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Parcours
Fils d'un instituteur et d'une mère clerc de notaire,
Philippe Besson est diplômé de Sup de Co Rouen et
titulaire d'un DESS de droit. En 1989, il s'installe à
Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le
droit social, une carrière qui l'amènera à beaucoup
voyager, de Buenos Aires à Shangaï, en passant par
Toronto.
En 1999, sa vocation littéraire est éveillée par la
lecture de récits d'anciens combattants de la Première
Guerre mondiale, et il commence l'écriture de son premier
roman : En l'absence des hommes.
Ce premier ouvrage sera remarqué et publié par les
éditions Julliard ; ce sera le début d'une longue
collaboration entre l'écrivain et l'éditeur. Publié en
2001, le roman, qui met en scène le personnage de Marcel
Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. La
même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son
frère qui sera retenu pour la sélection du Fémina.
L'adaptation cinématographique qu'en fera Patrice Chéreau
en 2003 recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin. Par
la suite, les créations de Besson feront couramment l'objet
d'adaptations à l'écran.
En 2002, deux nouveaux romans voient le jour : L'arrière
saison et Un garçon d'Italie qui sera publié en 2003 ; le
premier récompensé par le Grand Prix RTL-Lire de 2003, et
le second sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis.
À ce stade de sa carrière, Philippe Besson décide de
se consacrer exclusivement à l'écriture.
Son roman Les
jours fragiles, 2004, est centré autour des dernières
heures de Rimbaud et retient l'attention de François
Dupeyron pour une adaptation au cinéma. Ce livre est
récompensé par le prix Version Femina.
Philippe Besson revendique une filiation Proustienne,
bien que son style l'en éloigne, tout comme il avoue son
admiration pour Martin Page, Marguerite Duras et Arthur
Rimbaud. Son écriture, centrée sur le relationnel et les
sentiments de ses personnages, dévoile un intérêt
particulier pour le thème de l'agonie, et la chimie
difficile des relations humaines.
Les
romans de Philippe Besson sont traduits en allemand,
anglais, brésilien, bulgare, chinois, espagnol, grec,
italien, japonais, lituanien, néerlandais, polonais et tchèque.
"
Tous les ingrédients d'une tragédie sont réunis : une
province rance, moisie, un automne désolé, un petit monde
gangrené par les rivalités, un corbeau insolent,
une jeune mère éplorée, un crime aux allures de rituel,
des investigations conduites en dépit du bon sens, des
policiers rapidement dépassés, des suspects successifs,
des aveux et des rétractations, des coups de théâtre et
des baudruches qui se dégonflent, des renversements de
situation ou d'alliances, un juge ballotté, des innocents
au regard coupable, des accusés relâchés, des trahisons
imprévues et des fidélités inexpugnables, et, à la fin,
une énigme irrésolue… "
Vingt
ans après l'assassinat de Gregory Villemin, Philippe Besson
revient, dans ce livre très personnel, sur cette affaire
.
On
retrouvera dans ce roman la force des obsessions de Philippe
Besson : l'interrogation sur le lien familial, et singulièrement
le rapport mère-fils, la mort comme révélateur des
secrets enfouis, la solitude du coupable idéal face à la
meute, le questionnement sur l'innocence, l'influence des
lieux et de la géographie sur le comportement des hommes,
ou encore les différents visages du chagrin.
Oeuvres
En l'absence des hommes, Julliard, Paris, 2001. Prix
Emmanuel-Roblès 2001.
"En
l'absence des hommes" est un superbe roman éclatant,
inventif et audacieux. La culture, l'amour de la
littérature, l'originalité du propos, l'intrigue insolite,
la drôlerie du pastiche, l'ambiguïté des situations et la
gravité de l'Histoire qui en est le décor s'y conjuguent
avec subtilité pour la plus grande jouissance du lecteur.
