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Portrait
Dans
un paysage musical féminin où les nymphettes taillées sur
un modèle standard sont légion, Juliette fait figure de
trublion(e). Sa personnalité plantureuse et son répertoire
tout en gouaille ont fini par s'imposer au sein d'une
concurrence en jupe courte. Mais, il en faut plus pour
impressionner Juliette dont l'énergie sur scène est digne
de ses inspiratrices, Fréhel, Piaf ou Mistinguett.
Juliette Nourredine est née le 25 septembre 62 à Paris.
Originaire de Kabylie, son grand-père débarque en France
dans les années 20. Son père, Jacques est saxophoniste et
intègre même l'orchestre du Capitole de Toulouse,
référence musicale s'il en est. C'est donc dans la Ville
Rose que la jeune Juliette vie à partir de 13 ans au son
d'influences aussi variées que le jazz, la musique arabe,
le classique et la chanson populaire. Juliette se frotte
vaguement à des études de musicologie et de lettres après
une adolescence au sein d'une institution religieuse. Mais,
c'est la musique qui prime très vite dans sa vie.
Scène
Dès
ses 18 ans, Juliette écume les bars et les restos de
Toulouse face à son piano. Son répertoire puise déjà
dans le réalisme façon années 30. Très à l'aise sur
scène, elle ne laisse pas indifférent. C'est ainsi qu'en
85, elle inaugure les Découvertes du festival de Bourges,
manifestation qui présente de jeunes talents. Elle y sera
présente deux années de suite. De fil en aiguille,
Juliette affirme sa présence sur scène et tourne beaucoup.
En 1990, elle fait quelques dates en Allemagne, mais
surtout, assure la première partie de Jean Guidoni. C'est
un déclic à la fois professionnel mais également
artistique. Fan de l'univers ambigu et sombre du chanteur
depuis longtemps, Juliette rencontre à cette occasion
Pierre Philippe, proche collaborateur de Guidoni au début
des années 80.
En
1991, sort le tout premier album de Juliette, "¿Que
tàl ?", enregistré en public. On y découvre l'aplomb
de la jeune femme sur scène, son entrain et son goût du
dialogue avec le public qu'elle ne dédaigne pas provoquer.
Pierre Philippe n'apparaît que sur un seul titre,
"Lames", un titre de Guidoni qui démarre le
concert. Juliette chante également des textes du poète
Norge et adapte à sa façon "l'Homme à la moto"
de Piaf.
Juliette
chante
Cette
fois, c'est parti. Dès 92, Juliette monte un mois entier
sur la petite scène parisienne du théâtre de 10 heures.
Puis en 93 sort son deuxième album (mais premier en
studio), "Irrésistible". C'est sur ce disque que
la collaboration entre Pierre Philippe et Juliette prend le
plus d'ampleur puisque presque tous les titres portent leurs
deux signatures. En novembre, elle participe aux
Francofolies de Montréal. En juillet 94, c'est à celles de
La Rochelle qu'elle fait une apparition remarquée. En
octobre de la même année, elle est de retour à Paris sur
la discrète scène du Théâtre de la Ville. Mais cette
année-là, elle reçoit aussi le Prix Charles-Cros pour son
dernier album.
Le
31 décembre, Juliette termine un récital de trois semaines
par un réveillon sur la scène de l'Auditorium des Halles.
Cette soirée est immortalisée par l'album "Juliette
chante aux Halles" qui sort en 95.
Nouvel
album en 96, "Rimes féminines". Celle qui admire
tant des personnalités comme Anaïs Nin, Camille Claudel,
Louise Michel ou Colette, continue de nous parler de sa
passion pour les femmes. Les textes sont à nouveau de
Pierre Philippe. Juliette présente ce disque sur la scène
de la Cité de la Musique à Paris les 13 et 14 avril. Elle
est pour l'occasion entourée de l'Orchestre des Hauts de
Seine qui donne une dimension flamboyante à son spectacle.
Cette année-là, Juliette la chanteuse devient écrivain et
publie "la Valse", une nouvelle. Cette facette
méconnue de Juliette est aujourd'hui présentée en ligne
sur un site où sont réunis de nombreux autres textes.
