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Parcours
Né
à Harlem, Samuel "Chip" Delany est un des rares
auteurs Noirs que compte la SF.
Loin d'avoir une enfance misérable (son père possédait
une entreprise prospère de pompes funèbres), Delany sera
un artiste fort précoce, d'où lui vient son surnom de
Magic Kid. Pour preuve ? A 12 ans, il compose déjà des concertos pour
violon.
A 20 ans, il vit des concerts qu'il donne dans les bars de
Greenwich village (le Saint-Germain-Des-Prés new-yorkais).
C'est à cet âge là qu'il fait publier son premier texte,
Les joyaux d'Aptor, un roman de science-fantasy post-apocalyptique.
Entre 1963 et 1966, il publie une inventive trilogie de
science-fantasy, La chute des tours. On y retrouve le même
univers que dans son premier roman.
C'est aussi en 1966 que paraît son premier roman de sf,
Babel 17, un space-opera qui remporte le Nebula. Le
jury a voulu saluer non seulement le retour du space-opera,
mais surtout la dimension intellectuelle que lui a donné
l'auteur, à laquelle ce genre n'était pas habitué.
En 1967, le bouillonnant Harlan Ellison l'invite au sommaire
de son anthologie-manifeste de la new wave : Dangereuses
visions. Sa nouvelle, Ouais, et Gomorrhe lui vaut de
remporter le Nebula de la nouvelle, et, n'étant pas en
reste, il en profite pour remporter aussi le Nebula du
roman, avec son deuxième roman de SF, L'intersection
Einstein. Son roman suivant, le space-opera Nova, à défaut
de prix, remporte de vifs éloges critiques. En 1969 Delany
remporte encore un Nebula pour un texte qui lui vaudra aussi
un Hugo l'année suivante : il s'agit de sa nouvelle
Temps considéré comme une hélice de pierre
semi-précieuses.
Peu d'auteurs ont remporté autant de prix (4 Nebula et 1
Hugo) en si peu de temps et pour si peu d'œuvres, qui plus
est avant d'avoir 30 ans !
Ajoutez à cela les éloges de Frederik Pohl, qui voit
en lui "le seul véritable génie parmi nous : il est
certainement l'un des esprits les plus créateurs de la SF,
car il innove totalement dans l'histoire et garde un style
simple et accessible à tous." Sans oublier l'autre
critique phare, Aldgis Budrys voit tout simplement en
lui "le meilleur écrivain de SF du monde".
De
la poésie de Rimbaud et François Villon au mythe
d'Orphée, du langage au sens de la quête, d'Oscar Wilde à
Jean Genet, sans oublier le renouveau de la pensée
française (Deleuze, Foucault…), l'œuvre de Delany le
francophile, par ses thèmes et ses influences annonce une
rupture radicale avec l'Age d'or.
Bref, tout le monde pensait donc avoir trouvé le génie de
la new wave la plus avant-gardiste.
Il mettra d'ailleurs son avant-gardisme à l'honneur en
publiant 4 anthologies de speculative fiction très
avant-gardistes entre 1970-1971 : Quark.
En fait, pour une bonne partie de ses fans, le génie de
Delany s'arrête là.
Il publie d'abord un roman pornographique sado-maso à forte
connotation homosexuelle, The tides of lust (paru en
français sous le titre Vice-versa), qui est surtout
l'occasion pour lui d'annoncer publiquement sa bisexualité.
Puis après un silence de quelques années, il publie en
1975 un pavé de 879 pages (plus une préface de 43 pages !)
intitulé Dhalgren, où son goût raffiné pour une certaine
préciosité devient excessif et nous donne un livre
indigeste et fort abscons, où la première phrase et la
dernière phrase, séparée par 878 pages, se renvoient
l'une à l'autre : la boucle est bouclée.
