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Samuel R. Delany

Né le 1er avril 1942 à New York, Etats-Unis

Ecrivain

Parcours

Né à Harlem, Samuel "Chip" Delany est un des rares auteurs Noirs que compte la SF.

Loin d'avoir une enfance misérable (son père possédait une entreprise prospère de pompes funèbres), Delany sera un artiste fort précoce, d'où lui vient son surnom de Magic Kid. Pour preuve ? A 12 ans, il compose déjà des concertos pour violon.

A 20 ans, il vit des concerts qu'il donne dans les bars de Greenwich village (le Saint-Germain-Des-Prés new-yorkais). C'est à cet âge là qu'il fait publier son premier texte, Les joyaux d'Aptor, un roman de science-fantasy post-apocalyptique.

Entre 1963 et 1966, il publie une inventive trilogie de science-fantasy, La chute des tours. On y retrouve le même univers que dans son premier roman.

C'est aussi en 1966 que paraît son premier roman de sf, Babel 17, un space-opera qui remporte le Nebula. Le jury a voulu saluer non seulement le retour du space-opera, mais surtout la dimension intellectuelle que lui a donné l'auteur, à laquelle ce genre n'était pas habitué.

En 1967, le bouillonnant Harlan Ellison l'invite au sommaire de son anthologie-manifeste de la new wave : Dangereuses visions. Sa nouvelle, Ouais, et Gomorrhe lui vaut de remporter le Nebula de la nouvelle, et, n'étant pas en reste, il en profite pour remporter aussi le Nebula du roman, avec son deuxième roman de SF, L'intersection Einstein. Son roman suivant, le space-opera Nova, à défaut de prix, remporte de vifs éloges critiques. En 1969 Delany remporte encore un Nebula pour un texte qui lui vaudra aussi un Hugo  l'année suivante : il s'agit de sa nouvelle Temps considéré comme une hélice de pierre semi-précieuses.

Peu d'auteurs ont remporté autant de prix (4 Nebula et 1 Hugo) en si peu de temps et pour si peu d'œuvres, qui plus est avant d'avoir 30 ans !

Ajoutez à cela les éloges de Frederik Pohl, qui voit en lui "le seul véritable génie parmi nous : il est certainement l'un des esprits les plus créateurs de la SF, car il innove totalement dans l'histoire et garde un style simple et accessible à tous." Sans oublier l'autre critique phare, Aldgis Budrys voit tout simplement en lui "le meilleur écrivain de SF du monde".

De la poésie de Rimbaud et François Villon au mythe d'Orphée, du langage au sens de la quête, d'Oscar Wilde à Jean Genet, sans oublier le renouveau de la pensée française (Deleuze, Foucault…), l'œuvre de Delany le francophile, par ses thèmes et ses influences annonce une rupture radicale avec l'Age d'or.

Bref, tout le monde pensait donc avoir trouvé le génie de la new wave la plus avant-gardiste.

Il mettra d'ailleurs son avant-gardisme à l'honneur en publiant 4 anthologies de speculative fiction très avant-gardistes entre 1970-1971 : Quark.

En fait, pour une bonne partie de ses fans, le génie de Delany s'arrête là.

Il publie d'abord un roman pornographique sado-maso à forte connotation homosexuelle, The tides of lust (paru en français sous le titre Vice-versa), qui est surtout l'occasion pour lui d'annoncer publiquement sa bisexualité.

Puis après un silence de quelques années, il publie en 1975 un pavé de 879 pages (plus une préface de 43 pages !) intitulé Dhalgren, où son goût raffiné pour une certaine préciosité devient excessif et nous donne un livre indigeste et fort abscons, où la première phrase et la dernière phrase, séparée par 878 pages, se renvoient l'une à l'autre : la boucle est bouclée.

La critique sera très partagée, seule une petite minorité défendra le roman, qui se vendra tout de même à 1 million d'exemplaires l'année de sa sortie. Malgré ces ventes, il reste inédit en français. La réédition de 2001 sera agrémentée d'un avant-propos de William Gibson.

L'année suivante, il publie Triton qui divisera ses fans : une partie s'enthousiasme et lui décerne le Grand prix de la SF du festival de Metz. Mais pour l'autre partie, les bavardages hermétiques et le style fort touffu y noient une intrigue, assez confuse.Renonçant à la SF, Delany publiera ensuite un cycle de sword and sorcery  Les contes de Neveryon (qui sera partiellement traduit en français) avant de cesser d'écrire pour se lancer dans une carrière universitaire. Il la réussira au point de devenir titulaire (1988) d'une chaire en littérature comparée à l'université du Massachusetts, où il enseigne la science-fiction.