Vincent de l'Etoile est un très bel adolescent, certes
ébloui par ce qui lui arrive, mais suffisamment intelligent
et bien né pour vivre impunément - amoral et autonome
petit diable qui renvoie sa famille aristocratique sur le
ring où survivent les rites de caste - une triple
expérience déterminante. II a seize ans en 1916. Livré à
lui-même, dans l'été de la capitale vidée de ses hommes
valides, en pleine première guerre mondiale, Vincent
rencontre Marcel Proust. Séduit par le tout jeune homme
(pourrait-il en être autrement ?), l'écrivain déjà
célèbre, qui est en train de donner une ampleur
supplémentaire à son oeuvre, maintenant marquée par les
désastres de la guerre, se lie d'une amitié platonique
avec cet étrange garçon libre et impertinent. L'intensité
désirante (du côté de Proust) emplira anonymement la
"Recherche", et ce sont les conversations, à
l'heure du thé au Ritz et, plus tard, leur correspondance
qui créeront entre l'adulte saturé de souvenirs et le
jeune défricheur d'émotions un testament secret dont le
roman de Philippe Besson est aujourd'hui l'écho ...
Philippe Besson, lui, a écrit un livre pour nous, un vrai
roman qui résonne, subtil, à l'ombre du grand roman de
toutes les sexualités et de tous les amours : "A la
Recherche du temps perdu". Oeuvre capitale que Philippe
Besson vénère suffisamment pour - comme ces rappeurs qui
ressuscitent Mozart - en livrer une partition privée
luxuriante. (Hugo Marsan, Le Monde, 23/02/2001)
Son frère, Julliard, Paris, 2001.
Un
livre fort, juste et limpide, qui se concentrera sur la
bouleversante relation entre un condamné à mort et son
accompagnateur ultime, témoin de la dégénérescence d'un
corps puis de la disparition d'un autre lui-même : son
frère.
La
vie de Thomas bascule le jour où il apprend qu'il est
atteint d'une maladie incurable le condamnant à une mort
prochaine. Comment dès lors concevoir l'avenir et continuer
de dire "oui" aux choses ? La poignée de mois
qu'il lui reste à vivre, Thomas va la passer auprès de son
frère, Lucas, dans la maison familiale située sur l'île
de Ré. Là, en plein cœur de l'été, plutôt que
d'attendre fébrilement la venue de la camarde, les deux
jeunes hommes tenteront de saisir les derniers plaisirs qui
se présentent à eux, malgré l'inéluctable qui obscurcit
l'horizon. Un livre fort, juste et limpide, qui se
concentrera sur la bouleversante relation entre un condamné
à mort et son accompagnateur ultime, témoin de la
dégénérescence d'un corps, puis de la disparition d'un
autre lui-même : son frère. (la
fnac)
L'Arrière-saison, Julliard, Paris, 2002. Grand Prix
RTL-Lire 2003.
Délicieux
huis clos soutenu par une plume inventive, cette
arrière-saison campe avec beaucoup d'intelligence un couple
en mal d'amour.
Elle écrit des pièces de théâtre à succès, il est un
avocat d'affaires surdoué mais excentrique. Ils se sont
quitté, ils se retrouvent, quoi de plus banal ?
Ah oui, mais à Cape Code, dans le café de Phillies, sous
l'oeil attentif de Ben, tout peut arriver. Tout.
Un garçon d'Italie, Julliard, Paris, 2003.
Dans
Un garçon d'Italie, Philippe Besson fait parler un jeune
homme retrouvé noyé à Florence. Un livre sensible et
troublant sur la difficulté d'aimer et de vivre son
homosexualité.
