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Philippe Besson

Né le 29 janvier 1967 à Barbesieux (Charente)

Ecrivain

Parcours

Fils d'un instituteur et d'une mère clerc de notaire, Philippe Besson est diplômé de Sup de Co Rouen et titulaire d'un DESS de droit. En 1989, il s'installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social, une carrière qui l'amènera à beaucoup voyager, de Buenos Aires à Shangaï, en passant par Toronto.

En 1999, sa vocation littéraire est éveillée par la lecture de récits d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale, et il commence l'écriture de son premier roman : En l'absence des hommes.

Ce premier ouvrage sera remarqué et publié par les éditions Julliard ; ce sera le début d'une longue collaboration entre l'écrivain et l'éditeur. Publié en 2001, le roman, qui met en scène le personnage de Marcel Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du Fémina. L'adaptation cinématographique qu'en fera Patrice Chéreau en 2003 recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin. Par la suite, les créations de Besson feront couramment l'objet d'adaptations à l'écran.

En 2002, deux nouveaux romans voient le jour : L'arrière saison et Un garçon d'Italie qui sera publié en 2003 ; le premier récompensé par le Grand Prix RTL-Lire de 2003, et le second sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis.

À ce stade de sa carrière, Philippe Besson décide de se consacrer exclusivement à l'écriture. 

Son roman Les jours fragiles, 2004, est centré autour des dernières heures de Rimbaud et retient l'attention de François Dupeyron pour une adaptation au cinéma. Ce livre est récompensé par le prix Version Femina.

Philippe Besson revendique une filiation Proustienne, bien que son style l'en éloigne, tout comme il avoue son admiration pour Martin Page, Marguerite Duras et Arthur Rimbaud. Son écriture, centrée sur le relationnel et les sentiments de ses personnages, dévoile un intérêt particulier pour le thème de l'agonie, et la chimie difficile des relations humaines.

Les romans de Philippe Besson sont traduits en allemand, anglais, brésilien, bulgare, chinois, espagnol, grec, italien, japonais, lituanien, néerlandais, polonais et tchèque.

" Tous les ingrédients d'une tragédie sont réunis : une province rance, moisie, un automne désolé, un petit monde gangrené par les rivalités, un corbeau insolent, une jeune mère éplorée, un crime aux allures de rituel, des investigations conduites en dépit du bon sens, des policiers rapidement dépassés, des suspects successifs, des aveux et des rétractations, des coups de théâtre et des baudruches qui se dégonflent, des renversements de situation ou d'alliances, un juge ballotté, des innocents au regard coupable, des accusés relâchés, des trahisons imprévues et des fidélités inexpugnables, et, à la fin, une énigme irrésolue… "

Vingt ans après l'assassinat de Gregory Villemin, Philippe Besson revient, dans ce livre très personnel, sur cette affaire .

On retrouvera dans ce roman la force des obsessions de Philippe Besson : l'interrogation sur le lien familial, et singulièrement le rapport mère-fils, la mort comme révélateur des secrets enfouis, la solitude du coupable idéal face à la meute, le questionnement sur l'innocence, l'influence des lieux et de la géographie sur le comportement des hommes, ou encore les différents visages du chagrin.

Oeuvres

En l'absence des hommes, Julliard, Paris, 2001. Prix Emmanuel-Roblès 2001.

"En l'absence des hommes" est un superbe roman éclatant, inventif et audacieux. La culture, l'amour de la littérature, l'originalité du propos, l'intrigue insolite, la drôlerie du pastiche, l'ambiguïté des situations et la gravité de l'Histoire qui en est le décor s'y conjuguent avec subtilité pour la plus grande jouissance du lecteur. Vincent de l'Etoile est un très bel adolescent, certes ébloui par ce qui lui arrive, mais suffisamment intelligent et bien né pour vivre impunément - amoral et autonome petit diable qui renvoie sa famille aristocratique sur le ring où survivent les rites de caste - une triple expérience déterminante. II a seize ans en 1916. Livré à lui-même, dans l'été de la capitale vidée de ses hommes valides, en pleine première guerre mondiale, Vincent rencontre Marcel Proust. Séduit par le tout jeune homme (pourrait-il en être autrement ?), l'écrivain déjà célèbre, qui est en train de donner une ampleur supplémentaire à son oeuvre, maintenant marquée par les désastres de la guerre, se lie d'une amitié platonique avec cet étrange garçon libre et impertinent. L'intensité désirante (du côté de Proust) emplira anonymement la "Recherche", et ce sont les conversations, à l'heure du thé au Ritz et, plus tard, leur correspondance qui créeront entre l'adulte saturé de souvenirs et le jeune défricheur d'émotions un testament secret dont le roman de Philippe Besson est aujourd'hui l'écho ... Philippe Besson, lui, a écrit un livre pour nous, un vrai roman qui résonne, subtil, à l'ombre du grand roman de toutes les sexualités et de tous les amours : "A la Recherche du temps perdu". Oeuvre capitale que Philippe Besson vénère suffisamment pour - comme ces rappeurs qui ressuscitent Mozart - en livrer une partition privée luxuriante. (Hugo Marsan, Le Monde, 23/02/2001)