A
la fin de l'année, elle investit l'Auditorium St Germain
avant une tournée qui la mène en France, en Allemagne et
au Canada. C'est par une récompense qu'elle démarre
l'année 97, la Victoire de la révélation de l'année...
17 ans après ses débuts ! Tout arrive ! Elle finit
l'année d'une aussi belle façon puisqu'elle monte du 18 au
31 décembre sur la scène de la salle Gaveau, prestigieuse
salle dédiée au classique. Dans ce spectacle à deux
pianos (elle et Didier Goret), elle présente beaucoup de
reprises (Fréhel, Léo Ferré, Jean Guidoni, Catherine
Sauvage, Jacques Brel). Le résultat est enregistré sur
l'album "Deux pianos" qui parait début 98.
La
comptine à Juliette
Au
cours de l'année 98, on retrouve la voix de Juliette sur un
album pour enfants, "La Comptine à titine", pour
deux titres. Les textes sont tous de Pierre Delanoë et les
musiques de Gérard Calvi. Mais en novembre, c'est sur son
nouvel album "Assassins sans couteaux" que
Juliette retrouve le devant de l'actualité. Désormais,
elle fait partie à part entière du paysage musical même
si sa personnalité en fait un électron libre et
imprévisible. Arrangé par François Rauber, cet album voit
la disparition de Pierre Philippe et l'apparition de
nouveaux auteurs dont Bernard Joyet et Franck Giroud. Les
critiques sont excellentes et louent une nouvelle fois le
talent de Juliette pour créer des ambiances, tracer des
portraits, le tout habillé d'un humour exubérant et
dévastateur.
Du
9 au 14 février, c'est à l'Olympia que s'épanouit toute
la faconde de la jeune artiste. Consécration artistique,
cette série de concerts fait d'elle une vraie figure de la
chanson française.
L'année
suivante, Juliette se lance dans une expérience inédite
pour elle, en dépit de ses talents d'auteur : la lecture de
textes littéraires. L'exercice a lieu dans la salle d'armes
de la Conciergerie, haut lieu historique parisien (prison de
la reine Marie-Antoinette pendant la Révolution
française). La chanteuse a choisi de lire des fabliaux,
contes et autres textes médiévaux parfois à connotation
érotique. Dans la foulée, elle expérimente aussi le
cinéma en tournant dans le film de Delphine Gleize,
"Carnages". Pour l'occasion, elle se teint en
blond platine.
Gourmande
2002
- Le 29 janvier, sort un nouvel album, "le
Festin", qui a la particularité d'être le premier
chez Polydor, label d'Universal, la plus imposante maison de
disques du moment. C'est sans doute grâce à l'énorme
force promotionnelle de cette major cela que la chanteuse,
souvent considérée comme atypique et aux antipodes du
formatage commercial, intègre la 21ème place du Top Albums
dès sa sortie.
Mais
à travers onze nouveaux titres, Juliette prouve que sa
truculence n'a pas fondu face aux exigences du commerce. Au
contraire, les chansons sont longues et généreuses,
exploitant toujours plus son sens du plaisir, de l'humour,
de bonnes choses de la vie. La chanteuse en signe la
quasi-totalité mais son complice Bernard Joyet a à nouveau
largement ouvré sur cinq d'entre elles, seul ou avec elle.
Dès
début février, elle entame une tournée qui s'arrête à
Paris, au Casino de Paris, du 19 au 24 mars.
2004
- C'est l'année anniversaire. La chanteuse choisit de
célébrer ses 20 ans de carrière même si elle chante
depuis plus longtemps. Cet "anniversaire" est donc
l'occasion de la sorti le 9 mars d'un CD sobrement intitulé
"ma vie, mon oeuvre (vol1)". En outre, elle est
sur la scène de la prestigieuse salle Gaveau, antre de la
musique dite classique, du 18 mars au 11 avril. Celle qui se
perçoit comme une artisan(e) de la chanson, y présente son
équipe comme des ouvriers et elle comme la gérante en bleu
de travail.