Il écrira à l'occasion des essais forts érudits sur la SF (hélas non traduits), notamment sur : la nouvelle Angouleme (in. 334) de son grand ami Thomas Disch (The American shore : meditations on a tale of science fiction by Thomas M. Disch--Angouleme) : l'essai (243 pages) est bien plus long que la nouvelle (20 pages). le langage en SF (Jewel-hinged jaw : notes on the language of science-fiction).deux longs essais assez pointus autour de la sexualité en sf : le premier, de 519 pages, couvrant la sf new-yorkaise de la première moitié des 60's (The motion of light in water : sex and science fiction writing in the East Village, 1960-1965) et un autre de 476 pages sur les liens entre homosexualité et politique en SF (Shorter views : queer thoughts & the politics of the paraliterary).

Sa notoriété est d'ailleurs telle que, fait unique, il publia même un recueil d'interviews (Silent interviews : on language, race, sex, science fiction, and some comics : a collection of written interviews).

Enfin, en 1977, celui qui allait devenir LE spécialiste de l'imaginaire Outre-Atlantique (hélas non traduit), George Edgar Slusser, lui a consacré son premier livre : The Delany intersection : Samuel R. Delany considered as a writer of semi-precious words.

http://homosf.free.fr/PHPCatalog/author.php?function=detailauth&id=9

Oeuvres et vie de l'auteur : zoom sur " l'intersection Einstein "

Samuel R. Delany : l'Intersection Einstein
Livre de poche nº 7193, avril 1997

Lorsque Samuel R. Delany publie en 1967 l'Intersection Einstein, on entend distinctement grincer les vieilles charnières du monde. Les fabuleuses années soixante n'ont pas fini d'épuiser leurs mirages. L'Amérique s'est déjà engagée dans les rizières mais elle n'y a pas encore embourbé son rêve. Les tuyères des fusées Apollo pointées sur la Lune chauffent déjà en Floride. En Grande-Bretagne, New Worlds, collection d'anthologies, entreprend depuis peu de rénover l'image de la Science-Fiction sous l'impulsion de Michael Moorcock ; en 1967 précisément, elle obtient une subvention régulière du Conseil des Arts, sorte d'équivalent de notre Centre National des Lettres, et se métamorphose en une revue, vite contestée pour ses audaces stylistiques qui lui vaudront l'étiquette d'avant-garde d'une New Wave (nouvelle vague) qui redouble ses initiales. La plage dort encore, mais plus pour longtemps, sous les pavés qui valseront en mai 1968.

Delany, né en 1942, issu de la moyenne bourgeoisie noire et élevé à Harlem, n'a que vingt-cinq ans mais il fait déjà depuis longtemps figure d'enfant précoce. Il a publié à vingt ans son premier roman, à vingt et un ans une trilogie flamboyante, la Chute des tours, qui ressemble assez à de la Fantasy bien qu'il s'agisse sans conteste possible de Science-Fiction post-atomique. En 1965, il publie la Ballade de Bêta-2, où percent son intérêt pour la linguistique, son goût pour la poésie et sa propension à mettre en scène un héros aventurier, poète et musicien, qui lui ressemble de plus en plus et qui doit beaucoup aux routards lyriques, figures emblématiques du rock and roll. En 1966, dans un nouveau roman, Babel 17 , ce barde devient femme, peut-être à l'image de sa jeune épouse, Marylin Hacker, elle-même poétesse, dans un space opera qui apparut à l'époque comme révolutionnaire, peut-être par la place qu'il accordait aux sciences humaines et en particulier à celles du langage et qui, s'il a perdu un peu de cette aura, demeure un très honorable prix Nebula.

L'Intersection Einstein (1) est lui aussi un roman charnière dans la carrière de Delany et un roman de l'ambiguïté. Il est salué comme un exploit littéraire et à certains égards comme un manifeste d'une nouvelle Science-Fiction, débarrassée de sa quincaillerie technicienne, réconciliée avec la littérature jusque dans sa tradition la plus ancienne, la mythologie, et il obtient le prix Nebula, manquant de peu le prix Hugo, le plus convoité, décerné par des lecteurs réunis en Convention chaque année.