Son frère, Julliard, Paris, 2001.

Un livre fort, juste et limpide, qui se concentrera sur la bouleversante relation entre un condamné à mort et son accompagnateur ultime, témoin de la dégénérescence d'un corps puis de la disparition d'un autre lui-même : son frère.

La vie de Thomas bascule le jour où il apprend qu'il est atteint d'une maladie incurable le condamnant à une mort prochaine. Comment dès lors concevoir l'avenir et continuer de dire "oui" aux choses ? La poignée de mois qu'il lui reste à vivre, Thomas va la passer auprès de son frère, Lucas, dans la maison familiale située sur l'île de Ré. Là, en plein cœur de l'été, plutôt que d'attendre fébrilement la venue de la camarde, les deux jeunes hommes tenteront de saisir les derniers plaisirs qui se présentent à eux, malgré l'inéluctable qui obscurcit l'horizon. Un livre fort, juste et limpide, qui se concentrera sur la bouleversante relation entre un condamné à mort et son accompagnateur ultime, témoin de la dégénérescence d'un corps, puis de la disparition d'un autre lui-même : son frère. (la fnac)

L'Arrière-saison, Julliard, Paris, 2002. Grand Prix RTL-Lire 2003.

Délicieux huis clos soutenu par une plume inventive, cette arrière-saison campe avec beaucoup d'intelligence un couple en mal d'amour.
Elle écrit des pièces de théâtre à succès, il est un avocat d'affaires surdoué mais excentrique. Ils se sont quitté, ils se retrouvent, quoi de plus banal ?
Ah oui, mais à Cape Code, dans le café de Phillies, sous l'oeil attentif de Ben, tout peut arriver. Tout.

Un garçon d'Italie, Julliard, Paris, 2003.

Dans Un garçon d'Italie, Philippe Besson fait parler un jeune homme retrouvé noyé à Florence. Un livre sensible et troublant sur la difficulté d'aimer et de vivre son homosexualité.

Après les succès de Son frère (2001) porté à l'écran par Patrice Chéreau, et de L'Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire 2003), Philippe Besson nous projette au coeur de l'une des plus belles villes du Vieux Continent, Florence, au tout début de l'automne. Au moment, surtout, où s'achève la vie terrestre de Luca, jeune homme de vingt-neuf ans retrouvé noyé sur une rive de l'Arno. Sa voix ouvre le récit : une voix d'outre-tombe - mais pour parler de manière juste, ne faut-il pas toujours parler depuis le pays des morts ? -, qui décrit minutieusement ce qui lui arrive et qui médite sur sa situation de corps promis à la poussière. Puis surviennent, sur un mode alterné qui ne cessera pas jusqu'à la fin du livre, les voix d'Anna, la jeune femme qui l'aime, et de Leo, le jeune homme qui l'aime également. Désire-t-on toujours à trois ? Malheureusement, oui. C'est là l'essence tragique du Dieu désir comme nous l'a appris l'anthropologue René Girard. Et ici, c'est bien de tragédie qu'il s'agit : celle d'un amour contrarié entre trois êtres qui se sont cherchés et qui n'ont peut-être pas réussi à se trouver. Ou mal, comme d'habitude. Comme toujours.

Placé sous les auspices d'un grand suicidé de la littérature, Cesare Pavese - son journal intime, Le Métier de vivre, est cité à l'ouverture des quatre parties qui composent le livre -, Un garçon d'Italie est à lire comme l'histoire d'une Passion. Celle d'un Christ d'aujourd'hui victime d'un secret bien trop lourd à porter, bien trop difficile, surtout, à partager... (la fnac)

Les Jours fragiles, Julliard, Paris, 2004.