Après
les succès de Son frère (2001) porté à l'écran par
Patrice Chéreau, et de L'Arrière-saison (Grand Prix
RTL-Lire 2003), Philippe Besson nous projette au coeur de
l'une des plus belles villes du Vieux Continent, Florence,
au tout début de l'automne. Au moment, surtout, où
s'achève la vie terrestre de Luca, jeune homme de
vingt-neuf ans retrouvé noyé sur une rive de l'Arno. Sa
voix ouvre le récit : une voix d'outre-tombe - mais pour
parler de manière juste, ne faut-il pas toujours parler
depuis le pays des morts ? -, qui décrit minutieusement ce
qui lui arrive et qui médite sur sa situation de corps
promis à la poussière. Puis surviennent, sur un mode
alterné qui ne cessera pas jusqu'à la fin du livre, les
voix d'Anna, la jeune femme qui l'aime, et de Leo, le jeune
homme qui l'aime également. Désire-t-on toujours à trois
? Malheureusement, oui. C'est là l'essence tragique du Dieu
désir comme nous l'a appris l'anthropologue René Girard.
Et ici, c'est bien de tragédie qu'il s'agit : celle d'un
amour contrarié entre trois êtres qui se sont cherchés et
qui n'ont peut-être pas réussi à se trouver. Ou mal,
comme d'habitude. Comme toujours.
Placé
sous les auspices d'un grand suicidé de la littérature,
Cesare Pavese - son journal intime, Le Métier de vivre, est
cité à l'ouverture des quatre parties qui composent le
livre -, Un garçon d'Italie est à lire comme l'histoire
d'une Passion. Celle d'un Christ d'aujourd'hui victime d'un
secret bien trop lourd à porter, bien trop difficile,
surtout, à partager... (la
fnac)
Les Jours fragiles, Julliard, Paris, 2004.
En
mai 1891, Arthur Rimbaud, surdoué scandaleux, revient en
France après plus de dix ans d'exil en Afrique. Il ne lui
reste que six mois à vivre. Contre toute attente, il
choisit de les passer aux côtés d'Isabelle, sa soeur
cadette, âgée de trente ans. Celle-ci va veiller sur lui,
balançant entre l'effroi intime et la folle espérance.
Philippe Besson invente le journal de la jeune femme,
confrontée à l'incompréhensible et à l'irréparable.
Un instant d'abandon, Julliard, Paris, 2005.
Philippe
Besson explore ici le chemin étonnant des sentiments
humains pour faire surgir, par miracle, la tendresse au sein
d'un paysage austère et rude, aussi aride que le cœur de
ceux qui l'habitent.
De
livre en livre, Philippe Besson conquiert un public toujours
plus vaste. À sa manière, il s’affirme comme un
romancier populaire de tout premier plan, capable de
séduire ses lecteurs par la qualité de son écriture et l’originalité
de ses histoires.
Pour
son sixième roman, l’écrivain nous transporte dans une
petite ville portuaire de Cornouailles où un homme, Thomas
Sheppard, revient après de longues années de prison…
Son drame ? Le jour d’une sortie en mer en compagnie de
son fils, Thomas n’avait pas fait attention à l’avis de
tempête qui avait été lancé, de sorte qu’il était
rentré seul au port, sans son fils porté disparu, et avait
été accusé de meurtre.
Aujourd’hui,
il revient, comme pour se réconcilier avec le passé et
affronter, seul avec sa conscience, le lieu du drame, en
plein cœur d’une région austère, imprégnée de
silence.
Un
très beau roman, touchant et juste, mené de main de
maître par un écrivain sûr de ses moyens.
L'enfant d'octobre, sortie en avril 2006
Cinéma
Philippe Besson est un des rares auteurs dont presque tous
les romans ont fait l'objet - ou sont en cours -
d'adaptation cinématographique. A noter aussi qu'il
apparaît à l'écran dans son propre rôle, dans le film
Caché de Michael Haneke (2005), face à Daniel Auteuil et
Juliette Binoche. Une apparition qu'il commente en ces
termes : "Mes grands débuts de comédien. Mes grandes
fins aussi, je vous rassure."
Son frère de Patrice Chéreau - 2003, France, 95 mn,
Couleur. Avec Bruno Todeschini et Eric Caravaca. Ours
d'argent au festival de Berlin, 2003.