Novateur, le roman l'est certainement, poussant le sens de l'élision et de l'ellipse narrative jusqu'à l'énigmatique, tout en demeurant parfaitement lisible, ce qui lui confère un charme mystérieux qui met à contribution l'imagination d'un lecteur jamais certain d'avoir tout compris. En un sens, Delany a transposé en littérature le truc des chansons les plus célèbres de la pop music et du rock, où l'on ne parvient jamais — en tout cas pas du premier coup — à saisir tout à fait le sens des paroles, voire leur phrasé.

Mais esthétiquement révolutionnaire et mettant Delany aux avant-postes de la New Wave, c'est moins certain aujourd'hui, avec le recul. Après tout, avec Philip José Farmer, Walter Miller Jr., Ray Bradbury et bien d'autres, la Science-Fiction américaine avait déjà accompli sans bruit sa révolution esthétique et s'était déjà débarrassée des accessoires galactiques qui avaient fait la gloire des pulps. Il restait à le faire savoir et c'est sans doute ce que réussirent l'Intersection Einstein et, un peu plus tard, une pléiade de nouvelles exceptionnelles de Samuel Delany publiées notamment par New Worlds.

Dan son roman, Delany brouille le futur avec le passé en faisant un appel massif à la mythologie gréco-romaine. Son héros noir, Lo Lobey, équipé d'une machette-flûte, se sert d'abord du côté hachette pour se débarrasser, tel Thésée, d'un monstre à mufle de taureau, puis du manche musical percé de trous pour charmer la nature et tous ceux qui peuvent lui être utiles, tel Orphée. Et comme Orphée, il se lance à travers d'étranges enfers à la recherche de Friza la muette.

Entre ce futur indéfini et ce passé recomposé, le présent fait irruption avec les épigraphes des différents chapitres, empruntées à des œuvres contemporaines ou classiques, à un journal supposé de l'auteur, de surcroît relatif à une excursion en Europe, continent encore fort exotique pour la classe moyenne américaine, et à diverses sources anecdotiques, épigraphes qui confèrent au livre une dimension supplémentaire de collage, évoquant les cut-ups de William Burroughs.

D'ailleurs, où se trouve-t-on vraiment ? Sur la Terre ? Peut-être, mais dans un avenir lointain d'où les humains ont disparu, ou se sont égaillés entre les dimensions, pour laisser leur place et leurs formes à des êtres différents qui tentent de les imiter au point de reproduire leurs traditions et leurs personnages mythiques, comme Ringo Starr, Billy le Kid (Kid la Mort) ou le Christ (Green-Eyes). Ils ont trois genres, le féminin, le masculin et l'anormal, et s'exercent à d'étranges pouvoirs, la télépathie, la télékinésie et la résurrection des morts. L'intersection Einstein, c'est la rencontre du rationnel et de l'irrationnel, caractérisé, selon Delany, par la découverte par Gödel de l'indécidabilité de certaines propositions mathématiques et donc de l'ouverture à tous les possibles.

Ce brouillage des temps, passé, présent et futur, cette invitation à l'irrationnel comme enrichissement et réenchantement du monde, et plus encore certains détails du décor, comme l'importance des troupeaux de dragons dans l'économie de ce monde, évoquent la Fantasy. Et c'est là que la date devient importante. Delany a bien perçu le tournant d'une époque et il l'exprime.

En 1954 et 1955, J.R.R. Tolkien a publié en Grande Bretagne sous forme de trilogie une épopée pour adultes érudits et épris de merveilleux, le Seigneur des anneaux (1954-1955). Elle semble vouée à la confidentialité. Mais comme les voies de la culture sont impénétrables, après une dizaine d'années d'obscurité, elle atteint les campus américains où elle explose. Des éditions pirates se répandent, jusqu'à ce qu'en 1967 précisément, Ballantine publie “la première édition américaine brochée officiellement autorisée”.

C'est qu'une sorte de révolution culturelle a eu lieu, qui fleurira brièvement sur les pavés l'année suivante. La population des campus s'est énormément gonflée en quelques années et beaucoup féminisée, les jeunes femmes américaines ayant enfin massivement accès à l'université. Une partie de cette nouvelle génération, ayant lu par ouï-dire Thoreau et Kerouac, écoutant Dylan, Joan Baez et les Beatles, bénéficiant d'une prospérité et d'un confort jamais atteints mais angoissée par le spectre de la guerre nucléaire et les souvenirs d'une guerre de Corée pas si lointaine, en attendant le Vi?t Nam, ne voit pas dans la technologie les moyens du rêve américain. Elle se veut pacifiste, écologiste, féministe, œcuméniste, tiers-mondiste et à l'occasion marxiste baba cool. La génération hippie, guitares sèches, laine vierge et feux de bois, ne se reconnaît pas dans la Science-Fiction pure et dure, même critique, et se délecte de Tolkien. Avec elle, le New Age commence, qui situe l'avenir dans le passé et va faire du fou mystique une industrie.