La critique sera très partagée, seule une petite minorité
défendra le roman, qui se vendra tout de même à 1 million
d'exemplaires l'année de sa sortie. Malgré ces ventes, il
reste inédit en français. La réédition de 2001 sera
agrémentée d'un avant-propos de William Gibson.
L'année suivante, il publie Triton qui divisera ses fans :
une partie s'enthousiasme et lui décerne le Grand prix de
la SF du festival de Metz. Mais pour l'autre partie,
les bavardages hermétiques et le style fort touffu y noient
une intrigue, assez confuse.Renonçant à la SF, Delany
publiera ensuite un cycle de sword and sorcery Les
contes de Neveryon (qui sera partiellement traduit en
français) avant de cesser d'écrire pour se lancer dans une
carrière universitaire. Il la réussira au point de devenir
titulaire (1988) d'une chaire en littérature comparée à
l'université du Massachusetts, où il enseigne la
science-fiction.
Il écrira à l'occasion des essais forts érudits sur la SF
(hélas non traduits), notamment sur : la
nouvelle Angouleme (in. 334) de son grand ami Thomas Disch (The
American shore : meditations on a tale of science fiction by
Thomas M. Disch--Angouleme) : l'essai (243 pages) est bien
plus long que la nouvelle (20 pages). le langage en SF (Jewel-hinged jaw : notes on the language
of science-fiction).deux longs essais assez pointus autour de la sexualité en
sf : le premier, de 519 pages, couvrant la sf new-yorkaise
de la première moitié des 60's (The motion of light in
water : sex and science fiction writing in the East Village,
1960-1965) et un autre de 476 pages sur les liens entre
homosexualité et politique en SF (Shorter views : queer
thoughts & the politics of the paraliterary).
Sa notoriété est d'ailleurs telle que, fait unique, il
publia même un recueil d'interviews (Silent interviews : on
language, race, sex, science fiction, and some comics : a
collection of written interviews).
Enfin, en 1977, celui qui allait devenir LE spécialiste de
l'imaginaire Outre-Atlantique (hélas non traduit), George
Edgar Slusser, lui a consacré son premier livre : The
Delany intersection : Samuel R. Delany considered as a
writer of semi-precious words.
http://homosf.free.fr/PHPCatalog/author.php?function=detailauth&id=9
Oeuvres
et vie de l'auteur : zoom sur " l'intersection Einstein
"
Samuel
R. Delany : l'Intersection Einstein
Livre de poche nº 7193, avril 1997
Lorsque
Samuel R. Delany publie en 1967 l'Intersection Einstein, on
entend distinctement grincer les vieilles charnières du
monde. Les fabuleuses années soixante n'ont pas fini
d'épuiser leurs mirages. L'Amérique s'est déjà engagée
dans les rizières mais elle n'y a pas encore embourbé son
rêve. Les tuyères des fusées Apollo pointées sur la Lune
chauffent déjà en Floride. En Grande-Bretagne, New Worlds,
collection d'anthologies, entreprend depuis peu de rénover
l'image de la Science-Fiction sous l'impulsion de Michael
Moorcock ; en 1967 précisément, elle obtient une
subvention régulière du Conseil des Arts, sorte
d'équivalent de notre Centre National des Lettres, et se
métamorphose en une revue, vite contestée pour ses audaces
stylistiques qui lui vaudront l'étiquette d'avant-garde
d'une New Wave (nouvelle vague) qui redouble ses initiales.
La plage dort encore, mais plus pour longtemps, sous les
pavés qui valseront en mai 1968.