(RFI)
Récente
information sur son homosexualité et sur son dernier disque
Juliette
transforme magnifiquement les hommes en cochons !
La chanteuse que le Parisien n'hésite pas à qualifier
d'incontournable en ce début d'année sort son sixième
album.
Juliette
se lance enfin dans l'écriture et la composition complète
de son oeuvre après "avoir pris confiance" en
passant des heures devant son Macintosh bien aimé pour
l'élaboration de Mutatis mutandis (qui signifie en latin :
en effectuant les changements requis). Cette formule magique
lui sert à y transformer les hommes en cochons, mais
précise-t-elle, c'est "pour raconter des
histoires" et surtout celles des autres. Elle n'aime
pas les chansons qui parlent d'états d'âme et encore moins
des siens.
Elle
précise : "Ma vie n'est pas très intéressante, pas
très rock'n roll. Je vois des potes, je joue à la Play
Station, rien de bien extraordinaire." Elle vit tout
simplement avec son amie et ajoute : "C'est de
notoriété publique maintenant. Nous sommes pacsées. J'en
ai parlé un jour dans une interview où l'on m'a demandé :
Et Roméo dans tout cela ? J'ai juste répondu : Mon Roméo
s'appelle Juliette."
(actustar)
Homosexualité
et interview
Outre
le fait d'avoir signé la pétition pour l'homoparentalité
qui commençait par "Nous sommes tous, parmi les traits
de notre personnalité, homosexuels ...", Juliette n'a
jamais caché ses préférences à l'image de l'interview
suivante.
Interview
publiée par Citegay.fr avec l'aimable autorisation du
magazine IBnews ...
Juliette:
«icône gay, j'adore!»
A
l'opposé des nymphettes formatées, Juliette fait figure
d'électron libre de la chanson française. A l'occasion de
ses 20 ans de carrière, elle revient pour une énergique
série de concerts, dignes de ses modèles: Fréhel, Piaf,
Mistinguett. En attendant un nouvel album à l'automne,
laissez vous emporter par la verve mordante de la Diva
De
la chanteuse à bars de Toulouse en passant par le prix
Charles Cros et une Victoire de la Musique: que de chemin
parcouru depuis les premiers cours de piano de la petite
Juliette Nourredine. Que vous inspire votre parcours?
Juliette: Finalement, de la fierté. Ce ne sont pas tant les
honneurs du reste qui me rendent fière, mais la seule
récompense valable: la fidélité du public. Faire sa route
sans concession n'est pas toujours facile, même si je n'ai
jamais eu le sentiment de galérer mais bien celui
d'apprendre mon métier, petit à petit, chaque étape
m'amenant vers la suivante, sans mauvaise surprise. C'est
sans doute pour ça que je suis si cool par rapport à la
notoriété. Je n'ai pas attendu après ça pour être à
l'aise et heureuse dans mon métier. Depuis le début, je me
fais plaisir. Maintenant, je suis un peu plus exigeante
qu'au début, sans doute ne me contenterais-je plus des
succès de piano-bars où les gens viennent plus pour le bar
que pour le piano ! (rires).
On
vous sait sensible à la cause des femmes. Certaines le vous
rendent bien puisque vous faîtes partie du cercle très
fermé des icônes lesbiennes. Ce statut vous convient-il?
Juliette:
Je ne pense pas avoir caché particulièrement mes
préférences sentimentales, mais je ne suis pas militante
de la cause lesbienne. Pour moi les préférences
sentimentales comme la religion sont des questions
personnelles et privées. Maintenant, je défends les
«droits» de l'homme et de la femme, détestant toutes les
injustices et les mépris orientés. Je ne supporte pas
l'idée que l'on juge une personne sur sa couleur de peau,
sa religion, sa sexualité. Quant à être une icône gay,
ça, j'adore! C'est la marque des vraies divas!
Votre anti-conformisme face à la très policée industrie
du disque fascine. On est loin de la Star Ac'. Et pourtant
vous signez une chanson sur l'album d'Olivia Ruiz, ancienne
du «Château»?