En mai 1891, Arthur Rimbaud, surdoué scandaleux, revient en France après plus de dix ans d'exil en Afrique. Il ne lui reste que six mois à vivre. Contre toute attente, il choisit de les passer aux côtés d'Isabelle, sa soeur cadette, âgée de trente ans. Celle-ci va veiller sur lui, balançant entre l'effroi intime et la folle espérance. Philippe Besson invente le journal de la jeune femme, confrontée à l'incompréhensible et à l'irréparable.

Un instant d'abandon, Julliard, Paris, 2005.

Philippe Besson explore ici le chemin étonnant des sentiments humains pour faire surgir, par miracle, la tendresse au sein d'un paysage austère et rude, aussi aride que le cœur de ceux qui l'habitent.

De livre en livre, Philippe Besson conquiert un public toujours plus vaste. À sa manière, il s’affirme comme un romancier populaire de tout premier plan, capable de séduire ses lecteurs par la qualité de son écriture et l’originalité de ses histoires.

Pour son sixième roman, l’écrivain nous transporte dans une petite ville portuaire de Cornouailles où un homme, Thomas Sheppard, revient après de longues années de prison…
Son drame ? Le jour d’une sortie en mer en compagnie de son fils, Thomas n’avait pas fait attention à l’avis de tempête qui avait été lancé, de sorte qu’il était rentré seul au port, sans son fils porté disparu, et avait été accusé de meurtre.

Aujourd’hui, il revient, comme pour se réconcilier avec le passé et affronter, seul avec sa conscience, le lieu du drame, en plein cœur d’une région austère, imprégnée de silence.

Un très beau roman, touchant et juste, mené de main de maître par un écrivain sûr de ses moyens.

L'enfant d'octobre, sortie en avril 2006

Cinéma

Philippe Besson est un des rares auteurs dont presque tous les romans ont fait l'objet - ou sont en cours - d'adaptation cinématographique. A noter aussi qu'il apparaît à l'écran dans son propre rôle, dans le film Caché de Michael Haneke (2005), face à Daniel Auteuil et Juliette Binoche. Une apparition qu'il commente en ces termes : "Mes grands débuts de comédien. Mes grandes fins aussi, je vous rassure."

Son frère de Patrice Chéreau - 2003, France, 95 mn, Couleur. Avec Bruno Todeschini et Eric Caravaca. Ours d'argent au festival de Berlin, 2003.
Les jours fragiles, adaptation prévue par François Dupeyron, avec Julie Depardieu dans le rôle d'Isabelle et Guillaume Depardieu dans celui d'Arthur Rimbaud.
Un garçon d'Italie doit être porté au cinéma par Philippe Calvario, et En l'absence des hommes le sera par Etienne Faure en 2006.

Théâtre
L'Arrière-saison, pièce de théâtre créée sur France Culture et montée à Paris.

(wilkiédia+Grasset)

Son 7ème livre : L'enfant d'octobre ... un livre sur l'affaire Grégory

Pour ce septième roman, Philippe sera le premier auteur de la nouvelle collection de chez Grasset. Collection, où dix écrivains raconteront une histoire à partir d'un fait divers.

Pour ce roman, Philippe avait le choix d'inventer de toute pièce un fait divers et de créer une trame à partir de lui, ou de choisir une histoire qui fait d'ores et déjà partie de la mémoire collective et tenter d'en faire une lecture nouvelle. C'est cette deuxième possibilité qu'il a retenue. Il a choisi l'affaire Grégory, car elle l'a toujours passionné, parce qu'elle est pour lui emblématique d'un aspect qui le fascine dans certains faits divers: la rencontre de l'homme et du monstre.
Il a évidemment respecté les faits. L'histoire sera celle que les journalistes et le grand public connaissent. Mais il a fait une relecture sensible de l'affaire. Il y fait intervenir une petite voix, qui ressemble à celle de la mère de Grégory. Ce qui à surtout intéressé Philippe, c'est le rapport entre cette mère et son enfant mort, mais aussi le rapport de cette femme à la meute qui la pourchasse et veut qu'elle soit coupable.

Encore un peu de patience, avant de découvrir ce roman. Sortie prévue pour le 4 avril.

Nous y serons.