Les jours fragiles, adaptation prévue par François
Dupeyron, avec Julie Depardieu dans le rôle d'Isabelle et
Guillaume Depardieu dans celui d'Arthur Rimbaud.
Un garçon d'Italie doit être porté au cinéma par
Philippe Calvario, et En l'absence des hommes le sera par
Etienne Faure en 2006.
Théâtre
L'Arrière-saison, pièce de théâtre créée sur France
Culture et montée à Paris.
(wilkiédia+Grasset)
Son
7ème livre : L'enfant d'octobre ... un livre sur l'affaire
Grégory
Pour ce septième roman, Philippe sera le premier auteur de
la nouvelle collection de chez Grasset. Collection, où dix
écrivains raconteront une histoire à partir d'un fait
divers.
Pour ce roman, Philippe avait le choix d'inventer de
toute pièce un fait divers et de créer une trame à partir
de lui, ou de choisir une histoire qui fait d'ores et déjà
partie de la mémoire collective et tenter d'en faire une
lecture nouvelle. C'est cette deuxième possibilité qu'il a
retenue. Il a choisi l'affaire Grégory, car elle l'a
toujours passionné, parce qu'elle est pour lui
emblématique d'un aspect qui le fascine dans certains faits
divers: la rencontre de l'homme et du monstre.
Il a évidemment respecté les faits. L'histoire sera celle
que les journalistes et le grand public connaissent. Mais il
a fait une relecture sensible de l'affaire. Il y fait
intervenir une petite voix, qui ressemble à celle de la
mère de Grégory. Ce qui à surtout intéressé Philippe,
c'est le rapport entre cette mère et son enfant mort, mais
aussi le rapport de cette femme à la meute qui la
pourchasse et veut qu'elle soit coupable.
Encore un peu de patience, avant de découvrir ce roman.
Sortie prévue pour le 4 avril.
Nous y serons.
(wouf gazette)
Entretien
avec Tétu sur l'écriture de Ph. Besson
Pourquoi
« Son frère » et pas « Mon frère », par exemple ?
Il
y a plusieurs raisons. D’abord un élément de forme : je
voulais un titre très court, très sobre. L’évidence, c’était
d’appeler ça « Mon frère » mais je trouvais cela un
peu classique, attendu. Tandis que quand on lit « Son
frère », on est sans doute un peu surpris, intrigué. Puis
il faut aller jusqu’au bout de la narration : celui qui
parle, qui dit « je », c’est celui qui dit : « Je suis
son frère. » Le titre ramène à cette réalité-là. Et
il fallait que le mot « frère » soit le mot essentiel.
Dire
« Son frère », c’est se mettre en avant, « Me voilà,
je suis son frère », et dans le même temps se définir
par rapport à ce frère…
Oui,
toute l’histoire de Lucas, c’est de se positionner par
rapport à son frère. Dès le début, d’ailleurs, il se
présente comme tel.
Frère
ici, amant dans En l’absence des hommes, dans tous les cas
il faut être deux ?
C’est
ce que me dit souvent mon éditeur, que je me concentre sur
une relation à deux et que j’ai du mal à inclure d’autres
personnages. Je suis assez d’accord. J’ai tendance à
considérer que le plus important se joue toujours entre
deux personnes, une à une, et j’ai du mal à faire
rentrer d’autres gens dans ce cadre. Dans Son Frère c’est
pire que tout car les autres disparaissent au fur et à
mesure pour laisser Lucas et Thomas seuls. Les relations
décisives se tissent toujours avec une seule personne,
quelle qu’elle soit. C’est pour moi une réalité
personnelle et au-delà, une construction romanesque qui me
convient très bien. Et comme j’ai la prétention d’écrire
des histoires extrêmement simples, qui peuvent s’énoncer
en très peu de mots, je veux m’en tenir à quelque chose
de très serré.