Car ce sont aussi les enfants de Disneyland, du rêve préfabriqué et de l'historique en toc, de l'herbe et des MacDos, en attendant le Coca light. Des commerçants avisés vont immédiatement comprendre le sens du succès faramineux de Tolkien. Mi par admiration imitative d'un modèle qu'il s'agit de reproduire dans le détail, mi par souci de satisfaire un marché qui réclame à l'envie qu'on lui raconte toujours la même histoire, les épigones de Tolkien vont se multiplier et produire à partir de 1965 en Amérique une Fantasy de masse en éditions de poche. Ainsi se constitue en très peu d'années un genre fortement stéréotypé et sans véritables racines. Mais ceci est une autre histoire.

Delany semble donc hésiter dans l'Intersection Einstein au bord de la Fantasy. En tout cas, le public de Bilbo lui fait fête. Cet Orphée noir semble lui offrir toutes les libertés — et toutes les facilités — de l'imaginaire sans lois ni contraintes, de l'emballement des mots et des noms, des rythmes et des rimes. Delany rejoint son public et sa génération dans cette hésitation, dans ce tremblement, pas encore post-moderne, du sens. Mais qu'on ne s'y méprenne pas. Il n'y bascule pas. Au moment où le lecteur se demande si cette histoire de dragons ne va pas réveiller un enchanteur, Delany fait surgir les noms d'Einstein et de Gödel comme des incantations contre les dérives du merveilleux. C'est qu'il croit au pouvoir de la science d'expliquer et de changer le monde, et, plus que tout, au pouvoir de l'art, avec le concours de la science, de changer la société. Ses œuvres ultérieures, en particulier Nova (2), relèvent de la plus pure Science-Fiction.

Pourtant, l'hésitation fera son chemin. Bien des années plus tard, Delany décrira dans Dhalgren (1975) une culture de la jeunesse où la violence le dispute à l'art dans un monde sans lois. Plus encore, dans la série de Nevèrÿon (1979-1987), il rejoindra les fantasmes du barbare musclé, sans pourtant renoncer formellement à la Science-Fiction ni à l'invention de sociétés étrangères mais en récusant toute technologie industrielle.

Ainsi l'Intersection Einstein annonce une bonne partie de l'œuvre alors encore à venir de Samuel Delany, jusqu'à ses entreprises critiques post-modernistes, séduisantes, originales, lyriques, égotistes, et souverainement négligentes des sévérités de la rigueur méthodologique.

Œuvre de l'ambiguïté, entre mythologie et futur, passé, présent et avenir, souvenirs personnels et fiction, Science-Fiction et Fantasy, pris entre deux générations, ce roman révèle enfin, à mots encore couverts, la bisexualité de son auteur, dont il fera par la suite un bruyant étalage, notamment dans quelques romans pornographiques et dans les quatre volumes de Nevèrÿon, au point de s'aliéner peut-être une partie de son public, devenu considérable. En cela, Samuel Delany s'est voulu et a réussi à être, jusque sous l'aspect d'un respectable professeur d'université titulaire d'une chaire de littérature comparée où il enseigne à penser sérieusement la Science-Fiction, le mauvais garçon de ses rêves, héritier de François Villon et de Jean Genet. Peut-être de Rimbaud.

Relu ou découvert aujourd'hui, trente ans exactement après sa première parution, l'Intersection Einstein reste un roman mémorable, délectable, à la fois daté et anachronique, un objet de son temps, qui a changé de sens et conservé sa verve, où l'on s'émerveillera de voir subsister dans le lointain avenir les fragiles galettes de vinyle noir qui portaient la musique dans leur sillon, et d'y entendre Dylan chanter la Bible.

http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27193.html

Pourceau pur stupre (article de Libé en 2006)

Delany déroge à la SF et vomit un livre aussi drôle que maudit.

Samuel R. Delany
Hogg 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Norbert Naigeon. Désordres-Laurence Viallet, 368 pp., 23 €.