Delany,
né en 1942, issu de la moyenne bourgeoisie noire et élevé
à Harlem, n'a que vingt-cinq ans mais il fait déjà depuis
longtemps figure d'enfant précoce. Il a publié à vingt
ans son premier roman, à vingt et un ans une trilogie
flamboyante, la Chute des tours, qui ressemble assez à de
la Fantasy bien qu'il s'agisse sans conteste possible de
Science-Fiction post-atomique. En 1965, il publie la Ballade
de Bêta-2, où percent son intérêt pour la linguistique,
son goût pour la poésie et sa propension à mettre en
scène un héros aventurier, poète et musicien, qui lui
ressemble de plus en plus et qui doit beaucoup aux routards
lyriques, figures emblématiques du rock and roll. En 1966,
dans un nouveau roman, Babel 17 , ce barde devient femme,
peut-être à l'image de sa jeune épouse, Marylin Hacker,
elle-même poétesse, dans un space opera qui apparut à
l'époque comme révolutionnaire, peut-être par la place
qu'il accordait aux sciences humaines et en particulier à
celles du langage et qui, s'il a perdu un peu de cette aura,
demeure un très honorable prix Nebula.
L'Intersection
Einstein (1) est lui aussi un roman charnière dans la
carrière de Delany et un roman de l'ambiguïté. Il est
salué comme un exploit littéraire et à certains égards
comme un manifeste d'une nouvelle Science-Fiction,
débarrassée de sa quincaillerie technicienne,
réconciliée avec la littérature jusque dans sa tradition
la plus ancienne, la mythologie, et il obtient le prix
Nebula, manquant de peu le prix Hugo, le plus convoité,
décerné par des lecteurs réunis en Convention chaque
année.
Novateur,
le roman l'est certainement, poussant le sens de l'élision
et de l'ellipse narrative jusqu'à l'énigmatique, tout en
demeurant parfaitement lisible, ce qui lui confère un
charme mystérieux qui met à contribution l'imagination
d'un lecteur jamais certain d'avoir tout compris. En un
sens, Delany a transposé en littérature le truc des
chansons les plus célèbres de la pop music et du rock, où
l'on ne parvient jamais — en tout cas pas du premier coup
— à saisir tout à fait le sens des paroles, voire leur
phrasé.
Mais
esthétiquement révolutionnaire et mettant Delany aux
avant-postes de la New Wave, c'est moins certain
aujourd'hui, avec le recul. Après tout, avec Philip José
Farmer, Walter Miller Jr., Ray Bradbury et bien d'autres, la
Science-Fiction américaine avait déjà accompli sans bruit
sa révolution esthétique et s'était déjà débarrassée
des accessoires galactiques qui avaient fait la gloire des
pulps. Il restait à le faire savoir et c'est sans doute ce
que réussirent l'Intersection Einstein et, un peu plus
tard, une pléiade de nouvelles exceptionnelles de Samuel
Delany publiées notamment par New Worlds.
Dan
son roman, Delany brouille le futur avec le passé en
faisant un appel massif à la mythologie gréco-romaine. Son
héros noir, Lo Lobey, équipé d'une machette-flûte, se
sert d'abord du côté hachette pour se débarrasser, tel
Thésée, d'un monstre à mufle de taureau, puis du manche
musical percé de trous pour charmer la nature et tous ceux
qui peuvent lui être utiles, tel Orphée. Et comme Orphée,
il se lance à travers d'étranges enfers à la recherche de
Friza la muette.
Entre
ce futur indéfini et ce passé recomposé, le présent fait
irruption avec les épigraphes des différents chapitres,
empruntées à des œuvres contemporaines ou classiques, à
un journal supposé de l'auteur, de surcroît relatif à une
excursion en Europe, continent encore fort exotique pour la
classe moyenne américaine, et à diverses sources
anecdotiques, épigraphes qui confèrent au livre une
dimension supplémentaire de collage, évoquant les cut-ups
de William Burroughs.
