths, "tyran à la retraite en chaussons" croyant
à la dictature du prolétariat de l'aveuglement
d'un père acharné à en découdre
avec les bourgeois, les curés, les trotskistes et
les maoïstes. Et portrait à charge de Lénine
en fou furieux au cerveau ratatiné par la syphilis,
obsédé par le passage à l'acte, pervers
à "la caboche douloureuse". Le PC, lui, est un ramassis
de "tueurs en puissance" dont il brocarde l'"attitude révisionniste"
en 1968.
L'Empire
de la morale (que les éditions Grasset ont orné
d'un malicieux bandeau : "le fils du fossile et de la marteau"),
brasse des apostrophes contre la science ("qu'elle me délivre,
putain !"), des anathèmes contre les dingos du signifiant,
un pamphlet politique assassin à l'égard des
"tentacules venimeux" de la bureaucratie et des "tueurs
en puissance" de l'orthodoxie marxiste, des piques contre
Nietzsche, Jaurès et la religion de l'art, un plaidoyer
pour Sophocle et Kessel, et une réflexion philosophique
hardie sur le surgissement de la morale : "Qu'elle soit
fille répudiée de l'âme, grande sœur
jalouse de l'éthique ou mère de toutes les
logiques", elle agit, selon lui, sur l'organisme, et Donner
veut absolument comprendre ce qui kidnappe sa volonté,
le pousse vers ces crises hallucinatoires, si ce sont les
notions de bien et de mal qui le conduisent vers ses supplices.
A-t-il un déficit sur le plan moral, la morale a-t-elle
des origines organiques, comment sabote-t-elle son adolescence
? Vertige.
Tout
Donner est dans son obstination à sortir de son "exil
mental", dans ses apartés autobiographiques, son
humour retenu et sa rage attisée, ses remarques parfois
contestables, la cruauté avec laquelle il parle de
ceux qui ont été cruels avec lui. Il ne pardonne
pas à sa sœur de l'avoir traité de "suceur
de raclures", à ses parents d'avoir été
les militants de deux "fléaux du siècle",
à sa mère de nier l'évidence. Lui,
dans son entreprise d'éradication de ses transes
et des mensonges du passé, dans sa fièvre
à isoler le virus qui contaminait tous ses livres,
est remonté jusqu'à cette hallucination qui
lui interdisait tout contact physique avec quelqu'un, lui
imposait un membre de crustacé, et trouvé
la clé : tout remonte à cet accident qui lui
brûla la main lorsqu'à quatre ans il se brancha
sur 110 volts via une prise de courant mâle malencontreusement
branchée sur le secteur. Pourra-t-il enfin convaincre
sa mère que ce fut cette façon de passer sur
le gril qui abîma son cerveau, et non des pulsions
sexuelles refoulées, selon les élucubrations
du mage viennois ? Elle ne veut rien entendre, elle exige
des excuses. Violence, toujours. "Est-il possible qu'il
n'y ait plus d'amour, plus de sentiments, juste des ressentiments
et des théories sur les relations humaines ? (...)
Ce qui m'a sauvé ? Le hasard, la chance et puis les
autres, surtout les autres, ils aident l'homme blessé,
lui portent secours, par instinct, par amour de l'humain,
je ne vois que ça."
L'Esprit
de vengeance, Les Maisons, Mon oncle, Ma vie tropicale sont
édités chez Grasset, Contre l'imagination
chez Fayard.
Jean-Luc
Douin
19.juin.2003
/
Formes d'amour - 4 films de Christophe
Donner
Ce DVD contient les quatre films de Christophe Donner, la
biographie, la filmographie et la bibliographie de l'auteur,
ainsi qu'un diaporama.
Préfiguration d'un souvenir L'homme
qui aime écrit sur les murs. Il a peur de le perde, cet
amour, et il le perd. Il écrit sur les murs de sa chambre
l'histoire de cette perte, avant qu'elle se produise, comme
s'il pouvait ainsi atténuer la douleur. (12', noir et blanc,
1987)
Juste
avant Bir-Hakeim
Il fait des marionnettes dans le métro
avec sa soeur. Le flic du métro tombe amoureux d'elle, il
la poursuit partout jusqu'au sous-sol du BHV où le démonstrateur
de perceuse tombe amoureux d'elle, lui aussi. Le flic devient
fou. (10', 1989)
Narcisse
russe
Kostia regarde passer les tramways,
il a des désirs. Il a un frère, Eugène, qui cultive son
corps, il l'aime bien, tous les deux sont des garçons narcissiques.
Un jour Kostia sera un grand poète, une étoile portera son
nom. (12', 1993)
Anatomie
d'un miracle
Marco, sourd et aveugle de naissance,
est arrivé à l'institut à l'âge de 12 ans, "à l'état de
pierre", et en quelques années la Senora Guadalupe lui apprend
à parler. Un miracle. Combien de mensonges pour faire le
bien ? autant qu'il en faut. Saul, visiteur aléatoire, par
sa seule présence déclenche la tourmente à l'intérieur de
l'univers de Marco. Le miracle se démonte peu à peu, laissant
aussi apparaître sa beauté, sa nécessité. (52', 1999)
Nouveau livre
en 2005
Date
de publication : 24/8/2005
Editeur : Grasset
Pages : 275
Prix du livre : 18 Euros
RÉSUMÉ
DU LIVRE
"Physiquement,
Martine Victoire n'était pas extraordinaire mais tout le
monde la regardait. Elle était tellement présente que
longtemps après son départ on avait l'impression qu'elle
était encore là." Qu'est-il arrivé à Martine
Victoire ? Grandeur et déchéance. Star de cinéma, elle a
décliné jusqu'à devenir une vedette populaire du petit
écran. De mauvais films en bonnes bouteilles, de coucheries
à l'improviste en suicides ratés, d'injures en
grossièretés, l'icône s'est brisée. Autour d'elle, un
fils avide de gloire, un mari flambeur, un ex aux Assises,
et une petite fille modèle, une famille décomposée et
recomposée qui participe à cette joyeuse dégringolade, ce
naufrage intime.
(evene.fr)

Cette
page fait partie d'un site très complet sur les personnalités
gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
par la page principale, cliquez ICI
pour accèder à celle-ci.
|