(wouf gazette)

Entretien avec Tétu sur l'écriture de Ph. Besson

Pourquoi « Son frère » et pas « Mon frère », par exemple ?

Il y a plusieurs raisons. D’abord un élément de forme : je voulais un titre très court, très sobre. L’évidence, c’était d’appeler ça « Mon frère » mais je trouvais cela un peu classique, attendu. Tandis que quand on lit « Son frère », on est sans doute un peu surpris, intrigué. Puis il faut aller jusqu’au bout de la narration : celui qui parle, qui dit « je », c’est celui qui dit : « Je suis son frère. » Le titre ramène à cette réalité-là. Et il fallait que le mot « frère » soit le mot essentiel.

Dire « Son frère », c’est se mettre en avant, « Me voilà, je suis son frère », et dans le même temps se définir par rapport à ce frère…

Oui, toute l’histoire de Lucas, c’est de se positionner par rapport à son frère. Dès le début, d’ailleurs, il se présente comme tel.

Frère ici, amant dans En l’absence des hommes, dans tous les cas il faut être deux ?

C’est ce que me dit souvent mon éditeur, que je me concentre sur une relation à deux et que j’ai du mal à inclure d’autres personnages. Je suis assez d’accord. J’ai tendance à considérer que le plus important se joue toujours entre deux personnes, une à une, et j’ai du mal à faire rentrer d’autres gens dans ce cadre. Dans Son Frère c’est pire que tout car les autres disparaissent au fur et à mesure pour laisser Lucas et Thomas seuls. Les relations décisives se tissent toujours avec une seule personne, quelle qu’elle soit. C’est pour moi une réalité personnelle et au-delà, une construction romanesque qui me convient très bien. Et comme j’ai la prétention d’écrire des histoires extrêmement simples, qui peuvent s’énoncer en très peu de mots, je veux m’en tenir à quelque chose de très serré.

Dans vos deux livres, on note un refus de l'ostentation, du pathos et le choix de sujets –mort d’un frère, mort d’un amant- qui risquent de vous ’y entraîner… C’est une manière de défi littéraire ?

Disons que les thèmes qui m’intéressent le plus actuellement, sont les thèmes de la perte et de la mort. Des thèmes éminemment romanesques, qu’on a très envie d’explorer, mais également des thèmes difficiles, parce qu’on peut tomber dans le pathos, l’impudeur ou la démonstration… Et la gageure que je me donne, c’est de les traiter avec le plus de délicatesse, de douceur et de subtilité possible -cela peut paraître immodeste mais je pense qu’on doit faire preuve de tact et d’élégance dans ces cas-là et que quand on y parvient, si on y parvient, on peut se concentrer sur la douleur, la souffrance. Il faut toujours du calme, de la dignité.

La littérature, ce serait poser des mots sur des réalités indicibles, telles la mort ou l’absence ?

La mienne en tout cas. Je reprends les mots de Lucas à la fin de Son frère : « on ne sait pas dire la mort ». Il s’approche de la réalité de la mort, il suit la dégénérescence du corps, le fait que le corps de Thomas est en train d’entrer en contact avec le cadavre qu’il va devenir, le fait qu’inexorablement il va se retrouver seul quand Thomas aura disparu, mais en même temps, la mort n’est jamais vraiment dite. Et on ne se prépare pas au deuil. On s’en approche mais c’est tout, et quand Thomas meurt, il ne meurt pas comme on l’attend. Comme s’il était impossible d’être au cœur des choses.

Dans vos romans, on retrouve toujours la sensualité, la charnalité de la vie, et son écrasement, brutal dans En l’absence des hommes, progressif dans Son frère… Pensez-vous qu’on bâtit à partir de ce qui se détruit, comme si on convertissait le malheur de la vie en bonheur de l’art ?

Je ne dirais pas les choses comme ça. J’explore les thèmes de la mort et de la perte parce que mes disparus m’accompagnent. J’ai besoin de conserver un lien, de rendre hommage, d’être encore proche de ceux qui ont été à mes côtés et n’y sont plus... Dans mes livres, je parle de cette présence invisible des morts ou des disparus. Cela dit, je ne suis pas dans la vie comme dans mes livres. J’exprime une certaine mélancolie ou tristesse, une forme de désespoir dans ce que j’écris tandis que je peux être très jovial, enjoué et optimiste dans la vie. Je pense qu’on explore dans les livres une face sombre de soi-même qu’on n’a pas forcément envie de montrer dans la vie parce qu’il y a là aussi cette élégance d’être joyeux avec les gens plutôt que d’être malheureux. Donc le malheur est dans les livres et le bonheur est dans la vie. Mais en même temps, on prend beaucoup de bonheur à raconter ce malheur.