D'ailleurs,
où se trouve-t-on vraiment ? Sur la Terre ? Peut-être,
mais dans un avenir lointain d'où les humains ont disparu,
ou se sont égaillés entre les dimensions, pour laisser
leur place et leurs formes à des êtres différents qui
tentent de les imiter au point de reproduire leurs
traditions et leurs personnages mythiques, comme Ringo Starr,
Billy le Kid (Kid la Mort) ou le Christ (Green-Eyes). Ils
ont trois genres, le féminin, le masculin et l'anormal, et
s'exercent à d'étranges pouvoirs, la télépathie, la
télékinésie et la résurrection des morts. L'intersection
Einstein, c'est la rencontre du rationnel et de
l'irrationnel, caractérisé, selon Delany, par la
découverte par Gödel de l'indécidabilité de certaines
propositions mathématiques et donc de l'ouverture à tous
les possibles.
Ce
brouillage des temps, passé, présent et futur, cette
invitation à l'irrationnel comme enrichissement et
réenchantement du monde, et plus encore certains détails
du décor, comme l'importance des troupeaux de dragons dans
l'économie de ce monde, évoquent la Fantasy. Et c'est là
que la date devient importante. Delany a bien perçu le
tournant d'une époque et il l'exprime.
En
1954 et 1955, J.R.R. Tolkien a publié en Grande Bretagne
sous forme de trilogie une épopée pour adultes érudits et
épris de merveilleux, le Seigneur des anneaux (1954-1955).
Elle semble vouée à la confidentialité. Mais comme les
voies de la culture sont impénétrables, après une dizaine
d'années d'obscurité, elle atteint les campus américains
où elle explose. Des éditions pirates se répandent,
jusqu'à ce qu'en 1967 précisément, Ballantine publie “la
première édition américaine brochée officiellement
autorisée”.
C'est
qu'une sorte de révolution culturelle a eu lieu, qui
fleurira brièvement sur les pavés l'année suivante. La
population des campus s'est énormément gonflée en
quelques années et beaucoup féminisée, les jeunes femmes
américaines ayant enfin massivement accès à
l'université. Une partie de cette nouvelle génération,
ayant lu par ouï-dire Thoreau et Kerouac, écoutant Dylan,
Joan Baez et les Beatles, bénéficiant d'une prospérité
et d'un confort jamais atteints mais angoissée par le
spectre de la guerre nucléaire et les souvenirs d'une
guerre de Corée pas si lointaine, en attendant le Vi?t Nam,
ne voit pas dans la technologie les moyens du rêve
américain. Elle se veut pacifiste, écologiste, féministe,
œcuméniste, tiers-mondiste et à l'occasion marxiste baba
cool. La génération hippie, guitares sèches, laine vierge
et feux de bois, ne se reconnaît pas dans la
Science-Fiction pure et dure, même critique, et se délecte
de Tolkien. Avec elle, le New Age commence, qui situe
l'avenir dans le passé et va faire du fou mystique une
industrie.
Car
ce sont aussi les enfants de Disneyland, du rêve
préfabriqué et de l'historique en toc, de l'herbe et des
MacDos, en attendant le Coca light. Des commerçants avisés
vont immédiatement comprendre le sens du succès faramineux
de Tolkien. Mi par admiration imitative d'un modèle qu'il
s'agit de reproduire dans le détail, mi par souci de
satisfaire un marché qui réclame à l'envie qu'on lui
raconte toujours la même histoire, les épigones de Tolkien
vont se multiplier et produire à partir de 1965 en
Amérique une Fantasy de masse en éditions de poche. Ainsi
se constitue en très peu d'années un genre fortement
stéréotypé et sans véritables racines. Mais ceci est une
autre histoire.
Delany
semble donc hésiter dans l'Intersection Einstein au bord de
la Fantasy. En tout cas, le public de Bilbo lui fait fête.