Ce n'est pas une histoire, à peine un personnage, plutôt un geste, un rituel, infiniment répété. Un monde-monstre qui se développe aux dépens de celui qui l'écoute. Et aussi un livre de cuisine (coeurs sensibles ne pas lire la recette qui suit, ne pas lire cet article, d'ailleurs, ni le livre, jetez tout) : «Je connais qu'un seul moyen pour qu'un type produise autant de fromage de bite (...) après s'être branlé, le concierge gardait le foutre à l'intérieur, faisait un noeud avec la peau, et laissait le tout mariner comme ça cinq ou six heures, avec un peu de pisse. (Lorsqu'on a aussi peu de peau que le rital ou Denny, par exemple, je pense qu'il faut utiliser un élastique pour bien recouvrir le sperme.) Dedans, ça fermentait. Au bout d'une demi-journée, ça devenait aussi épais et caillé que vous le désiriez. Il défaisait alors le noeud de peau et me faisait sucer sa bite sur toute la longueur.»

Hogg est un «pourceau» (en anglais), le chef d'une bande de tarés ultraviolents qui passent leurs journées à tabasser des femmes, à s'entresucer et à se pisser dans la bouche, plus un peu de coprophagie. Mais jusqu'à un point de délire et de systématique qui peut (et veut), comme on l'a vu ci-dessus, provoquer le rire. C'est hénaurme, au même titre que Sade, aussi excitant, donc angoissant, donc risible. On a des raisons de se demander, par exemple si l'on est Américain et selon une expression figée outre-Atlantique : «Mais qui a envie de lire un livre pareil ?» Réponse : n'importe qui désirant (on pourrait couper cette phrase ici, d'ailleurs, désirant point final, c'est-à-dire amoureux du devenir et du possible), n'importe qui désirant respirer un peu l'air de ses propres limites, n'importe qui ne se prenant pas pour un saint, car jusqu'à preuve du contraire il vaut toujours mieux lire des fictions pédophiliques que sodomiser ses enfants (malgré ce que prétendent ceux qui confondent tout).

De fait, Hogg a attendu vingt-six ans avant d'être publié aux Etats-Unis et se présente armé d'un bouclier de textes théoriques visant à faire avaler son amère Valda (Bruce Benderson et Brian Evenson l'ont entre autres brillamment défendu et analysé). Malgré tout, le texte circulait sous le manteau et Delany lui-même raconte qu'un jour qu'il avait tiré son coup avec un rouquin trapu trouvé dans la rue, le mec lui sort de son tiroir une photocopie de photocopie du «truc le plus dingue et le plus scandaleux» qu'il ait jamais lu, sans savoir bien sûr que c'est à l'auteur lui-même qu'il montrait le tapuscrit.

Samuel R. Delany (63,99 ans) est cependant mieux connu pour avoir bouleversé la science-fiction en y introduisant une réflexion sur le langage, voire en subvertissant l'utilisation des genres dans celui-ci car le monde est une représentation (la Ballade de Bêta 2, l'Intersection Einstein, Nova...). Il a beaucoup produit jeune, entre 1962 et 1976, et s'est vu ranger au firmament des étoiles doublement minoritaires, à la fois «gay» et «africain-américain», ce qui a un peu tendance à éclipser l'essentiel : son écriture. Son narrateur a 11 ans, ne s'émeut de rien, on ne le dénomme pas autrement que «suceur de queues». Il se présente comme le réceptacle, vide d'émotion, des humeurs et du foutre de Hogg et de ses camarades. Il n'existe en quelque sorte pas, ou n'est peut-être que langage. Il n'apparaît jamais dans les dialogues sauf à la toute fin, où il ne prononce qu'un mot : «Rien.»

Certains ont tenté de justifier Hogg en le ramenant vers la morale (une dénonciation de la violence, du racisme, etc.). On pourrait aussi y voir une épopée de la puissance du langage, puissance et vertige de la fiction qui risque toujours le suicide, à l'exemple du personnage de Denny, dont on ne vous racontera pas le détail, mais qui est à la frontière de l'érection jouissive et de la rigor mortis.

Homosexualité

Delany et la poête Marilyn Hacker ont été mariés pendant quelques années et ils ont eu une fille. 

Depuis, Delany a publié de nombreuses autobiographies (ou semi autobiographiiées) où il se revendique en tant qu'auteur noir et gay. Il a reçu le prix Hugo de la meilleure autobiographie pour The Motion of Light in Water.

Selon l'auteur bi Wayne Bryant, notons que Delany aurait dit "Non, je ne suis pas gay ... je suis un suceur de queue ... ". 

 

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