L’écriture comme jouissance et souffrance confondues, en somme ?

Il y a une phrase dans Le Dernier Métro que Truffaut fait dire à Depardieu. Il s’adresse à Deneuve et il lui dit : « Vous voir est une souffrance. » Et Deneuve répond : « Mais vous me disiez que c’était un bonheur. » Et lui : « Oui, c’est ça, c’est un bonheur et une souffrance. » Je pense que c’est intimement lié.

Thomas refuse sa condition d’entre-deux, ni vivant ni mort puisque incurable... Il faut aller jusqu’au bout des choses, savoir trancher ?

Oui. En cela, je ressemble à Thomas. Alors que je pense qu’on est toujours dans la zone grisée, qu’on n’est jamais ni blanc, ni noir, ni pur, ni impur, ni innocent, ni coupable, que les frontières sont très mouvantes et ténues, je suis aussi de ceux qui pensent qu’il faut faire un choix ? Thomas admet très vite qu’il ne sera pas sauvé et il ira jusqu’au bout de cette logique. Cela dit, je ne suis pas sûr d’avoir son courage, je ne l’ai pas eu dans d’autres circonstances.

Lucas écrivain, observateur, narrateur… Un double de l’auteur ?

Je crois qu’au fond, je suis plus proche de Thomas que de Lucas. Je n’aurais pas pu écrire ce livre du point de Thomas. L’écrire du point de vue de Lucas, c’est précisément se mettre à distance de ce qui arrive à Thomas et c’était indispensable. Je me reconnais davantage dans Thomas que dans Lucas. C’est souvent l’erreur de lecture que font les gens, on me demande toujours si c’est strictement autobiographique (la réponse est non) ou s’il y a transposition, et je réponds oui ou non suivant les circonstances mais ce qui est certain c’est que je suis beaucoup plus proche de Thomas que de Lucas, au fond je pourrais tout à fait plagier Flaubert et dire : « Son frère, c’est moi. »

Vous mettez les choses à distance en décrivant la réalité brute de la maladie, les symptômes, les médecins, etc. mais aussi en dépouillant et les êtres, et les lieux, qui vont beaucoup vers l’épure…

Ce qui m’intéressait, c’était de faire disparaître les alentours pour me concentrer sur les deux frères. Les proches et les parents s’en vont et on voit les décors devenir de moins en moins précis, de plus en plus racontés sur le registre des sensations et des émotions plus que sur le registre du matériel et du descriptif. Les descriptions m’ennuient, c’est un travail de photographe et de cinéaste, je n’ai pas envie de donner à voir, j’ai envie de donner à ressentir, à éprouver. La précision clinique dans le récit de la maladie, des médications et des symptômes avait ce but : que le lecteur ait mal et comprenne la douleur de Thomas. Je suis vraiment dans le registre des émotions et je pense que le style que j’ai employé était un allié contre le mauvais goût. C’est pour cela que tant d’éléments s’effacent… Il y a aussi le fait que dans la disparition des proches, il y a la volonté de faire disparaître les vivants. Tous ceux qui arrivent, qu’il s’agisse de Manuel à l’hôpital ou du vieillard au bord de la mer, ce sont les morts… Ce sont les morts qui s’approchent et les vivants qui s’en vont.

Comme si la mort réduisait les choses à l’essentiel…

C’est cela. Le propos de Son frère, c’est de montrer comment un lien, et en l’occurrence le lien fraternel, qui pour moi est un lien décisif, un lien singulier, est mis à l’épreuve de la mort. Ici, il en est magnifié. Tandis que tous les autres liens vont être détruits.

Vous utilisez des éléments très symboliques –la mer, la lumière, la maison de l’enfance…- mais vous ne les fouillez pas, vous les posez comme des piliers, on dirait qu’ils architecturent votre roman. Vous écrivez sur l’absence ou la perte. Vous avez en horreur la description dite « réaliste »… Est-ce que Duras vous a influencé ?

Qu’on sente cette présence, c’est pour moi un grand compliment. Et c’est une référence que j’admets volontiers. En même temps, je me remets à mon simple niveau, Duras est une sorte d’icône inatteignable…

Vous avez écrit deux livres très différents mais sur des thèmes voisins (l’enfance, le double, la perte…). Allez vous continuer dans cette voie ?