Cet Orphée noir semble lui offrir toutes les libertés —
et toutes les facilités — de l'imaginaire sans lois ni
contraintes, de l'emballement des mots et des noms, des
rythmes et des rimes. Delany rejoint son public et sa
génération dans cette hésitation, dans ce tremblement,
pas encore post-moderne, du sens. Mais qu'on ne s'y
méprenne pas. Il n'y bascule pas. Au moment où le lecteur
se demande si cette histoire de dragons ne va pas réveiller
un enchanteur, Delany fait surgir les noms d'Einstein et de
Gödel comme des incantations contre les dérives du
merveilleux. C'est qu'il croit au pouvoir de la science
d'expliquer et de changer le monde, et, plus que tout, au
pouvoir de l'art, avec le concours de la science, de changer
la société. Ses œuvres ultérieures, en particulier Nova
(2), relèvent de la plus pure Science-Fiction.
Pourtant,
l'hésitation fera son chemin. Bien des années plus tard,
Delany décrira dans Dhalgren (1975) une culture de la
jeunesse où la violence le dispute à l'art dans un monde
sans lois. Plus encore, dans la série de Nevèrÿon
(1979-1987), il rejoindra les fantasmes du barbare musclé,
sans pourtant renoncer formellement à la Science-Fiction ni
à l'invention de sociétés étrangères mais en récusant
toute technologie industrielle.
Ainsi
l'Intersection Einstein annonce une bonne partie de l'œuvre
alors encore à venir de Samuel Delany, jusqu'à ses
entreprises critiques post-modernistes, séduisantes,
originales, lyriques, égotistes, et souverainement négligentes
des sévérités de la rigueur méthodologique.
Œuvre
de l'ambiguïté, entre mythologie et futur, passé, présent
et avenir, souvenirs personnels et fiction, Science-Fiction
et Fantasy, pris entre deux générations, ce roman révèle
enfin, à mots encore couverts, la bisexualité de son
auteur, dont il fera par la suite un bruyant étalage,
notamment dans quelques romans pornographiques et dans les
quatre volumes de Nevèrÿon, au point de s'aliéner peut-être
une partie de son public, devenu considérable. En cela,
Samuel Delany s'est voulu et a réussi à être, jusque sous
l'aspect d'un respectable professeur d'université titulaire
d'une chaire de littérature comparée où il enseigne à
penser sérieusement la Science-Fiction, le mauvais garçon
de ses rêves, héritier de François Villon et de Jean
Genet. Peut-être de Rimbaud.
Relu
ou découvert aujourd'hui, trente ans exactement après sa
première parution, l'Intersection Einstein reste un roman mémorable,
délectable, à la fois daté et anachronique, un objet de
son temps, qui a changé de sens et conservé sa verve, où
l'on s'émerveillera de voir subsister dans le lointain
avenir les fragiles galettes de vinyle noir qui portaient la
musique dans leur sillon, et d'y entendre Dylan chanter la
Bible.
http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27193.html
Pourceau
pur stupre (article de Libé en 2006)
Delany
déroge à la SF et vomit un livre aussi drôle que maudit.
Samuel
R. Delany
Hogg
Traduit
de l'anglais (Etats-Unis) par Norbert Naigeon.
Désordres-Laurence Viallet, 368 pp., 23 €.
Ce n'est pas une histoire, à peine un personnage, plutôt
un geste, un rituel, infiniment répété. Un monde-monstre
qui se développe aux dépens de celui qui l'écoute. Et
aussi un livre de cuisine (coeurs sensibles ne pas lire la
recette qui suit, ne pas lire cet article, d'ailleurs, ni le
livre, jetez tout) : «Je connais qu'un seul moyen pour
qu'un type produise autant de fromage de bite (...) après
s'être branlé, le concierge gardait le foutre à
l'intérieur, faisait un noeud avec la peau, et laissait le
tout mariner comme ça cinq ou six heures, avec un peu de
pisse. (Lorsqu'on a aussi peu de peau que le rital ou Denny,
par exemple, je pense qu'il faut utiliser un élastique pour
bien recouvrir le sperme.) Dedans, ça fermentait. Au bout
d'une demi-journée, ça devenait aussi épais et caillé
que vous le désiriez. Il défaisait alors le noeud de peau
et me faisait sucer sa bite sur toute la longueur.»