Dans
vos deux livres, on note un refus de l'ostentation, du
pathos et le choix de sujets –mort d’un frère, mort d’un
amant- qui risquent de vous ’y entraîner… C’est une
manière de défi littéraire ?
Disons
que les thèmes qui m’intéressent le plus actuellement,
sont les thèmes de la perte et de la mort. Des thèmes
éminemment romanesques, qu’on a très envie d’explorer,
mais également des thèmes difficiles, parce qu’on peut
tomber dans le pathos, l’impudeur ou la démonstration…
Et la gageure que je me donne, c’est de les traiter avec
le plus de délicatesse, de douceur et de subtilité
possible -cela peut paraître immodeste mais je pense qu’on
doit faire preuve de tact et d’élégance dans ces cas-là
et que quand on y parvient, si on y parvient, on peut se
concentrer sur la douleur, la souffrance. Il faut toujours
du calme, de la dignité.
La
littérature, ce serait poser des mots sur des réalités
indicibles, telles la mort ou l’absence ?
La
mienne en tout cas. Je reprends les mots de Lucas à la fin
de Son frère : « on ne sait pas dire la mort ». Il s’approche
de la réalité de la mort, il suit la dégénérescence du
corps, le fait que le corps de Thomas est en train d’entrer
en contact avec le cadavre qu’il va devenir, le fait qu’inexorablement
il va se retrouver seul quand Thomas aura disparu, mais en
même temps, la mort n’est jamais vraiment dite. Et on ne
se prépare pas au deuil. On s’en approche mais c’est
tout, et quand Thomas meurt, il ne meurt pas comme on l’attend.
Comme s’il était impossible d’être au cœur des
choses.
Dans
vos romans, on retrouve toujours la sensualité, la
charnalité de la vie, et son écrasement, brutal dans En l’absence
des hommes, progressif dans Son frère… Pensez-vous qu’on
bâtit à partir de ce qui se détruit, comme si on
convertissait le malheur de la vie en bonheur de l’art ?
Je
ne dirais pas les choses comme ça. J’explore les thèmes
de la mort et de la perte parce que mes disparus m’accompagnent.
J’ai besoin de conserver un lien, de rendre hommage, d’être
encore proche de ceux qui ont été à mes côtés et n’y
sont plus... Dans mes livres, je parle de cette présence
invisible des morts ou des disparus. Cela dit, je ne suis
pas dans la vie comme dans mes livres. J’exprime une
certaine mélancolie ou tristesse, une forme de désespoir
dans ce que j’écris tandis que je peux être très
jovial, enjoué et optimiste dans la vie. Je pense qu’on
explore dans les livres une face sombre de soi-même qu’on
n’a pas forcément envie de montrer dans la vie parce qu’il
y a là aussi cette élégance d’être joyeux avec les
gens plutôt que d’être malheureux. Donc le malheur est
dans les livres et le bonheur est dans la vie. Mais en même
temps, on prend beaucoup de bonheur à raconter ce malheur.
L’écriture
comme jouissance et souffrance confondues, en somme ?
Il
y a une phrase dans Le Dernier Métro que Truffaut fait dire
à Depardieu. Il s’adresse à Deneuve et il lui dit : «
Vous voir est une souffrance. » Et Deneuve répond : «
Mais vous me disiez que c’était un bonheur. » Et lui :
« Oui, c’est ça, c’est un bonheur et une souffrance.
» Je pense que c’est intimement lié.
Thomas
refuse sa condition d’entre-deux, ni vivant ni mort
puisque incurable... Il faut aller jusqu’au bout des
choses, savoir trancher ?
Oui.
En cela, je ressemble à Thomas. Alors que je pense qu’on
est toujours dans la zone grisée, qu’on n’est jamais ni
blanc, ni noir, ni pur, ni impur, ni innocent, ni coupable,
que les frontières sont très mouvantes et ténues, je suis
aussi de ceux qui pensent qu’il faut faire un choix ?