Il faut admettre la part de ce qui s’impose : je n’ai pas choisi de parler de ceci ou de cela dans En l’absence des hommes et Son frère. J’en ai parlé parce que c’est mon fond, le fond de ce que je suis, mais quand je me lance dans l’écriture d’un livre, je ne décide pas tout, c’est dans l’écriture que je me rends compte de l’émergence de thèmes qui me sont chers. Le livre que j’écris actuellement est différent. Il n’y a pas de « je », le personnage principal est une femme. Mais il s’agit encore une fois d’une relation à deux qui met tout le reste au second plan et d’une exploration du passé. C’est l’histoire d’une rencontre qui renvoie à son propre passé et un livre sur le non-dit. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on dit mais ce qu’on ne dit pas mais que l’autre entend. Une structure théâtrale, unité de temps, unité de lieu, deux personnes qui se racontent leurs souvenirs et comprennent qu’elles n’ont pas les mêmes. Assez durassien, pour le coup…

Homosexualité

Philippe Besson est signataire du manifeste pour l'homoparentalité publié fin octobre 2004 par le Nouvel Obs. Le manifeste commence ainsi : "Nous sommes, parmi mille autres traits de notre personnalité, homosexuels."

Extrait d'une interview dans http://www.encres-vagabondes.com/rencontre/besson.htm

Beaucoup de problèmes (dans "En l'absence des hommes") sont soulevés sur l’écriture, le secret, le rapport à un homme plus âgé, l’homosexualité, la guerre et ses souffrances, sur la famille, la relation à la mère.
Et du regard de la famille sur soi, du regard de la mère sur l’enfant mort qui était homosexuel.

Votre projet de départ était d’aborder tous ces thèmes.
Oui, En l’absence des hommes est né de l’idée d’explorer plusieurs thèmes qui pour moi sont importants. Je voulais parler du désir et de la montée du désir, d’une histoire charnelle entre deux êtres, entre deux hommes.
Je suis allé à l’évidence : étant moi-même homosexuel, je voulais parler de ce sujet et je pensais que c’était plus proche de la vérité et d’une forme de sincérité. La volonté d’écrire sur la guerre est née du fait que j’ai vu des photos de cadavres de la première guerre mondiale et j’ai été bêtement surpris parce qu’ils étaient incroyablement jeunes et la mort d’hommes jeunes nous frappe beaucoup plus.

Car il y a une injustice.
Voilà, il y a une injustice. J’avais lu les lettres des poilus. D’ailleurs la phrase en exergue de En l’absence des hommes est extraite d’une de ces lettres qui arrachent des larmes. Là, nous ne sommes plus dans la fiction mais dans le réel.
Je voulais aussi parler de Marcel Proust qui est un vieux camarade, un ami, un intime, c’est comme ça que je le considère. J’ai lu Proust vers dix-sept, dix-huit ans. J’ai commencé A la recherche du temps perdu et le livre m’est tombé des mains au bout de la quatorzième page. Trois, quatre ans plus tard, j’essaie de nouveau et catastrophe, je trouve le livre ennuyeux au possible. En 1992, je me retrouve dans une maison à l’étranger, au milieu de rien, éloigné de tout. J’y étais pour trois semaines de vacances. Dans cette maison, il y avait l’intégrale de A la recherche du temps perdu et je tente une troisième fois la lecture de Proust et là, c’est la révélation. J’ai commencé à lire et je n’ai pas pu m’arrêter. J’ai mis six mois à lire toute La recherche de juillet à décembre 1992. J’ai lu les sept tomes et ensuite tout le reste. J’ai lu « Les plaisirs et les jours »... et après ayant lu l’œuvre que j’ai d’ailleurs relue deux fois, presque trois, j’ai cherché à comprendre qui était le personnage Proust. J’ai lu les biographies. Il y en a deux que j’ai particulièrement appréciées, celle de Tadié et surtout celle de Painter qui est une merveille absolue parce qu’elle est très proustienne. Quand j’ai lu les biographies, je me suis dit que Proust était un type incroyable parce qu’un roman qui aurait Proust comme personnage principal, aucun éditeur n’en aurait voulu sans proposer de couper ou de réécrire pour rendre le tout plus vraisemblable !

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