Hogg
est un «pourceau» (en anglais), le chef d'une bande de
tarés ultraviolents qui passent leurs journées à tabasser
des femmes, à s'entresucer et à se pisser dans la bouche,
plus un peu de coprophagie. Mais jusqu'à un point de
délire et de systématique qui peut (et veut), comme on l'a
vu ci-dessus, provoquer le rire. C'est hénaurme, au même
titre que Sade, aussi excitant, donc angoissant, donc
risible. On a des raisons de se demander, par exemple si
l'on est Américain et selon une expression figée
outre-Atlantique : «Mais qui a envie de lire un livre
pareil ?» Réponse : n'importe qui désirant (on pourrait
couper cette phrase ici, d'ailleurs, désirant point final,
c'est-à-dire amoureux du devenir et du possible), n'importe
qui désirant respirer un peu l'air de ses propres limites,
n'importe qui ne se prenant pas pour un saint, car jusqu'à
preuve du contraire il vaut toujours mieux lire des fictions
pédophiliques que sodomiser ses enfants (malgré ce que
prétendent ceux qui confondent tout).
De
fait, Hogg a attendu vingt-six ans avant d'être publié aux
Etats-Unis et se présente armé d'un bouclier de textes
théoriques visant à faire avaler son amère Valda (Bruce
Benderson et Brian Evenson l'ont entre autres brillamment
défendu et analysé). Malgré tout, le texte circulait sous
le manteau et Delany lui-même raconte qu'un jour qu'il
avait tiré son coup avec un rouquin trapu trouvé dans la
rue, le mec lui sort de son tiroir une photocopie de
photocopie du «truc le plus dingue et le plus scandaleux»
qu'il ait jamais lu, sans savoir bien sûr que c'est à
l'auteur lui-même qu'il montrait le tapuscrit.
Samuel
R. Delany (63,99 ans) est cependant mieux connu pour avoir
bouleversé la science-fiction en y introduisant une
réflexion sur le langage, voire en subvertissant
l'utilisation des genres dans celui-ci car le monde est une
représentation (la Ballade de Bêta 2, l'Intersection
Einstein, Nova...). Il a beaucoup produit jeune, entre 1962
et 1976, et s'est vu ranger au firmament des étoiles
doublement minoritaires, à la fois «gay» et
«africain-américain», ce qui a un peu tendance à
éclipser l'essentiel : son écriture. Son narrateur a 11
ans, ne s'émeut de rien, on ne le dénomme pas autrement
que «suceur de queues». Il se présente comme le
réceptacle, vide d'émotion, des humeurs et du foutre de
Hogg et de ses camarades. Il n'existe en quelque sorte pas,
ou n'est peut-être que langage. Il n'apparaît jamais dans
les dialogues sauf à la toute fin, où il ne prononce qu'un
mot : «Rien.»
Certains
ont tenté de justifier Hogg en le ramenant vers la morale
(une dénonciation de la violence, du racisme, etc.). On
pourrait aussi y voir une épopée de la puissance du
langage, puissance et vertige de la fiction qui risque
toujours le suicide, à l'exemple du personnage de Denny,
dont on ne vous racontera pas le détail, mais qui est à la
frontière de l'érection jouissive et de la rigor mortis.
Homosexualité
Delany
et la poête Marilyn Hacker ont été mariés pendant
quelques années et ils ont eu une fille.
Depuis,
Delany a publié de nombreuses autobiographies (ou semi
autobiographiiées) où il se revendique en tant qu'auteur
noir et gay. Il a reçu le prix Hugo de la meilleure
autobiographie pour The Motion of Light in
Water.
Selon
l'auteur bi Wayne Bryant, notons que Delany aurait dit "Non,
je ne suis pas gay ... je suis un suceur de queue ... ".

Cette
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gays, lesbiennes ou bisexuelles ayant révélé
leur orientation sexuelle. Si vous n'êtes pas passé
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