Thomas admet très vite qu’il ne sera pas sauvé et il ira
jusqu’au bout de cette logique. Cela dit, je ne suis pas
sûr d’avoir son courage, je ne l’ai pas eu dans d’autres
circonstances.
Lucas
écrivain, observateur, narrateur… Un double de l’auteur
?
Je
crois qu’au fond, je suis plus proche de Thomas que de
Lucas. Je n’aurais pas pu écrire ce livre du point de
Thomas. L’écrire du point de vue de Lucas, c’est
précisément se mettre à distance de ce qui arrive à
Thomas et c’était indispensable. Je me reconnais
davantage dans Thomas que dans Lucas. C’est souvent l’erreur
de lecture que font les gens, on me demande toujours si c’est
strictement autobiographique (la réponse est non) ou s’il
y a transposition, et je réponds oui ou non suivant les
circonstances mais ce qui est certain c’est que je suis
beaucoup plus proche de Thomas que de Lucas, au fond je
pourrais tout à fait plagier Flaubert et dire : « Son
frère, c’est moi. »
Vous
mettez les choses à distance en décrivant la réalité
brute de la maladie, les symptômes, les médecins, etc.
mais aussi en dépouillant et les êtres, et les lieux, qui
vont beaucoup vers l’épure…
Ce
qui m’intéressait, c’était de faire disparaître les
alentours pour me concentrer sur les deux frères. Les
proches et les parents s’en vont et on voit les décors
devenir de moins en moins précis, de plus en plus racontés
sur le registre des sensations et des émotions plus que sur
le registre du matériel et du descriptif. Les descriptions
m’ennuient, c’est un travail de photographe et de
cinéaste, je n’ai pas envie de donner à voir, j’ai
envie de donner à ressentir, à éprouver. La précision
clinique dans le récit de la maladie, des médications et
des symptômes avait ce but : que le lecteur ait mal et
comprenne la douleur de Thomas. Je suis vraiment dans le
registre des émotions et je pense que le style que j’ai
employé était un allié contre le mauvais goût. C’est
pour cela que tant d’éléments s’effacent… Il y a
aussi le fait que dans la disparition des proches, il y a la
volonté de faire disparaître les vivants. Tous ceux qui
arrivent, qu’il s’agisse de Manuel à l’hôpital ou du
vieillard au bord de la mer, ce sont les morts… Ce sont
les morts qui s’approchent et les vivants qui s’en vont.
Comme
si la mort réduisait les choses à l’essentiel…
C’est
cela. Le propos de Son frère, c’est de montrer comment un
lien, et en l’occurrence le lien fraternel, qui pour moi
est un lien décisif, un lien singulier, est mis à l’épreuve
de la mort. Ici, il en est magnifié. Tandis que tous les
autres liens vont être détruits.
Vous
utilisez des éléments très symboliques –la mer, la
lumière, la maison de l’enfance…- mais vous ne les
fouillez pas, vous les posez comme des piliers, on dirait qu’ils
architecturent votre roman. Vous écrivez sur l’absence ou
la perte. Vous avez en horreur la description dite «
réaliste »… Est-ce que Duras vous a influencé ?
Qu’on
sente cette présence, c’est pour moi un grand compliment.
Et c’est une référence que j’admets volontiers. En
même temps, je me remets à mon simple niveau, Duras est
une sorte d’icône inatteignable…
Vous
avez écrit deux livres très différents mais sur des
thèmes voisins (l’enfance, le double, la perte…). Allez
vous continuer dans cette voie ?
Il
faut admettre la part de ce qui s’impose : je n’ai pas
choisi de parler de ceci ou de cela dans En l’absence des
hommes et Son frère. J’en ai parlé parce que c’est mon
fond, le fond de ce que je suis, mais quand je me lance dans
l’écriture d’un livre, je ne décide pas tout, c’est
dans l’écriture que je me rends compte de l’émergence
de thèmes qui me sont chers. Le livre que j’écris
actuellement est différent. Il n’y a pas de « je », le
personnage principal est une femme. Mais il s’agit encore
une fois d’une relation à deux qui met tout le reste au
second plan et d’une exploration du passé. C’est l’histoire
d’une rencontre qui renvoie à son propre passé et un
livre sur le non-dit. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on
dit mais ce qu’on ne dit pas mais que l’autre entend.