Juliette: Olivia est un cas à part. Une vraie artiste qui
veut dire des vraies choses. Il faut se rappeler qu'elle a
fait partie de la 1ère promo de la Star Ac'. On ne savait
pas encore ce que ça deviendrait, ce phénomène très
discuté. Je crois qu'elle a considéré depuis le début
que ce ne serait qu'une étape. Malheureusement, les médias
le lui rappellent systématiquement, ce qui est forcément
agaçant mais inévitable. En tout cas c'est une fille qui
fait preuve de beaucoup de ténacité et de volonté et son
disque le prouve: c'est tout sauf un produit de marketing.
Y'a qu'à regarder les crédits: Néry, Prohom, Juliette:
que du beau linge! (rires)
Votre
dernier album, 'Le festin de Juliette' est sorti chez
Universal et fut un triomphe. Le fait de signer chez une
telle major a-t-il changé votre façon d'appréhender le
métier ?
Juliette: Non. Je suis chez Polydor qui est une (bonne)
maison de disques parmi d'autres. Encore une fois l'image
des majors trimballée par les médias est complètement
caricaturale: il y a des artistes heureux dans les grosses
boîtes. D'autres ont peut être des histoires douloureuses
mais en ce qui me concerne, j'ai trouvé avec Jean-Philippe
Allard, patron de Polydor, un interlocuteur de qualité. Et
mon contrat avec eux stipule à chaque ligne que je suis et
reste une artiste libre de tous ses choix y compris dans la
promo de mes albums. C'est encore moi qui décide si je
réponds à telle ou telle interview.
Merci
pour IBnews! D'où vous vient cette passion pour l'écriture
et cet art de jouer avec les mots?
Juliette: J'ai aussi fait des études littéraires. Bon, pas
très longues j'en conviens, mais je pense que si j'ai
choisi la chanson comme mode d'expression c'est parce
qu'elle marie le texte et la musique. Je prends un soin
particulier à choisir mes textes -ou à les écrire- non
pas tellement d'une façon «littéraire», mais de la même
manière qu'un comédien choisit un rôle. Il faut que je
sente qu'il y aura beaucoup de temps avant que j'épuise le
plaisir de les interpréter. Ca ne serait sans doute pas le
cas si je chantais des bluettes sentimentales: je préfère
qu'il reste quelque chose à découvrir pour l'auditeur
au-delà de la première écoute.
Chanteuse,
auteur, autant comique que tragédienne sur scène, on vous
devine artiste complète. La réalisation de films voire
l'écriture d'une comédie musicale pourraient-elles à leur
tour devenir vos violons d'Ingres?
Juliette: Pourquoi pas? Le bonheur d'être «multi-cartes»
c'est qu'on vous propose de nouveaux horizons à explorer.
C'est vrai que j'ai adoré faire du cinéma même si ça a
été un peu confidentiel, j'ai adoré dire des contes du
moyen-âge à La Conciergerie, lire la nouvelle traduction
de Mélusine devant un public averti au musée de Cluny.
J'ai publié il y a quelques années un recueil de
nouvelles. J'aimerai écrire -non pas une comédie musicale,
mais une opérette- pour renouer avec le côté lyrique des
ouvres de ce genre. La vie est longue tant qu'on a des
projets.
Vous
vous apprêtez à investir la salle Gaveau pour une série
de concerts, en attendant la sortie de votre prochain album,
en fin d'année. Un peu plus de détails sur tous ses
projets.
Juliette: Vous avez tout dit: le spectacle à Gaveau sera
une façon de fêter pendant un mois mes 20 ans et plus de
métier. Je vais reprendre quelques anciens titres d'une
façon un peu décalée et déjantée, manière de continuer
à assener qu'en aucun cas je ne me prends au sérieux: ce
ne sera pas une commémoration funèbre! Et pour le disque
tout nouveau, il devrait sortir en novembre, je suis en
plein dans l'écriture de cet album qui devrait être
entièrement de ma main. Et d'ailleurs je vous laisse, il
faut que j'y retourne!
Propos
recueillis par Cédric Chaory (Ibnews)

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