Une structure théâtrale, unité de temps, unité de lieu,
deux personnes qui se racontent leurs souvenirs et
comprennent qu’elles n’ont pas les mêmes. Assez
durassien, pour le coup…
Homosexualité
Philippe
Besson est signataire du manifeste pour l'homoparentalité publié fin octobre 2004 par le
Nouvel Obs. Le manifeste commence ainsi : "Nous
sommes, parmi mille autres traits de notre personnalité,
homosexuels."
Extrait
d'une interview dans http://www.encres-vagabondes.com/rencontre/besson.htm
Beaucoup
de problèmes (dans "En l'absence des hommes")
sont soulevés sur l’écriture, le secret, le rapport à
un homme plus âgé, l’homosexualité, la guerre et ses
souffrances, sur la famille, la relation à la mère.
Et du regard de la famille sur soi, du regard de la mère
sur l’enfant mort qui était homosexuel.
Votre
projet de départ était d’aborder tous ces thèmes.
Oui, En l’absence des hommes est né de l’idée d’explorer
plusieurs thèmes qui pour moi sont importants. Je voulais
parler du désir et de la montée du désir, d’une
histoire charnelle entre deux êtres, entre deux hommes. Je
suis allé à l’évidence : étant moi-même homosexuel,
je voulais parler de ce sujet et je pensais que c’était
plus proche de la vérité et d’une forme de sincérité. La
volonté d’écrire sur la guerre est née du fait que j’ai
vu des photos de cadavres de la première guerre mondiale et
j’ai été bêtement surpris parce qu’ils étaient
incroyablement jeunes et la mort d’hommes jeunes nous
frappe beaucoup plus.
Car
il y a une injustice.
Voilà, il y a une injustice. J’avais lu les lettres des
poilus. D’ailleurs la phrase en exergue de En l’absence
des hommes est extraite d’une de ces lettres qui arrachent
des larmes. Là, nous ne sommes plus dans la fiction mais
dans le réel.
Je voulais aussi parler de Marcel Proust qui est un vieux
camarade, un ami, un intime, c’est comme ça que je le
considère. J’ai lu Proust vers dix-sept, dix-huit ans. J’ai
commencé A la recherche du temps perdu et le livre m’est
tombé des mains au bout de la quatorzième page. Trois,
quatre ans plus tard, j’essaie de nouveau et catastrophe,
je trouve le livre ennuyeux au possible. En 1992, je me
retrouve dans une maison à l’étranger, au milieu de
rien, éloigné de tout. J’y étais pour trois semaines de
vacances. Dans cette maison, il y avait l’intégrale de A
la recherche du temps perdu et je tente une troisième fois
la lecture de Proust et là, c’est la révélation. J’ai
commencé à lire et je n’ai pas pu m’arrêter. J’ai
mis six mois à lire toute La recherche de juillet à
décembre 1992. J’ai lu les sept tomes et ensuite tout le
reste. J’ai lu « Les plaisirs et les jours »... et
après ayant lu l’œuvre que j’ai d’ailleurs relue
deux fois, presque trois, j’ai cherché à comprendre qui
était le personnage Proust. J’ai lu les biographies. Il y
en a deux que j’ai particulièrement appréciées, celle
de Tadié et surtout celle de Painter qui est une merveille
absolue parce qu’elle est très proustienne. Quand j’ai
lu les biographies, je me suis dit que Proust était un type
incroyable parce qu’un roman qui aurait Proust comme
personnage principal, aucun éditeur n’en aurait voulu
sans proposer de couper ou de réécrire pour rendre le tout
plus vraisemblable !

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